ESSEDA 1, ESSEDUM. Chariot dont, les Romains empruntèrent l'usage aux peuples de race celtique.
Primitivement les Cettes se servaient de I'essedalmm sur les champs de bataille, comme les Grecs de l'époque homérique se servaient du lRRooç [ctnaus ; cette analogie a été relevée dans l'antiquité même par Diodore 2. En 295 avant Jésus-Christ, les Gaulois qui combattirent à Sentinum contre les Romains avaient au milieu d'eux mille chariots, parmi lesquels des esseda; ils contenaient chacun un conducteur et un guerrier, ils faisaient en. roulant un tel. fracas, que la cavalerie romaine, :lui n'en avait pas l'habitude, fut prise à leur approche d'une véritable panique 3 ; on suppose que des pièces de métal étaient avec intention suspendues au véhicule et au harnais de l'équipage, en vue de produire cet effet sur l'ennemi'. Mais il est probable que les Romains revinrent bientôt de cette première surprise ; les Gaulois, obligés de modifier leur tactique pour pouvoir lutter avec une nation plus civilisée, renoncèrent peu à peu à employer l'esseduna dans leurs armées. C'était une réforme accomplie lorsque César vint taire la conquête de leur pays. Mais il trouva ce même genre de chariot encore en usage parmi les barbares qui défendirent contre lui la GrandeBretagne ; le roi Cassivellaunus avait sous ses ordres quatre mille essedat'ii, ce qui suppose deux mille chars à raison de deux hommes pour chacun', César a pris soin de décrire lui-même la manoeuvre de l'rssedrltli en campagne : « D'abord les Bretons l'ont courir ces chariots sur tous les points en lançant des traits, et par la seule crainte qu'inspirent, les chevaux et le bruit
roues ils parviennent souvent à rompre les rangs ennemis. Quand ils ont pénétré dans les escadrons ils sautent à bas de leurs chariots et combattent à. pied. Les
renseignement à M. Jamot qui a trouva a Thespies une inscription encore inédite. relative aux Erotia c elle sera publie dons le Bulletin de corn. belieriique.
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conducteurs se retirent peu à peu de la mêlée et placent les chars de telle façon, que si les combattants sont pressés par le nombre ils puissent aisément se replier sur eux. C'est ainsi qu'ils unissent dans les combats l'agilité du cavalier à la fermeté du fantassin, et tel est l'effet de l'habitude et de leurs exercices journaliers, que dans les pentes les plus rapides ils savent arrêter leurs chevaux au galop, les modérer et les détourner aussitôt, courir sur le timon (per temonem percurrere), se tenir ferme sur le joug (et in jugo insistere), puis rentrer précipitamment dans le char (et inde se in cm-rus citissime recipere) 6. » Il faut entendre que le guerrier, en se portant à l'extrémité du timon, cherchait à gagner du terrain pour lancer le javelot, et aussi qu'il voulait éviter d'être gêné dans ses mouvements offensifs par le voisinage du cocher. Des explications de l'écrivain latin il résulte encore que l'essedum devait être un char à deux roues, traîné par deux chevaux, assez léger pour fournir des courses rapides, assez solide pour supporter les évolutions du guerrier qui le montait ; il fallait aussi qu'il fût ouvert par devant pour pouvoir lui livrer passage quand il s'avançait sur le timon ; en cela l'essedum se distinguait du char de guerre hellénique, qui s'ouvrait au contraire par derrière. On croit en avoir l'image sur un denier de Jules César, qu'on rapporte à l'année h4, date de son triomphe sur les Bretons (fig. 2767)7; on voit gauche, au pied d'un trophée, «un chariot fort élémentaire, composé d'une plate-forme, dont le plan est continué par le timon, et dont les côtés sont munis de deux simples ridelles circulaires°. » Ce serait là l'essedum. Sur d'autres monnaies des familles Aurelia, Cosconia, Domitia (fig. 2768), Licinia, Hostilia (fig. 2769), Poblicia, Pomponia, Porcia, est figuré un guerrier, que la forme de son bouclier et la trompette appelée CARNYX font reconnaître pour un Gaulois. Debout sur un char, il s'avance sur le timon et va lancer son javelot, ou bien il se retourne pour faire face à un ennemi qui l'attaque par derrière. M. de Witte a démontré que ce guerrier, sur un denier des Domitii, (fig. 2769) est le roi des Arvernes Bituit, vaincu avec les Allobroges en 121 avant Jésus-Christ, à la bataille de la Sorgue, par Cn. Domitius Ahenobarbus 9. D'autres auteurs anciens, au temps de César 10 et après lui, mentionnent encore ce char de guerre des Bretons ; jusqu'au n' siècle de notre ère leur façon de combattre de temone caractérisait aux yeux des Romains la tactique propre de la race 11. Ceux qui tinrent tête à Agricola, le beau-père de Tacite, y étaient restés fidèles 12 ; seulement l'historien appelle
leur chariot covlNUS ; nous sommes hors d'état de décider en quoi ce véhicule se distinguait de celui qui nous occupe. Jornandès assure que les esseda des Bretons étaient garnis de faux ; mais il est le seul qui nous donne ce détail13. Au temps de l'Empire, le même char de guerre est encore mentionné comme étant en usage chez les Germains 14.
