ETRUSCI. Les Romains appelaient Etrusci ou l'use; les populations qui occupaient la partie de l'Italie centrale située au nord du Tibre, entre l'Apennin et la mer, c'est-à-dire la région qui correspond à la Toscane moderne. Ces mêmes populations étaient désignées par les Grecs sous le terme générique de Tyrrhéniens 3. Leur vrai nom, celui du moins qu'elles se donnaient à elles-mêmes, était celui de fiasètaas''.
sur l'origine des Tyrrhéniens-Étrusques sont incertaines et contradictoires 6. Elles peuvent se ramener à trois systèmes.
1° Selon Hellanicus de Lesbos, les Tyrrhéniens sont des Pélasges; ils ont débarqué en Italie, au nord de l'Adriatique, à l'une des bouches du Pô, et après avoir gagné de proche en proche et franchi l'Apennin, ont fondé sur l'autre versant la ville de Cortone
2° D'après Hérodote, les Étrusques sont des Lydiens, qui ont abandonné l'Asie Mineure désolée par une famine et sont venus par mer s'installer dans l'Italie centrale, sous la conduite de Tyrrhénos, fils du roi de Lydie, Atys'.
3° Denys d'Halicarnasse enfin prétend que les Étrusques sont autochthones en Italie a.
La diversité de ces systèmes montre, en somme, que les anciens ne savaient rien de précis sur l'origine des
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Étrusques. Les traditions qu'ils rapportaient étaient confuses, fondées sur des légendes plus ou moins suspectes ou sur de fausses étymologies. La science rnoderne n'est guère plus avancée. Depuis la Renaissance, le problème de l'origine des Étrusques n'a pas cessé de passionner 1a curiosité des savants, surtout en Italie, où la question est presque une affaire de patriotisme. Les solutions imaginées depuis trois siècles sont si nombreuses et si variées qu'un volume suffirait à peine à en donner une analyse même sommaire. Quelques-unes sont a priori si invraisemblables, pour ne pas dire si extravagantes, qu'il n'y a pas lieu de s'y arrêter.
Parmi les régions connues des anciens, depuis les bords du Gange jusqu'au détroit de Gibraltar, il n'y en a pas une seule où quelqu'un n'ait prétendu retrouver le berceau des Étrusques, On a voulu les faire venir de l'Inde 0, de l'Égypte 10, de la Maurétanie", du pays de Chanaan 12. On en a fait des Celtes 13, des Sémites 1', des Slavesl3, des Tartares t6, des Thraces-Illyriens', des Libyens-Berbères 18, des Italiotes 19, des Hittites 20 ; on a repris, en les développant ou en les combinant, les systèmes d'Hellanicus, qui identifie les Étrusques avec les Pélasges 21, d'Hérodote qui en fait des Lydiens 22, de Denys d'Halicarnasse qui leur attribue une origine italique 23.
Au milieu de tant cohue d'hypothèses, le plus sage est de s'abstenir. Un problème qui comporte toutes les solutions possibles est, à vrai dire, un problème insoluble.
On ne pourra rien dire de certain ni même de probable sur l'origine des Étrusques, tant que t'on n'aura pas la clef de la langue qu'ils parlaient. Cette langue nous a été conservée par plusieurs milliers d'inseiiptionstt, dont la collection s'augmente tous les jours`-'. On les transcrit couramment, les caractères de l'écriture étrusque dérivant des caractères de l'écriture grecque archaïque [ALPHABETUM]. Mais les mots que forment ces lettres demeurent des énigmes et l'on n'a sous les yeux que des transcriptions inertes. Les tentatives d'interprétation n'ont pas manqué 26, et l'on peut dire sans exagération qu'il n'y a guère d'idiome auquel on n'ait essayé de rattacher l'étrusque. On en u fait successivement une langue indo-européenne, une langue sémi
tique, une langue mixte. Quoi qu'ait imaginé la science la plus ingénieuse, quelques espérances qu'aient pu faire concevoir les noms des plus illustres philologues, la langue étrusque reste un mystère et ainsi nous échappe le seul moyen que nous puissions avoir de déterminer avec certitude le caractère spécifique de la race qui l'a parlée.
Aujourd'hui, la science paraît renoncer, provisoirement du moins, à poursuivre l'étude d'un problème ethnographique qui dans l'état actuel de nos connaissances ne peut guère aboutir qu'à une déconvenue. Au lieu de s'obstiner à rechercher à quelle branche de la grande famille humaine appartiennent les Étrusques et quel a été leur berceau primitif, elle s'en tient à une question plus définie, celle de savoir par quel chemin ils sont arrivés en Italie.
