Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio

CUCULLUS

CUCULLUS, CUCULLA, CUCULLIO, CUCIJLIO. Ces mots paraissent synonymes, si ce n'est que le cucullio ou cuculio désigne un cucullus d'une qualité inférieure!. Un vêlement muni d'un capuchon était dit cucullatus . Le cucullus est une sorte de capuchon, analogue à celui des moines, qui servait à garantir contre le froid et la pluie les paysans, les chasseurs, les voyageurs, les muletiers et en général tous ceux que leur profession exposait aux intempéries. L'usage de ce vêtement vint à Rame des peuples 198 r CUC 1578 CUC du Nord. On en fabriquait en Gaule, à Saintes a, et peutêtre aussi dans le pays de Langres. Juvénal et Martial parient du cucullus Sentonicus ; ce dernier l'appelle bardocucullus et lui donne ailleurs l'épithète de Lingonicus ou Leuconicus 3. Capitolin mentionne des cuculli bardaici e, sans doute identiques aux bardacuculli, et qui rappellent le nom de la peuplade illyrienne des Eardaei Il faudrait en conclure que le bar docucullus est originaire de Dalmatie, mais que la fabrication en était surtout active en Gaule, où l'usage en était fort répandue. Le capuchon des hommes était généralement un morceau d'étoffe assez court, que l'on portait en dessus du manteau à la manière de nos pèlerines, attaché par derrière à un vêtement épais, tel que le s.G0M, la PAENULA ou la LACERNA. Martial, envoyant un capuchon à l'un de ses amis °, regrette de ne pouvoir lui donner en même temps la lacerna tout entière : nunc tantum capiti munera mitto tua. Mais le manteau pouvait aussi se prolonger par un capuchon adhérent, qui lui faisait donner le nom de cucu/lattes, comme on le voit sur un bas-relief trouvé à Isernia dans le Samnium (fig. 2090)16, où un voyageur prenant congé de son hisesse paraît vêtu d'un manteau à capuchon qui le couvre de la tête aux genoux. C'est le cucullio vulgaris, viatorius, dont parle Capitolin 11.On pouvait repousser le capuchon en arrière et le faire retomber sur le dos lorsque le temps le permettait ou qu'on était à l'abri. Le capuchon rabattu s'observe dans une figurine grotesque en terre cuite, qui est entrée au Louvre avec la collection Campana (fig. 2091) ; il est porté de la même manière par un personnage attablé dans une auberge (fig. 2092) en compagnie de deux autres voyageurs qui ont gardé le capuchon sur la tète. On voit d'après les bas-reliefs de la colonne Trajane (fig. 2093) qu'il fut porté même à l'armée par les Romains, lorsqu'ils firent la guerre dans un climat froid 1 e En général, les Romains appartenant aux classes élevées marchaient la tête nue, ou la couvraient seule ment à l'aide de leur toge qu'ils relevaient par derrière; mais pour la nuit et la campagne ils se servaient de chapeaux [mpEus, PErrASUSI, ainsi que de bonnets et de capuchons n. Martial se plaint qu'on ne peut échapper à l'importunité des ba siatores même en se couvrant la tête d'un capuchon (cucullis cas put tectum) 1s. Bien que le capuchon fût surtout porté par des gens de condition inférieure, il était aussi adopté par de grands personnages quand ils voulaient éviter d'être reconnus. C'est ainsi qu'au dire de Cicéron 16 Marc-Antoine arriva de nuit chez sa femme, capite involuto, parce qu'il désirait la surprendre; LuciusVerus courait les tavernes et les mauvais lieux, pen dant la nuit, la tète couverte d'un « vulgaire capuchon de voyageur 47 » ; lléliogabale se rendait chez les courtisanes à l'abri d'un capuchon de muletier, tectus cucullione mulionico, ne agnosceretur l6 Les monuments, d'accord avec les textes, nous montrent surtout le cucullus à l'usage des gens du commun, des voyageurs de condition médiocre et des campagnards.Palladius l9 cU h 9 CUL énumère les tuniques le peaux de muniescapuchono parmi les objets nécessaires a la sic rustique. Caton 20 conseille aux laboureurs de pi'oliLr des jours de pluie pour faire raccommoder leurs capuchons. Columelle os recom mande an maître de préserver ses esclaves contre le froid et la pluie a laide de manteaux k capuchons. Pour Juvénal le « dur capuchon " convient le l'homme ;0i vit au milieu 2/°"T des Marses et des Samnites. Nous savons par le té de, divers monuments que cc vêtement" était aussi en usage chez les Étrusques. Le code Théodosien permet aux esclaves l'usage des bis'i Iii [BICRiiLS] et des euculli. Sur un bas-relief représentant la cueillette des olives on voit des paysans romains vêtus de capuchons (fig 2094). Un vendangeur encapuchonné parait sur une urne cinéraire du musée nid Latran u Noue possédons plusieurs représentations de chasseurs dont la tête est protégée par ou capuchon ni La figure suivante (2095) ' et empruntée à un bas-relief du Musée du Louvre représentant le déménagement fun villageois; c'est un enf70nt, portant la ceptis cucu/tata, qui marche en avant du char (c arpeu/.um). Le expia hou était encore porté par les enfants en bas lige, dont la lite devait être garantie contre le froid. C'est un bonnet conique, analogue au pileux Lpmpos], qui parait tantôt séparé, t,er,tbt adhérent au vêtement. Dans i-e bas-reliefs funéraire,, attiques, où figurent des enfants e maillot, on les trouve souvent coiffés de la sorte Le i'xpushun t aracterise les ico' ésentations du jeune Teksphore, qui sont fréquentes en terre cuite et sur les mort noies [TELESPH0BL-0] °. Les moines égyptiens adoptèrent le capuchon pour se conformer an précepte de l'Évangile qui conseille de ressembler b des enfants"; c'est ce que dit expresseinceit saint Jérôme Sunt qui ci/dais tes 'iuntw' et cucullis fabi e/ao'tis ut ad isifaotiam redeamut Vêtement des pauvres et des laboureurs, le capuchon convenait aussi aux moines comme signe d'humilité. D'autres ajoutent qu'en couvrant la tête, ï] empèchait les regards de s'égarer ii droite et a gauche De huons heure, l'usage s'en répandit dans le clergé régulier au point de donner neissanse au proverbe : Cuvelle non fard rnunaciiuon Saint Benoît l'imposa aux bénédictins dans la règle de cet ordre Les religieuses portaient égaiement le capuchon, qui paraît le plus souvent avoir fait corps avec le reste du vêtement", et désigne, dans les écrivains du moyen lige, non plus seulement le capuchon, mais la vestis cucullata tout entière. Par analogie, Martial °° donne encore le nom de cucul/us n une feuille de papier roulée en cornet, semblable k nos cornets d'épiciers et servant au même usage Il recommande à son livre de choisir au plus site un patron de peur d'être tram-formé en cornets pour envelopper l'encens et le poivre. C'était le sort réservé aux poèmes qui ne se vendaient pas SALOM0't RLsxAcis.