Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio

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FORNIX x«N..c cc). Voûte, arc, berceau; toute construction composée de blocs de pierre, de moellons, de briques ou d'autres éléments façonnés, disposés ou réunis de manière à se soutenir pour couvrir un espace vide. Fornix est le terme ancien (de même formation que FORNAX et FURNUS) dont se sont servis les Romains pour désigner les constructions de ce genre jusqu'à la fin de la République et encore sous l'Empire, en l'appliquant à toutes les constructions arquées, même aux arcades qui supportent les aqueducs pour lesquelles prévalurent ensuite les noms arcuationes et opus arcuatum, et pour les arcs detriomphe2, plus tard appelés arcus triumphales Il y a soixante et quelques années, Rondelet,Quatremère de Quincy, Ottfried Müller et autres savants auteurs affirmaient que la voûte avait été inconnue des Égyptiens, des Assyriens et même des Grecs. Ils en attribuaient l'invention aux Étrusques et le grand développement FOR 1257 FOR aux Romains. Il n'en est plus de même aujourd'hui; de nombreuses découvertes font remonter l'usage de la voûte à la plus haute antiquité. 1. ORIENT. Chez les Égyptiens la voûte n'a joué qu'un rôle secondaire ; elle n'est pas entrée dans leur système d'architecture, mais on trouve à Abydos, dans le palais d'Osymandias (2500 av. J.-C.), la voûte dite en encorbellement, qui semble avoir précédé la véritable voûte dite appareillée. Dans la nécropole de la même ville existe une voûte en plein cintre grossièrement construite, mais apreillée en voussoirs et où le principe de la voûte est nettement établi (fig. 3205). Ce croquis est tiré du Journal de Mariette, qui ajoute ailleurs que « le plus ancien exemple d'une voûte en pierre et en grand appareil qui lui fût connu se trouve au Sérapéum et qu'elle est du temps de Darius, fils d'Ilystaspe. Des voûtes en brique existent dans la nécropole de Thèbes'. Dans la Chaldée et l'Assyrie la voûte a pris un développement plus grand qu'en Égypte; elle entre ici dans la composition des édifices les plus importants et leur donne un caractère particulier, comme on peut le voir (fig. 3206) dans un bas-relief de Kouioundjik2. La voûte primitive en encorbellement existe là aussi'. La voûte en plein cintre bien appareillée, en briques, se rencontre fréquemment à Khorsabad. Certains égouts voûtés en ogive présentent une disposition très ingénieuse. Ces voûtes sont composées d'ar es distincts, successifs, formés de grandes briques et inclinés sensiblement, avec l'in lention évidente de réaliser cette construction sans employer aucun cintre (fig. 320î). Les nouraghes de l'île de .Sardaigne et les talayots des îles Baléares qui appartiennent, selon toute probabilité, aux Phéniciens ou aux Tyrrhènes, présentent des restes de voûtes en coupole surélevée, mais à encorbellement. Chez les Hétéens, à Ptérium, nous rencontrons des passages souterrains, voûtés dans le système d'encorbellement le plus primitif (fig. 3208) et même une arcade pleincintre dont la partie supérieure man que s. Daux a découvert en Tunisie, entre Sousa et Kaïrowân, un petit monument portant à l'intérieur une voûte en encorbellement, par assises de petites pierres plates, qu'il attribue aux Phéniciens 7. Au tombeau d'Alyattes, roi de Lydie, père de Crésus, la voûte d'un large couloir, grossièrement appareillée, existe encore. Ce tombeau a été décrit par Hérodote et par Strabon a. Chez les Perses, M. Dieulafoy reconnaît dans les ruines des palais à coupoles de Firouz-Abad, de Servistan et de Ferach-Abad des édifices contemporains des palais de Persépolis et de Suse, mais procédant de la véritable architecture nationale, rattachée aux édifices voûtés de l'Assyrie et perfectionnée dans ses procédés. Cette architecture aurait produit ensuite les belles mosquées à coupole sur plan carré qui