Personne ne soutient plus, en effet, avec Denys d'Halicarnasse que les Étrusques soient autochthones. Euxmêmes, du reste, ne croyaient pas l'être, puisqu'ils prétendaient indiquer le point initial de leur ère, ce qui revient à marquer le moment où l'histoire commençait pour eux dans la Péninsule. D'après leurs annales, le début du xe et dernier siècle de leur ère correspondait à l'apparition de la comète de '710 (44 av. J.-C.) 27. Leur arrivée en Italie se placerait donc vers le milieu du xie siècle avant notre ère ou au début du xe siècle e3
Si l'on est à peu près d'accord pour accepter cette date, qu'il est d'ailleurs impossible de contrôler, on dispute sur la question de savoir par où et de quel côté les Étrusques ont abordé l'Italie. Les uns tiennent pour une migration maritime aboutissant à la côte de la mer Tyrrhénienne, non loin de l'embouchure du Tibre ; les autres croient à une migration par terre, dirigée du nord au sud, des Alpes à l'Apennin, puis au bassin du Tibre.
Les premiers se fondent surtout sur l'autorité d'Hérodote et le consentement presque unanime de l'antiquité. Ils remarquent, en outre, qu'il y a dans la civilisation étrusque un fonds oriental qui ne peut, selon eux, s'expliquer que par une origine asiatique 23. Ils invoquent enfin le témoignage des hiéroglyphes égyptiens, signalant des Tour shd parmi les peuples maritimes dont les invasions inquiétèrent la Basse-Égypte sous les règnes de Séti ter, de Ménephtah 1" et de Ramsès III '3I
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L'autre thé, ,l ae, celle qui suppose u_ ne Inyaslon étrusque en Italie par les Alpes rhétiques", Ma pas pour elle lei( témoignages antiques. Cu' .i te texte é Ilellanicus indique une marche dirigée du nord au sud, de I embouchure du P \ers la. Toscane il signale en même temps une migration. maritime préalable et non une invasion par la voie des Alpes". Mais en pareille matière, les textes ne sont pas tout, les anciens n'ayant guère pu avoir sur Ies grands mouvements ethnographique; de l'époque préhistorique que des notions très confuses et très incertaines. Il est curieux de remarquer qu'à l'exception de Populonia u, qui d'ailleurs n'est qu'une colonie de Volaterrae''", il n'y e pas une seule ville étrusque un peu importante qui soit située au bord de la mer, ce qui implique l'existence en Étrurie d'une population d'origine plutôt continentale que maritime. D'autre part, l'étude des plus récentes découvertes erehéologigaes montre que les Étrusques, au moment de leur arrivée en Italie, étaient dans un état voisin de le barbarie, ce qui est peu compatible avec l'hypothèse dune traversée longue et difficile, supposant une flotte considérable et un fonds déjà riche de connaissances nautiques". L'idée d'une invasion par terre parait plus vraisemblable. Cette théorie, qui reposait à l'origine sur le rapprochement, d'ailleurs très contestable, du nom de fissent avec celui de Rhaeti, se fonde aujourd'hui sur une foule d'observations archéologiques. M. Ilelbig l'a renouvelée dans ces dernières années, d'une façon fortingénieuse. en essayant de montrer que les Étrusques avaient suivi les mêmes chemins d'invasion que les Italiotes 3",
l serait trop long de reprendre en détail l'exposé et la discussion de ces systèmes, La question, en somme, est toujours pendante, et si les archéologues, qui se sont le plus récemment occupés de l'Étrurie, penchent plus ou moins vers les conclusions de Niehuhr, précisées et confirmées par les études de M. Helbig, le nombre est grand encore de ceux qui croient devoir s'en tenir à la tradition lydienne d'Hérodote,
ciens, la Toscane des modernes, ne représente qu'une partite dit territoire jadis occepé par les Étrusques. C'est i a qu'ils se sont surtout développés ; c'est. là qu'était le centre de leur activite politique et que élevaient leurs cités les plus importantes. Mais ce n'était pas leur unique domaine.