Mais pour tous ces peuples barbares l'essedum avait aussi bien son utilité en temps de paix ; ils s'en servaient dans leurs voyages et pour toute espèce de courses, et ils le conservèrent encore pour les besoins de la vie civile après qu'il eut cessé de faire partie de leur armement 19
Vers le temps où César observait l'essedum dans la Grande-Bretagne, ce véhicule était déjà adopté par les Romains S6, quoique le souvenir de son origine étrangère ne se fût pas effacé; on lui applique l'épithète générique de Britannum 17 ou encore de Belgicum78, parce que la Gaule Belgique, autrement dit la Gaule du Nord, était au nombre des pays qui en avaient fourni le modèle. Dès lors les Romains l'affectèrent à peu près aux mêmes usages que le CISIUM, auquel il devait ressembler beaucoup par sa forme; peut-être seulement était-il un peu moins léger et plus orné. Cicéron reproche à Antoine d'avoir parcouru les routes de l'Italie, tandis qu'il exerçait la propréture, dans un essedum précédé de licteurs 19; suivant lui, il ne convenait pas à un magistrat, entouré des insignes de son pouvoir, de se montrer en public autrement qu'à pied ou à cheval. Mais on sait que Cicéron, dans ses discours, exagère beaucoup son attachement aux vieilles moeurs. Les empereurs, lorsqu'ils eurent à voyager, ne crurent pas devoir s'interdire l'équipage qui avait excité l'indignation de l'orateur20; Auguste y mangeait e1, et Claude y jouait aux dés; la table était si bien ajustée que le jeu n'était jamais brouillé par les cahots". Les dames, le monde élégant de Rome se servaient volontiers aussi de l'essedum. On en fit une voiture de luxe, qu'on se plaisait à montrer dans les promenades aux environs de la ville 23. Les panneaux en furent décorés de métal précieux artistement ciselé 24. L'empereur Claude, étant censeur, voulut faire un exemple pour arrêter ces prodigalités ; il ordonna de racheter et de briser sous ses yeux un essedum d'argent d'un travail magnifique, qui avait été mis en vente dans un marché public26. Ces voitures devaient circuler en grand nombre à travers la ville, du moins à certaines heures 20; Sénèque considère le bruit qu'elles produisent en roulant sur le pavé comme un des plus fatigants que l'on puisse entendre 27. On en faisait défiler sur la scène des théâtres, dans ces tragédies à grand spectacle, qui ramenaient au milieu d'une action mythologique l'image des pompes triomphales28. Sous Domitien on en vit que traînait dans le cirque un attelage de bisons 29 [ESSEDARIUS]. Enfin au temps de l'empire, l'essedum était d'un usage général soit pour les voyages, soit pour la promenade3P. On en trouvait de
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tout préparés le long des routes dans les relais de poste". Au besoin on pouvait y transporter des bagages et des fardeaux de peu de poids, quoique ce ne fût pas là leur destination principale32. Il faut supposer que le plus souvent le cocher était assis devant la personne qu'il conduisait". G. LAFAE.