inspirèrent plus tard les architectes byzantins 2. E. GUILLAUME. d'une ouverture centrale, vont en se rapprochant les unes des autres et qui se terminent par un angle aigu ou un trapèze, dessinent une sorte d'ogive primitive. FOR -1258 FOR II. GRÈcu. Aussi longtemps que l'on a fait honneur aux Étrusques et aux Romains d'avoir les premiers en Europe pratiqué le système des voûtes à claveauxles voyageurs rencontrant en pays grecs des constructions régulièrement voûtées n'hésitaient pas y voir des oeuvres de l'époque romaine 2. Nous sommes aujourd'hui mieux renseignés; dès 1860, M. Ileuzey faisait remarquer que la vue des monuments acarnaniens renversait toutes les idées ordinaires sur l'emploi de l'arc dans l'architecture grecque 3. Tout en constatant que la voûte n'a pas joué dans la construction hellénique le rôle très important que lui ont réservé les Assyriens, les Étrusques et les Romains, nous sommes en mesure de démontrer que les formes essentielles, telles que l'ogive, l'arc, le cintre, la coupole, ont été parfaitement connues des Grecs. S'ils n'en ont pas développé l'usage, s'ils ont relégué ces éléments de construction dans une sorte d'arrière-plan, c'est que leur goût décidé pour l'architecture rectiligne les rendait plutôt hostiles à ce genre de combinaisons. Il n'en est pas moins vrai qu'à presque toutes les époques on rencontre en Grèce des constructions voûtées '. L'architecture primitive, pélasgique ou achéenne, fournit, en particulier, sur l'histoire du cintre, des documents très complets qui permettent de suivre la succession des types menant des jambages inclinés à la structure classique en voussoirs. On peut distinguer quatre étapes dans cette formation progressive. 1° Une série d'assises superposées qui, de chaque côté C'est l'aspect que présentent les ouvertures pratiquées dans l'épaisseur d'un mur ou à l'entrée'd'une galerie dans des monuments de Missolonghi de Mycènes°, dQ Tirynthe', de Phigalie s en Grèce, de l'île de Samothrace °, d'OEniades 10 en Acarnanie (fig. 3209, 3210 et 3211). La forme générale se rapproche parfois de celle du cintre par la dispositoin des assises en encorbellement". 20 Une forme analogue d'ogive primitive est obtenue au moyen de grosses dalles posées debout sur le couronnement d'un mur et inclinées l'une vers l'autre de façon à se toucher par le haut. C'est ainsi qu'est formée la toi ture des galeries couvertes de Tirynthe" (fig. 3212), et la couverture de certains sanctuaires très anciens, comme le temple du Cyrlthe à Délos 13, d'Atée dans l'île de Crète". Le sanctuaire du mont Ocha 15 montre le perfectionnement du système et un essai de voûte par la juxtaposition de plusieurs assises en encorbellement, formant plafond (fig. 3213). 30 La forme plus exacte du cintre est donnée en Acarnanie par le rapprochement de deux grandes pierres u°~~â°~~°ivô no~ g FOR 1259 FOR solidement assises d'un côté sur le couronnement du mur et se touchant de l'autre côté par une partie évidée en quart de cercle' (fig. 3214). 4° Enfin on aboutit à la formule définitive des claveaux juxtaposés et retenus au centre par une clef de voûte (fig. 3215). Ces deux dernières dispositions appartiennent à une période encore reculée de l'histoire grecque; la preuve en est fournie en Acarnanie par des portes pratiquées dans des murs d'appareil cyclopéen 2. Les courbes, tantôt ogivales, tantôt cintrées, ne disparaissent pas entièrement après l'avènement de l'architecture dorique, car dans les murs qui entourent le temple d'Assos en Asie Mineure, on remarque des portes affectant encore l'une et l'autre de ces formes3. A l'époque des successeurs d'Alexandre, les belles chambres sépulcrales de la Macédoine, avec leurs portes en plein-cintre, leurs couloirs et leurs caveaux régulièrement voûtés' [CAMAHA, fig. 1048], le couloir en berceau du théâtre de Sicyone 6, le tunnel qui débouche sur le stade