On retrouve, en effet des traces de leur séjour dans l'Italie du Nord'". Plusieurs villes passaient pour avoir été fondées par eux, entre autres Felsina (Bologne) 3s ilantua ", Atria 4" et Spina 4f . Selon Tite-Live, qui était de Padoue et dont le témoignage mérite ici une cousis
éeiation particulière, le territoire sur lequel étaient si
tuées tes villes de' Mutina (ll r'''n et de palma, avait
appartenu aux Étrusques -i que la région comprise entre les Alpes et l'Apennin". Le même auteur signale aussi des tribus étrusques dans la Rhétie'''",
On rencontre encore 1.e s Étrusques sur les côtes du Picenum", dans le territoire des Praetutii et des Palmenses. _aria Picentina rappelle le nom de la ville étrusque d'Atria et la ville de Cupra porte le nom d'une divinité étrusque
ll v a eu aussi des Étrusques au delà du Tibre clans le pays des Volsques" et dans le Latium. Fidenae et Crustumina sont citées comme des villes étrusques". Le nom de Tusculum est un diminutif de Tuscum. Le nom de Velïtrae (Velletri) rappelle celui de Velathri (Volaterrae). Tarracina, semble être un doublet de Tarchna ou Ta-eh-hm (Tarquin.ii). Si peu préi.ises que soient tes légendes romaines relatives au temps des derniers rois, il semble bien qu'a partir de Tarquin le Superbe jusqu'à la chute de la royauté, Rome ait été plus ou moins sous la tutelle étrusque". Elle avait reçu, probablement à cette époque, un certain nombre de colons étrusques et conserva toujours un quartier toscan (Tuseus vécus;,
Le territoire de la Campanie enfin a été occupé par des tribus étrusques, Selon Polybe", au temps où les Étrusques étaient les maîtres dans le bassin du Pé, ils tenaient aussi le pays désigné sous le nom de Champs Phlégréens, où s élevèrent les villes de iota et de Capua, que l'off disait d'ailleurs avoir été fondées par eux vers la fin du 1X° siècle "°. Sophocle parle du lac Aornos, voisin de Cumes, cornue étal, t en pays étrusque". Dicaearcliia, Puteoli. Herculanum, Pompei, Surrentum, Marcina et tout l' Aqe,' Picentin_us jusqu'au. fleuve Silarus était, selon Pline, aux mains des Étrusques 34, Il faut y joindre Cales sans doute, patrie du devin étrusque Olénos, qui fut consulté lors de la, construction du Capitole "6,
Ainsi les Étrusques ont rayonné sur la plus grande partie de l'Italie ". Ils ont même poussé jusqu'en Corse et peut-être en Sardaigne
Comment et à duel moment s'est produite cette expansion ",t Le même flot d'invasion qui jeta les Étrusques sur l'Italie les entraîna-t-il de proche en proche d'un seul élan jusqu'au delta In Tibre, ou bien leurs progrès sontils le résultat d'expéditions postérieures a la migration? Le point de départ de leur marche envahissante est-il au nord du Pô ou dans les Maremmes toscanes, sur les côtes de la mer Tyrrhénienne ? Il est difficile de le dire avec certitude. D'après tes textes, il semble que le mouvement de la conquête ait été dirigé de la Toscane vers l'Apennin et l'Italie du Nord, d'une part, et d'autre part,
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au delà du Tibre vers laCampanie'8. Suivant les légendes étrusques, l'origine de la domination étrusque dans le bassin du PÔ remonterait à Tarchon, le héros fondateur de Tarquinii, qui aurait passé l'Apennin avec une armée et fondé douze villes dans le pays conquis par ses armes "9. Quant à Felsina (Bologne), elle passait pour être une colonie toscane fondée par Aucuns, frère ou fils d'Aulestes le fondateur de Pérouse 70, à qui l'on attribuait aussi la fondation de Mantoue 01. Mais il est très possible que les légendes dont nous venons de parler aient été imaginées après coup pour expliquer la présence des Étrusques dans le bassin du Pb, et que leur installation dans ces parages remonte au temps même de la migration. H est naturel que les Étrusques de la Toscane, qui étaient les mieux organisés et les plus puissants, aient tout ramené à eux et conçu des légendes pour justifier leur suprématie. Il est probable (lue si nous connaissions d'autres légendes que les leurs, si nous connaissions en particulier celles des Étrusques établis au nord de l'Apennin, nous aurions une version contraire et nous verrions peut-être qu'au temps où les Étrusques de la Toscane envoyaient des colonies dans la région circumpadane, le pays était depuis longtemps déjà occupé par des tribus étrusques G2. Peut-être aussi arriverions-nous à des conclusions analogues, si les légendes de l'Étrurie campanienne étaient venues jusqu'à nous o3
des Étrusques est fort mal connue n. Les ouvrages composés d'après leurs annales a' ayant disparu, et ces annales elles-mêmes ayant laissé dans les souvenirs de l'antiquité peu de traces, nous ne disposons que de textes épars, où il n'est parlé des Étrusques qu'incidemment et qui, outre qu'ils sont peu nombreux, sont pour la plupart trop peu explicites pour permettre de présenter un tableau historique d'ensemble. Il faut se borner à quelques faits et à quelques dates, marquant les principales périodes de la grandeur politique et de la décadence de l'Étrurie et, puisqu'un grand empire aux temps encore barbares se fonde et se détruit surtout par la force, montrer quels adversaires les Étrusques ont eu à combattre, soit pour se faire une place en Italie, soit pour établir leur suprématie, soit pour défendre leur indépendance.
