Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio

ERGASTULUM

ERGASTULUM (EPYxiwoç', 'EPyxa2rlptov 2, DEaµcozrl pion 3). Les ergastula étaient des bâtiments, le plus souvent souterrains, destinés à servir d'habitation à des esclaves et aussi-à des condamnés que l'on employait, enchaînés, à divers travaux, et plus spécialement à la culture du sol. I1 semble que cette institution ait pris naissance à Rome après la conquête de l'Italie. Les auteurs anciens en expliquent ainsi l'origine. Quand les Romains soumirent les peuples de l'Italie, ils divisèrent les terres entre les citoyens. La propriété fut donc d'abord très morcelée. Mais, peu à peu et malgré des lois contraires, les riches, soit par des achats, soit par la violence, devinrent maîtres des terres voisines des leurs, et créèrent ainsi les grandes propriétés. Les colons petits propriétaires ayant été successivement éliminés, la culture de la terre fut confiée à des esclaves achetés, surtout dans les premiers temps, parmi les prisonniers de guerre'`. Pour empêcher les évasions ou les révoltes de ces esclaves infiniment plus nombreux que leurs maîtres et leurs gardiens, on leur mit des fers qui ne gênaient pas trop leurs mouvements et qu'ils ne quittaient jamais, même pendant le travail0 [coMPES]. La nuit et pendant les heures de repos ils étaient entassés et surveillés dans les ergastula. Quand, avec le temps et l'adoucissement des moeurs, l'esclavage eut perdu de son antique rigueur, les esclaves souvent nés dans la maison, songèrent moins à s'enfuir; l'ergastulum n'eut plus la même utilité générale et fut surtout réservé aux esclaves rebelles ou difficiles et à ceux qu'une faute y faisait condamner, souvent pour un temps déterminé G. La terre était alors cultivée par deux sortes d'esclaves : les esclaves non enchaînés (soluti) 7, dont, la condition, sauf en ce qui concerne la liberté, différait peu de celle des garçons de ferme de nos jours ; ils devaient, dit Columelle, avoir de bonnes chambres exposées au midi B; puis les esclaves enchaînés (vincti)s, pour lesquels on devait construire, sous terre, un ergastulum aussi sain que possible, éclairé par des fenêtres nombreuses, étroites et assez exhaussées pour qu'on ne plat pas y atteindre avec la main10. Columelle demande aussi que le maître exerce une surveillance spéciale sur les ergastula de ses propriétés, qu'il sache quels esclaves y entrent ou en sortent, et prévienne ou réprime les mauvais traitements auxquels ces malheureux étaient trop souvent exposés de la part de leurs gardiens", Ce serait une erreur de croire qu'il n'existait d'ergastula que dans les propriétés rurales et pour la culture des champs; il y en avait aussi pour les carrières, les moulins12 et probablement pour tous les travaux ou industries qui demandaient un nombre de bras assez considérable. Comme les riches propriétaires et les industriels, l'État avait ses ergastula, administrés par les fermiers. On n'y enfermait pas seulement des esclaves, mais aussi des hommes libres condamnés pour quelque crime. Nous voyons, par un édit du code Théodosien, que Festus, gouverneur de Sardaigne, reçut l'ordre de mettre à la disposition du préfet de l'annone, pour ses ergastula et ses moulins, les condamnés de sa province ". La condition des malheureux, détenus dans les ergastula, était des plus misérables, et il ne semble pas que les fermiers de l'État et les particuliers se soient beaucoup mis en peine de se conformer aux sages préceptes de Columelle. On en peut juger par la description qu'a laissée Apulée du personnel del 'ergastulum d'un moulin'. Nous n'avons aucun document sur la législation à laquelle étaient soumis les ergastula. Il est probable qu'ils n'étaient pas régis par d'autres lois que celles qui réglaient les rapports entre maîtres et esclaves. D'un texte d'Apulée f 5 où il est dit que quinze esclaves enchaînés font un ergastulum, on a voulu tirer la conclusion que c'était là le nombre prescrit par la loi pour la constitution d'un ergastulum legitimum ". II paraît impossible d'entendre dans un sens aussi précis la phrase d'Apulée. Mais, à défaut de lois précises, nous voyons plus d'une fois l'autorité intervenir pour mettre fin à de graves abus. Souvent, au lieu d'acheter des esclaves, les propriétaires des ergastula trouvaient plus économique d'enlever, sur les routes ou dans leurs retraites, des voyageurs, des déserteurs, des proscrits, tous ceux en un mot dont la disparition devait plus facilement passer inaperçue". Une fois enchaînés et incorporés dans cette triste population, ces malheureux n'avaient plus aucun moyen de recourir à la justice. Pour cette raison Auguste" et, après lui, Tibère t9 ordonnèrent une inspection do tous les ergastula de l'Italie. Hadrien, si l'on prend à la lettre le texte de son historien, les supprimai0; mais cette réforme ne fut pas exécutée ou tomba vite en désuétude. Une anecdote nous fera comprendre mieux que tous les textes de quels attentats ces repaires étaient le théâtre. Dans la ville même de Rome, il y avait un moulin affermé par l'annone, où l'on fabriquait le pain destiné à être distribué aux citoyens. On attirait les passants, particulièrement les étrangers de passage à Rome, dans une auberge ou un mauvais lieu voisin; de là, un mécanisme ingénieux les précipitait dans l'ergastulum du moulin. Des hommes y vieillirent pendant que leurs proches les croyaient morts depuis longtemps. Un soldat, qui avait conservé une arme, parvint à s'échapper et livra le secret. L'empereur Théodose fit démolir la maison 2t. En somme l'institution des ergastula fut funeste à. Rome. Au profit de bagnes d'une révoltante immoralité", elle priva les campagnes d'une population honnête et robuste; elle déshonora, en l'abandonnant à la classe la plus vile, la noble profession d'agriculteurV3; elle fournit aux promoteurs des lois agraires un de leurs plus puissants arguments 27; au temps des guerres serviles, les ergastula mirent la république à deux doigts de sa perte : sans eux, en effet, Eunus, Athenio 25 Spartacus 26 n'auraient jamais pu lever ces armées fortes de plus de soixante mille hommes, avec lesquelles, plus d'une fois, ils défirent les troupes régulières et prirent leurs camps. Là aussi, à l'époque des guerres civiles, les chefs de partis trouvèrent des hommes prêts à tous les crimes : Marius21 y recruta quelques-unes des troupes avec lesquelles il entra dans Reine; Milon avait emprunté aux ergastula la bande d'esclaves à. la tête de laquelle il fut tué". Antoine 29 et Pompée 30, pour combler les vides que les combats avaient faits dans leurs armées, ne reculèrent pas devant cet expédient auquel Catilina lui-même avait renoncé 3t. On appelait ergastulus et aussi ergastulum les esclaves ou les condamnés faisant partie d'un ergastulum 32. Le surveillant d'un ergastulum s'appelait ergastula