d'Olympie 6, prouvent que les architectes grecs n'avaient pas le moins du monde renoncé, pour des constructions d'ordre utilitaire, à une façon de bâtir dont les avantages étaient reconnus depuis longtemps. Nous avons déjà signalé précédemment l'existence d'une voûte d'égout à Athènes, d'époque ancienne et presque aussi grande que celles de Rome [CLOACA, fig. 1672]. Il y a là un ensemble de faits qui montrent la vitalité de ce genre d'architecture, quoique à l'état latent, pendant toute l'histoire grecque. Il n'y a pas lieu d'accepter pour vraie l'opinion des anciens d'après laquelle le philosophe Démocrite d'Abdère aurait inventé la voûte au Ve siècle av. J.-C. Du reste, Sénèque, qui rapporte cette tradition, dit lui-même qu'il la tient pour inexacte'. Ce qui paraît probable, c'est que Démocrite avait déterminé scientifiquement les lois et les propriétés de la voûte, car c'est surtout à partir du Ive siècle qu'elle prend en Grèce un développement important sous sa forme classique et normale. Les décorateurs chargés de construire le char funéraire d'Alexandre le Grand avaient choisi la forme d'une chambre voûtée pour la partie qui devait recevoir le cercueil royal'. Comme l'histoire de l'ogive, de l'arc et du cintre, celle de la coupole peut être faite actuellement à l'aide de documents nombreux et précis, qui trouveront mieux leur place à l'article THOLUS. Aussi nous nous contenterons d'en indiquer les traits essentiels. C'est également à l'époque pélasgique ou achéenne qu'on voit apparaître la construction en coupole. Elle se développe avec une abondance et une sûreté dans l'exé cution qui trahissent l'importation en Grèce d'un système déjà mûri et perfectionné par les Asiatiques. Il n'y a pas de tâtonnements ni d'hésitations dans le mode de structure. La coupole est construite suivant le procédé à IV. encorbellement dans lequel chaque assise circulaire surplombe légèrement la précédente, de façon à obtenir une série d'anneaux qui vont en se rapprochant les uns des autres jusqu'en haut, où l'ouverture dernière est 159 FOR 1260 FOR close par une grosse pierre 1. Actuellement, sur le seul territoire de Mycènes, on ne connaît pas moins de sept grandes chambres voûtées en coupole qui ont dû servir de tombes à des princes ou des chefs achéens, antérieu rement au xe siècle av. J.-C. La plus remarquable est ici reproduite (fig. 3216 et 3217). Dans le reste de la Grèce on en compte six autres, à Menidi et à Thoricos en Attique, à Orchomène en Béotie, à l'IIéraion en Argolide, à Vaphio en Laconie, à Dimini en Thessalie Comme les nouraghes de Sardaigne et les talayots des îles Baléares, signalés plus haut, les truddhi de la terre d'Otrante et de la Pouille sont construits d'après un système analogue 4. Pour terminer cette revue rapide, il est à peine besoin de faire remarquer que sous la domination romaine, à la fin de la République et surtout sous l'Empire, les exemples de cintres et de voûtes sont de plus en plus fréquents en Grèce; ils rentrent dans l'histoire de l'architecture romaine. Citons pour Athènes seulement le monument funéraire de Philopappos (114-116 ap. J.-C.), l'Odéon d'Hérode Atticus (ne siècle), la porte triomphale de la ville exécutée sous Hadrien 5. E. POTTIER. III. ÉTRURIE. On trouve en Italie des exemples de linteaux monolithes de très grandes dimensions reliant deux montants verticaux ou plus ou moins inclinés l'un vers l'autre 6. Plus souvent on y rencontre un appareil en encorbellement dont les assises rétrécissant progressivement l'espace vide tantôt affectent une forme ogivale, par exemple à Cervetri 7, à Alatri (fig. 3218) 8, à Cortone e, tantôt forment un angle aigu au-dessus de supports rectilignes, comme dans un tombeau d'Orvieto 10. La construction en encorbellement a dû être importée en Italie par les Phéniciens: on a remarqué qu'elle se rencontre sur les côtes de la Méditerranée dans