Quelque chemin qu'aient suivi les Étrusques pour entrer en Italie, il est certain que dès leur arrivée dans la Péninsule, ils se sont heurtés aux Italiotes, soit que ceux-ci s'y trouvassent déjà installés, soit qu'ils y fussent entrés en même temps qu'eux, comme le prétend M. Helbig 66. L'antiquité nous a conservé le souvenir de leurs conflits avec les Ombriens 67. Pline évalue à trois cents le nombre des villes ombriennes conquises par eux 08. Mais à quelle époque se placent ces luttes? Sont-elles toutes contemporaines de l'invasion? ou bien se sontelles poursuivies pendant plusieurs siècles, entretenues
par une rivalité de voisinage ? 11 est difficile (le le dire et, sur ce point, les découvertes archéologiques n'apportent aucune lumière G9.
Les Étrusques eurent aussi affaire aux Ligures, dont les tribus pillardes furent toujours une menace pour les populations de la Toscane et qui, plus d'une fois, durent les inquiéter par leurs incursions, comme ils avaient inquiété les Ombriens " et comme plus tard ils inquiétèrent les Romains 71. La ville étrusque de Pisae avait appartenu aux Ligures avant d'être aux Étrusques 7-2. La ville de Luna, située sur les confins de la Ligurie et de l'Étrurie, semble avoir été plusieurs fois disputée par les deux peuples, ainsi que le territoire environnant 73.
Les Gaulois furent pour les Étrusques des voisins plus redoutables encore. Il est malaisé de dire à quel moment les deux nations se trouvèrent pour la première fois aux prises. Plusieurs textes donnent à penser que les plus anciennes invasions gauloises en Italie remontent au vie siècle avant notre ère74. Mais il n'est pas impossible qu'il y ait eu déjà auparavant des incursions partielles. Toujours est-il que dès le Iv0 siècle, les Gaulois sont installés sur plusieurs points de la région circumpadane. Strabon signale une ambassade envoyée à Alexandre par les Celtes d'Atria 73. Vers le temps de la prise de Voies par les Romains, Melpum, au dire de Pline, tombe entre les mains des Gaulois 7c. Malgré les progrès des envahisseurs au nord de l'Apennin, les Étrusques ne disparaissent pas complètement de la région. Ils se maintiennent dans un certain nombre de districts, entre autres aux environs de Mantoue, que Pline cite encore comme une ville étrusque 77, et dans la Rhétie 78, qui demeure jusqu'à l'époque romaine un centre de population étrusque, soit que la contrée, occupée depuis l'immigration, ait échappé au péril des expéditions gauloises, soit, comme le dit Tite-Live i0, qu'une portion des tribus étrusques, précédemment installées dans le bassin du P0, ait fui devant les Gaulois et cherché un asile dans les montagnes du Tyrol B0.
Du jour où les Gaulois se furent répandus dans l'Italie septentrionale et y eurent pris en partie la place des Étrusques, la Toscane se trouva menacée. S'il faut en croire la légende, les Gaulois n'auraient été conduits à franchir l'Apennin que pour répondre à l'appel d'un seigneur étrusque de Clusium, qui, ayant à venger son honneur conjugal outragé par un des principaux magistrats de la ville, avait été chercher des alliés en territoire gauloises. Mais il est plus vraisemblable de penser que l'invasion des Gaulois en Toscane fut la conséquence naturelle et inévitable de conflits antérieurs. Il est certain, les découvertes de Bologne le prouvent surabondamment", que dès la fin du vie siècle avant notre ère les Étrusques de la Toscane avaient envoyé des colonies dans l'Émilie 83, sans doute pour couvrir leurs frontières menacées. Il se peut donc qu'ils se fussent déjà heurtés
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aux Gaulois. En tous cas, le jour où Bologne, qu'ils occupaient et qui, par sa position dans la vallée du Reno, était comme la clef de l'Apennin, leur fut enlevée, le chemin de la Toscane s'ouvrit aux envahisseurs qui s'y précipitèrent au début du Iv' siècle n. Et ce fut peut-être la nécessité où se trouvèrent les Étrusques toscans de faire face à cette invasion celtique qui les empêcha de tourner toutes leurs forces au sud contre les Romains et qui amena la chute de Veies.
Tandis que, dans l'Italie septentrionale, les Étrusques reculaient devant les Gaulois, ils avaient à soutenir en Campanie les assauts des Grecs et des Samnites.
Les relations des Grecs et des Étrusques remontaient à une haute antiquité, à l'époque des premières expéditions chalcidiennes en Occident, au temps de la fondation de Cumes, c'est-à-dire, selon toute probabilité, au ville siècle88; c'est à ce moment que l'art de l'écriture avait été apporté en Toscane. Mais ces relations, d'abord commerciales et pacifiques, avaient à la longue dégénéré en rivalité. Tandis que se développait sur terre et sur mer la puissance de la nation étrusque, les colonies grecques de l'Italie méridionale se multipliaient et prospéraient. Il vint un jour où le inonde étrusque se sentit atteint par les progrès extraordinaires et l'ambition de ces marchands helléniques, qui tenaient en quelque sorte les portes de la Péninsule et prétendaient régner seuls le long des côtes de la mer Tyrrhénienne. Fort de l'appui des Carthaginois qui, pour sauver leur prépondérance commerciale et maritime en Occident, avaient recherché son alliance", il entra en lutte ouverte avec le monde grec. En 536 une bataille navale fut livrée par les Étrusques et les Carthaginois contre les Phocéens dans les eaux de la Corse 87. En 521 une grande expédition d'Étrusques et d'Ombriens se jeta sur la ville de Cumes que sauva le futur tyran Aristodémos Malachos88. En 'i79 une flotte étrusco-carthaginoise fit sur la même ville de Cumes une nouvelle tentative, qui cette fois fut repoussée par Hiéron de Syracuse89. Cet événement paraît être le dernier acte de la longue lutte soutenue par les Étrusques contre les Grecs. A partir de ce moment la puissance étrusque recule sans avoir réussi à entamer l'hellénisme.
Quarante ou cinquante ans plus tard, une grande invasion samnite bouleverse la Campanie90. Un partage se fait d'abord entre les Étrusques et les envahisseurs, mais peu à peu l'élément samnite prend le dessus°t ; Capoue, la capitale étrusque, est enlevée en !i23; et la Campanie presque tout entière échappe à la domination de l'Étrurie 32
Le ve siècle marque la fin de la grandeur des Étrusques. A ce moment un ennemi redoutable entre en scène qui achèvera la ruine commencée par les Gaulois, les Grecs et les Samnites. Étrusques et Romains sont depuis longtemps déjà en lutte presque continuelle. L'histoire des rois est remplie d'expéditions contre les Étrusques. Rome obéit pendant quelque temps à des princes d'origine
étrusque et quand ils sont chassés, en 510 avant JésusChrist, une partie de l'Étrurie se lève avec Porsenna pour les ramener. Mais la plupart de ces guerres ne sont guère que des querelles de voisinage. Le duel entre les deux peuples ne devient critique que vers l'époque de l'invasion gauloise. Je n'ai pas ici à raconter la guerre de Veies ni toute la série des luttes qui suivirent. On en trouvera le récit dans toutes les histoires romaines93. Dès lors l'Étrurie perd successivement la plupart de ses places fortes, qui deviennent des colonies romaines9". En vain elle essaye de sauver son indépendance à la fin du vie siècle en s'alliant aux Gaulois et aux Samnites. Les coalisés succombent à la bataille du lac Vadimon et la défaite des Gaulois à Sentinum (213 av. J.-C.) anéantit les dernières espérances toscanes. A partir de ce moment l'Étrurie, en tant qu'expression politique, n'existe plus et son histoire se confond avec celle des provinces romaines95.
ont eu de bonne heure une organisation politique, qui explique du reste le développement de leur puissance en Italie. A en croire le peu qui nous reste de leurs légendes nationales, c'est en Toscane que cette organisation a pris naissance, et dans la partie de la Toscane le plus voisine de la mer et du 'fibre, sur le territoire de Tarquinii qui semble avoir été une sorte de métropole9°. On en attribuait la paternité au héros éponyme de cette ville, à Tarchon, frère ou fils de Tyrrhénos°i. Un jour qu'il labourait, un génie, le génie Tagès, lui était apparu sortant d'un sillon sous la figure d'un enfant et lui avait révélé les principes de la discipline sacrée et la science des haruspices98. Inspiré par cette sagesse surnaturelle, il avait donné à l'Étrurie sa constitution religieuse et du même coup sa constitution politique, puisque pour les anciens la politique et la religion ne faisaient qu'un.