lespaysoù ils ont laissé des traces de leur passage et qu'on la chercherait vainement ailleurs 't. Les voûtes de ce genre sont d'ailleurs plus nombreuses dans la Toscane méridionale et. dans le. voisinage de la mer que dans la Toscane septentrionale. Mais agrès des tâtonnements où semble se trahir pendant un certain temps l'imitation de constructions dont. la technique leur était mat connue, les Étrusques ont élevé de véritables voûtes à voussoirs convergents taillés à joints obliques et se soutenant les uns les autres. On peut citer comme exemples de la première période, celle de l'imitation, la porte de la tombe dite « Campana» à Véies (fig. 3219), avec tous ses joints horizontaux, sauf ceux r r ~ ° de la pierre qui ferme la baie au sommet et qui est taillée en forme de voussoir, mais qui en réalité ne soutient rien12; à Cortone, la voûte du tombeau vulgairement appelé « Cave de Pythagore » qui est composée de cinq blocs monolithes longs de plus de trois mètres, taillés à joints obliques et couvrant d'une seule portée toute la chambre sépulcrale; mais ce ne sont que de faux voussoirs; au lieu de se soutenir les uns les autres, ils, reposent à cha cure de leurs extrémités sur une pierre taillée en demicercle qui remplit l'office d'un cintre (fig. 3220)13. Au contraire la construction est régulière et belle dans les tombes entièrement voûtées en berceau dites «Deposito del Gran duca» (fig. 3221) et « Vigna grande », à Chiusi 15, et touche à la perfection dans le « Tempio di San Manno », près de Pérousef5. Au ve siècle la pratique de la voûte paraît s'être généralisée en Étrurie, puisqu'on ne la trouve plus confinée dans certaines régions, et qu'on cherchait à en reproduire l'aspect, comme le fait remarquer M. Martha, aux endroits mêmes où la construction d'une voûte appareillée n'était pas nécessaire, par exemple dans les chambres sépulcrales taillées dans le roc avec un pla FOR -1261-FOR fond curviligne. Cependant ce genre de construction, qui exigeait des matériaux et un travail coûteux ne fut poste, la clef sculptée, la moulure qui dessine la courbe de l'archivolte (fig. 3223) 5. pas régulièrement adopté pour les édifices publics ou privés, ni pour ceux qui étaient destinés au culte. Les Étrusques voûtaient les ponts, les égouts, les portes de ville, les chambres funéraires; ni le temple ni la maison n'étaient ainsi couverts'. Le berceau est la forme habituelle de la voûte chez les Étrusques, mais a tous les types de la construction voûtée existaient, dit M. Choisy dans les monuments élevés par eux ou sous l'influence de leur civilisation : la Cloaque Maxime présentait l'aspect d'un berceau tournant; la prison Mamertine celui d'un plafond clavé; l'émissaire du lac d'Albe se terminait du côté de la plaine par une voûte conique sur piédroits évasés; celles des portes au théâtre de Ferento avaient, en guise de linteaux, des plates-bandes d'appareil ». L'emploi de la voûte en plein cintre a été fait avec art et puissance dans la construction des égouts ; la Cloaca Maxima en est le plus célèbre exemple [CLOACA, p. 1261, fig. 1674, 1675], auquel nous joindrons celui de Graviscie [ETRUSCI, fig. 2780] ; dans celle des ponts de Bulicame à Viterbe et du village de Bieda entre Corneto et Civita Vecchia3; dans les portes de ville : l'Arco di Augusto et la Porta Marzia, à Pérouse, n'ont conservé de l'architecture primitive que la partie inférieure [PORTA], mais la porte All'arco â Volterra est un modèle de recherche élégante dans la mise en oeuvre des matériaux. Nous reproduisons ici (fig. 3222) le dessin donné par M. Choisy" de la douelle développée de l'arc. A la porte de Faléries se trouvent réunis tous les membres essentiels dont se composera l'arcade romaine et les ornements qui ont été consacrés par la tradition, l'im IV. Ro1B. La construction en claveaux assemblés sans mortier, mode usité d'abord chez les