Pour bien connaître cette constitution politique il faudrait avoir les rituales libri des Étrusques, qui contenaient, entre autres choses, l'ensemble des prescriptions relatives à la distribution des habitants par tribus, curies et centuries, à l'organisation de l'armée, à toutes les choses de la guerre et de la, paix99. Ces livres malheureusernent n'ont laissé dans la mémoire des anciens que des souvenirs confus et décousus. En rassemblant cependant quelques rares données éparses dans les auteurs, on peut entrevoir sur quels principes était fondée la société étrusque et comment elle se gouvernait.
Cette société était essentiellement aristocratique. Le terme de principes revient à chaque instant dans les textes quand il est question de l'Étruriei00. Ce terme est l'équivalent d'un mot étrusque (radical : lauxut ou luxnt) que les Latins transcrivent par lucumno ou laina() et les Grecs par Aoxduwv ou Aauxodurov f 01. Les lucumons avaient un double caractère, à la fois politique et religieux. C'étaient des prêtres en même temps que des chefs : cela résulte clairement d'un texte de Censorinus disant
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que la discipline sac °ée de Tagés avait etc recueillie et écrite par les lucumonsi02. Ils constituaient ainsi un ordre prisilegié'°3 qui, par cela qu'il possédait le droit héréditaire de connaître et d'interpréter le code pontifical, était le seul apte à diriger les affaires publiques. Les familles des lucumons formaient sans doute en Étrurie quelque chose d'analogue aux ~itva de la Grèce et aux
cette différence cependant que dans l'aristocratie grecque et romaine les femmes ne comptaient pour ainsi dire pasi6'` au lieu que dans l'aristocratie étrusque les femmes avaient un rang égal à celui des hommes. La noblesse ne se transmettait pas seulement de mâle en mâle' il y avait aussi une noblesse parles femmesS0' . on remarque en effet que dans une foule d'épitaphes étrusques le nom de la mère est un titre d'honneur qui s'ajoute au patronemidue'"contrairement à ce qui se passait en Grèce et à Rome La légende de Démarate est, àcet égard, ires significative, Démarate est un étranger, un exilé de Corinthei°' : or il suffit qu'il épouse une femme appartenant à l'aristocratie étrusque pour que ses enfants soient noblesi°6 et comptent dans la famille des Tarchnes.
De même que la cité grecque ou romaine était une fédération de yiw-ri ou de genlles, de même la cité étrusque parait avoir été une fédération de familles lucumoniennes. Ces familles formaient, avec leurs clients '0' (CLIE~;s] un certain nombre de groupes religieux, correspondant à ce qu'à atome on appelait une curie [iunoA]. Eestus parle de curies étrusques '°" et Servius nous apprend que les Étrusques de Mantoue étaient répartis en douze eurles Plusieurs curies ensemble formaient un groupe plus étendu, correspondant à la tribuITiuscsl : du moins c'est ce qu'il est permis d'inférer d'un texte de Varron dïsant, d'après un écrivain étrusque Volnius, igue les noms par lesquels étaient désignées les trois tribus de la Rome primitive, Damnes, Laceras, Tilles, étaient des appellations d'origine étrusque"' : Eestus, du reste, signale des tribus en Étrurie 1". Ces tribus étaient sans doute au nombre minimum de trois, comme à Rome : ce nombre est en rapport avec la division tripartite qui
préside à I " ment de la cité étrusque, laquelle ne peul; être régi.'rement constituée, si elfe n'a pas au
moins trois sanctuaires et trois portes d'enceinte"D'après Servius, illl y avait trois tribus dans fa ville étrus
que de Mantoue Quant aux centur°iae dont Festus signale l'existence en Étrurie "0, il est difficile de dire au juste à quoi elles répondaient, à une division militaire et politique ou à une division territoriale [CE_NTUR1A].
En somme, nous savons peu de chose sur l'organisation sociale des Étrusques : nous la devinons, plutôt que nous ne l'apercevons clairement, è travers les institutions romaines qui en dérivent par certains côtés ou qui y sont plus ou moins apparentées, institutions qui elles-mêmes, pour la période primitive, nous sont inepar
faitement connues. Rien ne nous assure aussi que les Romains aient toujours bien compris ce qui se passait chez leurs voisins, et n'aient pas quelquefois cru retrouver chez: autrui ce qu'ils avaient chez eux. Et puis, rien ne nous dit que la constitution de la société étrusque soit toujours restée la mène à travers les âges. Comme tous les peuples du monde, les Étrusques ont dé avoir leurs révolutions. Si forte que soit une aristocratie, il vient toujours un moment où elle est obligée de compter avec les revendications menaçantes des foules qu'elle était habituée à dominer et dont le nombre grandit en même temps qu'elle se réduit elle-même et qu'elle s'use, Il y a là une loi humaine à laquelle les Étrusqwq semblent d'autant moins avoir échappé que leur p:. a été de bonne heure un centre de commerce et d'industrie ; il est impossible que les progrès de la richesse n'aient pas à la longue modifié les conditions sociales, :pans compter que l'esprit démocratique de la Grèce devait aisément se répandre au milieu de populations qu'un contact incessant avec les Grecs en Campanie et en Toscane inféodait chaque jour davantage à l'hellénisme, L'exode des Tarquins à Rogne, les aventures de Mastarna et de Célès
Vibenna, aux31Vti'"'J'
quelles fait allusion l'empereur Claude dans son Mscours aux Lyonnais 17 et dont une fresque de Vnlci
fig. q-iO) re
trace quelques épisodes "`, prouvent qu'au var siècle avant notre ère, à l'époque précisément où l'Ita
lie centrale commençait ê s'ouvrir toute grande aux marchandises et au., idées de la Grèce, 1 Étrurie traversa urne période d'agitations et de discordes intestines, d'autre part les réformes de Mastarna, devenu roi à Rome sous le nom de Servius Tullius, paraissent indiquer, par leurs tendances démocratiques, qu'un esprit, nouveau avait pénétré en Étrurie et que l'antique aristocratie des lucumons avait été, sinon entamée, du moins battue en brèche. De là les troubles dont Veies fut le théâtre au commencement du vr' siècle avant notre ère, troubles auxquels Tite-Live fait plusieurs fois allusion, et qui se traduisirent par des changements dans la forme du gouvernement, par la substitution de magistrats annuels à la royauté élective, puis par le retour à la royauté "9. On
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peut même se demander si ce n'est pas aux révolutions qui divisèrent alors l'Étrurie, qu'il faut, en grande partie, attribuer sa décadence politique.
Nous ne savons pas quelle était exactement la forme du gouvernement dans chaque cité étrusque. Un assez grand nombre de textes mentionnent l'existence de rois en Étrurie 120, entre autres Arimnestos qui consacra un exvoto à Olympie 179, Porsenna, le fameux roi de Clusium''?, Tolumniusf's, Propertius1", Morriusk2=, Thebris140, rois de Veies. Mais étaient-ce bien des rois dans toute l'acception du terme ? Peut-être le titre de roi n'est-il, dans la bouche des auteurs grecs ou latins qui l'emploient, qu'un équivalent plus ou moins juste pour désigner le premier magistrat d'une cité. Une chose paraît certaine, c'est qu'il n'y avait pas de royauté héréditaire en Étrurie. Les rois de Veies sont des rois élus i27. Autant qu'on peut le conjecturer, le chef d'une cité étrusque devait être une façon de prince électif, nommé à vie par les membres des familles lucumoniennes et sans doute parmi les lucumons; quelque chose d'analogue aux premiers rois de Rome, élus par le sénat patricien et gouvernant avec lui. Comme ceux-ci, le roi étrusque était assisté d'un conseil de lucumons, que les auteurs assimilent au sénat romain 128. Comme dans la Rome royale enfin, il semble qu'il y ait eu des assemblées populaires 129
Si la cité étrusque était une fédération de curies, l'empire étrusque était une confédération de cités. Le nombre des cités confédérées était de douze, nombre consacré sans doute par certaines théories religieuses, puisqu'on retrouve de même douze curies dans la cité de Mantoue! ". Partout oit les Étrusques ont été conduits à s'organiser en corps politique, on retrouve une dodécapote, en Toscane tif, au nord de l'Apennin 132, en Campanie125. Au temps de l'Empire, quand l'Étrurie n'a plus d'indépendance et n'est qu'une partie du domaine romain, le symbole de la province est encore une dodécapole, que l'on avait représentée sur le soubassement quadrangulaire du monument élevé à Claude, soubassement dont une des faces (fig. 2771) a été retrouvée à Cervetri 144. La confédération des douze cités toscanes, dont la métropole parait avoir été Tarquinia, est la seule sur laquelle nous ayons quelques renseignements 13~,et encore ne sont-ils pas très précis. Nous ne connaissons avec certitude ni les noms des villes qui la composaient, ni l'étendue des territoires dont ces villes étaient les capitales. Les différentes listes, que l'on a essayé de dresser en combinant les témoignages antiques, ne sont pas d'accord entre elles430, En reprenant tous les textes, on arrive à trouver, en Toscane, non pas seulement douze, mais dix-sept villes, ayant toutes à peu près les mêmes titres à figurer dans le catalogue des cités confédérées 137. Il est probable que, dans le cours des âges, certaines villes ayant décliné, d'autres ayant prospéré, les capitales des douze districts rie sont pas toujours restées les mêmes. PI pouvait arriver encore que telle ou telle ville se