Étrusques, puis chez 'les Romains, ne fut jamais abandonnée ; mais les Romains accommodèrent partout leurs bâtisses à la nature des matériaux dont ils disposaient dans un pays ou dans un autre, en cherchant toujours la plus grande économie de moyens. Ainsi autour de Nîmes et dans une grande partie de la province Narbonnaise, où la pierre se présente'en bancs puissants et homogènes, les voûtes sont généralement en pierres appareillées. Au pont du Gard, bâti au temps d'Auguste, chaque arche est formée d'arceaux étroits juxtaposés sans enchevêtrement et la voûte est par conséquent divisée en tronçons contigus placés côte à côte avec une grande économie de cintrage Dans l'édifice connu sous le nom de temple ou Bains de Diane, à Nîmes, la voûte (fig. 3224) est composée d'arcs doubleaux dont l'intervalle est rempli par des dalles clavées s'engageant dans la feuillure qu'elles présentent â leur extrados'. Dans les voûtes souterraines des arènes d'Arles, « les dalles de remplissage ne constituent plus une surface cylindrique mais une sorte de plateforme (fig. 3225) : chaque arc porte, en manière de tympan, un petit mur rasé au niveau de l'extrados, et les dalles rangées sur la dernière assise:de ce tympan se disposent suivant une surface plane qu'on peut utiliser comme le FOR 1262 FOR sol d'un nouvel étage'. » La même méthode a été suivie en -Syrie, où « des basiliques avec leurs larges nefs et leurs collatéraux à double étage, des habitations privées, des tombeaux n'ont pour toitures et pour planchers que des dalles horizontales ainsi soutenues par des arcs isolés2 e. Mais le système de la voûte appareillée, imité des Étrusques et exclusivement suivi par les Romains presque jusqu'à la fin de la République, n'est pas le seul qu'ils aient pratiqué ni celui dont on trouve les plus abondants exemples. Ils ont toujours bâti des voûtes de ce genre dans les pays où ils trouvaient, comme dans la Gaule méridionale, des matériaux appropriés ; mais les grands blocs nécessaires à de pareilles constructions devaient être extraits, travaillés et, dans bien des pays, apportés à grands frais; partout au contraire ils avaient sous la main des briques ou des pierres de petites dimensions, cailloux, débris de roches, fragments de tuf à Rome; des matériaux semblables, liés par des mortiers, se trouvent maçonnés soit en murailles soit en voûtes dans tous les pays où les Romains ont étendu leur empire. Faut-il attribuer aux Romains l'invention de ces voûtes faites de pierrailles agglomérées par des mortiers? Ni les Grecs ni les Étrusques ne paraissent avoir usé avant eux de ce procédé. M. Daux3 a supposé qu'ils l'avaient emprunté aux Phéniciens, qui euxmêmes l'auraient apporté d'Asie; et, en effet, le caractère des voûtes relevées par cet auteur sur l'emplacement de Carthage semble être une preuve à l'appui de son opinion. En tout cas, il s'est écoulé un temps assez considérable entre le moment où, après avoir détruit Carthage, les Romains ont pu s'approprier une manière de construire dont ils appréciaient les avantages et celui où on la trouve régulièrement employée, c'est-à-dire les derniers temps qui précédèrent l'ère chrétienne'. Sans entrer dans des détails techniques qui n'ont pas leur place ici nous montrerons par quelques exemples en quoi elle consistait. On distingue dans la plupart des voûtes de Rome des arcs formés de grandes briques dirigées normalement à la surface de l'intrados, plus ou moins espacés et reliés de distance en distance soit par des rangs de briques horizontaux, soit par des arcs en décharge. C'est sur cette armature qu'est venue se mouler par couches hori7 zontales le massif de mortier et de pierres; elle constituait un cintrage en briques sur lequel s'élevait la construction et qui restait incorporé avec elle; on peut suivre les ramifications de cette ossature mise à découvert dans les ruines, au milieu de la maçonnerie qui l'enveloppe. Les chaînes sont formées de briques rectangulaires de 2 pieds romains (un peu rnoins de Om,60) sur un demi-pied en viron, à joints convergents, reliés par des briques carrées de 2 pieds de côté, de manière à s'étendre comme un réseau continu; c'est ce qu'on voit dans une partie des voûtes du palais des Césars (fig. 3226 et 3227) 6 ; ou bien, et c'est le cas le plus ordinaire, les chaînes sont isolées les unes des autres. M. Choisy cite' l'exemple d'un aqueduc situé près de Saint-Étienne-le-Rond, où les carreaux sontmêlés aux briques, qu'elles dépassent à droite et à gauche (fig. 3228) ; ce ne sont que des amorces qui doivent retenir la maçonnerie de remplissage et non des caissons semblables à ceux dont il vient d'être question, qui l'enfermaient complètement. Cette voûte, dit-il, « caractérise le premier effort des constructeurs cherchant à s'affranchir de la sujétion et des frais d'un réseau complet tout en gardant à peu près les avantages de la continuité ». Le plus ordinairement, les arcatures, tout en restant plus ou moins distantes, étaient formées d'arceaux de briques couplés par les carreaux transversaux de manière à présenter plus de résistance (fig. 3229) 3 On a des exemples de voûtes ainsi construites dans de nombreuses constructions de Rome, au Palatin, au Panthéon, aux Thermes de Caracalla, de Dioclétien, dans l'édifice dit FOR 1263 FOR temple de Minerva Medica, à la basilique de Constantin; dans ce dernier édifice les voûtes n'ont pas moins de 24 mètres d'ouverture. L'économie cherchée par les architectes romains a été obtenue d'une autre manière: des voûtes en très grand nombre sont constituées par une couche de briques carrées qui ont été posées à plat sur le cintre provisoire en charpente et maçonnées au moyen de mortier à prise rapide. Ce carrelage est communément 'doublé d'une seconde enveloppe de briques de moindres dimensions. On en voit un exemple (fig. 3230) tiré des thermes de Caracalla'. Quelquefois ces briques sont seulement en nombre suffisant pour servir de couvre-joints on voit même cette armature à plat réduite à un seul dallage au Circus Maximus °. Le type des armatures en briques à joints rayonnants a été parfois associé à celui des armatures en briques à plat : c'est ce qu'on peut voir dans une salle du Palatin où la voûte présente un système d'arcs doubleaux portés eux-mêmes sur un carrelage double'. Les Romains se sont servis des mêmes procédés pour construire des voûtes d'arête, en ayant soin, quand ils adoptaient le système des carrelages, de protéger l'arête par une bordure solide de dalles (thermes de Caracalla, palais des Césars, villa Hadriana), et, quand les voûtes étaient établies sur nervures, en disposant aux lignes d'intersection des arceaux composés de deux chaînes de briques (temple de Janus), et de trois pour les voûtes d'une portée dépassant 15 mètres d'un piédroit à l'autre (thermes de Dioclétien Palatin); ces chaînes sont reliées entre elles par des dalles. M. Choisy cite ° l'exemple d'une chaîne unique de briques que les dalles dépassent à droite et à gauche. On verra à l'article 'mous comment les Romains appliquèrent les mêmes systèmes d'arcatures et de blocage à la construction des voûtes sur plan circulaire. Des voûtes d'arête ou des coupoles en grands matériaux appareillés ont été rarement construites par eux : on n'en cite aucun exemple appartenant aux bonnes époques en Italie; les coupoles ainsi élevées ne se ren contrent que dans les contrées orientales de l'Europe. Les voûtes dont nous avons parlé ne sont pas assurément les seules dont on trouve des exemples chez les Romains; toujours guidés par la même recherche de l'économie, ils ont partout varié leurs procédés suivant les ressources et les besoins. « Sans préférence exclusive, dit M. Choisy 7, pour telle sorte de matériaux ou pour telle forme particulière de bâtisse, à Rome ils emploient la brique dans les arcatures de leurs voûtes, mais 'a Pompéi les matériaux des armatures seront tout autres et par suite l'aspect des voûtes se trouvera profondément modifié. L'architecte ne s'astreindra point à l'emploi des carreaux en poterie, non plus qu'aux formes des chaînes en dallages admises à Rome ; il intercalera encore entre les cintres et les massifs un support auxiliaire; mais on ne doit plus chercher ici l'équivalent de ces réseaux savamment élégis que nous avons fait connaître : tout se réduit à une croûte continue de tufs mêlés à du mortier, pour ainsi dire un pavage en petits moellons qui environne les cintres comme une enveloppe générale; l'armature se transforme en une sorte de voûte mince en matériaux presque bruts soutenant, à la manière des carrelages en briques à plat, le poids entier de la partie haute des massifs. A Vérone, ce ne sont ni des tufs, ni des briques qu'on emploiera pour le même objet, mais bien des galets ronds de l'Adige; ces galets constituent à eux seuls l'enveloppe des cintres et le support des voûtes dans les corridors servant de dégagements à l'amphithéâtre. » Les Romains ont même poussé l'économie jusqu'à renoncer à la courbure des cintres, comme au théâtre de Taormine, où de grandes niches sont couvertes par une sorte de plafond brisé semblable à un toit à deux rampants (fig. 3231) 8. Les Romains ont quelquefois senti la nécessité de résister à la butée des voûtes et, quoiqu'ils en aient usé avec beaucoup de réserve, ils ont laissé des exemples d'étais extérieurs appuyant les grandes voûtes d'arête : « ce sont des éperons saillants, non sans ressemblance avec ceux que l'on rencontre dans les monuments du moyen âge, au temple de la Paix, aux Thermes de Dioclétien ; dans les salles voûtées en berceau, les contreforts sont plus rares et moins saillants; enfin, dans les édifices circulaires, c'est presque une exception de rencontrer des éperons adossés au tambour 9 ». Disons encore un mot de l'ornementation des voûtes. La surface de l'intrados était souvent unie, souvent aussi couverte de rangées de caissons à encadrements et à fleurons richement sculptés; nous en donnons pour exemple (fig. 3232) un morceau de la voûte de l'arc d'Orange t0. Le stuc sculpté et peint a été employé à la décoration des voûtes intérieures, comme on peut le voir dans les thermes de Rome et de Pompéi (fig. 3233)11, au palais des FOR 1264 FOR Césars et dans plusieurs tombeaux à Rome 1. Pline parle2 de voûtes auxquelles on donnait l'apparence de grottes par des creux et des saillies artificiels. On y appliqua aussi le verre et la mosaï que [FONS, p. 1233, Les archivoltes furent aussi décorées quelquefois avec plus ou moins de luxe; on ne se contenta pas toujours de moulures avec leurs ornements ordinaires (oves, rais de coeur, etc.), mais on en remplit les plus larges bandes de rinceaux de feuillages et de fruits (fig. 3234) 3. La clef de voûte, qu'on a déjà vue chez les Étrusques saillante et sculptée, devint chez les Romains un motif d'ornement souvent d'une grande magnificence. Celle de l'arc de Titus ici reproduite (fig. 3235) a la forme d'une console au-devant de laquelle est placée l'image en pied de Rome 4. V. De la voûte même le nom de fornix s'est étendu à l'endroit que' la voûte recouvre ; par exemple, à ces suites de chambres voûtées qui formaient un passage couvert dans l'enceinte fortifiée d'une villes ; nous en avons des exemples encore subsistant à Rome et à Pom portiques qui bordaient certaines aux chambres basses où l'on descendait de la rue', et qui servaient de retraites aux prostituées ' : d'où les noms de fornicalor et fornicatrix, ou fornicaria et forntcariuss donnés à ces femmes et à ceux qui les fréquentaient; de là aussi est venu le mot forntcatio, qui a passé des écrits des Pères de l'Église latine 10 dans la langue ecclésiastique moderne. E. SAGLTO.