mit, par sa politique personnelle, hors la loi de la confédération et en fût, pour un temps ou pour toujours, exclue par le consentement unanime des autres : tel fut le cas
de Veies par la faute d'un de ses rois738; tel était le cas aussi des cités qui refusaient leur concours militaire au moment d'une guerre votée par la confédération532
Les affaires de la confédération étaient gérées par un conseil, analogue aux amphictyonies de la Grece [ATiPHiCTro sES]. Les assemblées de ce conseil se tenaient, comme celles des Amphictyons, dans un sanctuaire, au temple de Voltumnal4°, dont l'emplacement ne saurait être déterminé avec exactitude, mais qui parait avoir été situé dans la Toscane méridionale, sur le territoire de Vulsinii"1. Les réunions ordinaires étaient annuelles" et avaient lieu au printemps 143, mais il pouvait y avoir aussi des réunions extraordinaires sur la demande d'une ou de plusieurs cités confédérés, qui envoyaient à cet effet des députés aux autres1". Un peuple étranger même, pourvu que sa politique fût liée à celle de la confédération, pouvait, le cas échéant, prendre l'initiative d'une convocation'. Quand les circonstances étaient particulièrement critiques et nécessitaient un concert de tous les instants, les réunions se multipliaient et se suivaient à peu d'intervalle, comme cela eut lieu au moulent oit Voies était sur le point de succomber18G
On ne sait pas quelle était la composition de l'assemblée. Chacune des cités confédérées y était évidemment représentée par un ou plusieurs députés choisis parmi les lucumons "v. Peut-être le premier magistrat de chacune d'elles faisait-il aussi de droit partie du conseil.
Les assemblées réglaient les affaires communes de la confédération. Elles décidaient, en particulier, de la paix ou de la guerre" et nommaient, en cas de guerre, le généralissime 16°. Les décisions votées par le conseil devaient être exécutées par l'ensemble des confédérés, et notamment quand il s'agissait d'une expédition à entreprendre en commun, toutes les cités étaient tenues d'y prendre part, sous peine d'être exclues du pacte fédéral150.
L'antiquité ne concevant pas une communauté politique qui ne fût pas en même temps une communauté religieuse, le conseil se trouvait être, par le fait, une sorte de concile sacré, comme l'était d'ailleurs en Grèce le conseil des Amphictyons. Il avait à élire le grand prêtre de la confédération1'1 et à célébrer des sacrifices solennels accompagnés de jeux et de spectacles n2. Le sanctuaire de Voltumna devenait alors le rendez-vous de l',ltrurie, et comme de toutes parts on accourait pour assister aux fêtes, ce concours de monde attirait les marchands" : les abords du temple se transformaient en une vaste foire, analogue à celles auxquelles donnaient lieu les grandes panégyries de la Grèce [LORI, FERME].
peuples antiques se sont plu à vanter leur piété, et chacun d'eux se piquait d'être plus religieux que les autres. Mais il n'y en a point dont les prétentions paraissent plus justifiées que le peuple étrusque. Tite-Live l'appelle une nation religieuse par excellence 13'` et Arnobe dit que l'Étrurie est la mère de la superstition'''.
Nous n'entreprendrons pas de faire ici le catalogue des divinités adorées par les Étrusques156. D'abord nous ne les connaissons pas toutes. Ensuite, la plupart des noms qui sont venus jusqu'à nous, nous ont été conservés par des miroirs gravés qui datent du In1 siècle avant notre ère, c'est-à-dire d'une époque où la mythologie étrusque avait été profondément modifiée sous l'influence de la mythologie hellénique. Enfin, il est à peu près impossible de faire le départ entre les dieux d'origine proprement étrusque et les dieux italiques, dont les tribus étrusques ont trouvé le culte déjà installé dans la Péninsule lors de leur immigration, et dont ils ont insensiblement accepté la tradition. Ce qu'il importe surtout de déterminer, c'est le caractère et l'esprit de la religion des Étrusques.
Le trait principal de cette religion, c'est qu'elle est fondée sur une sorte de hiérarchie divine. Le monde surnaturel comporte plusieurs degrés.
Au degré le plus élevé se trouvent placées des divinités mystérieuses, impersonnelles, impénétrables, dont
nul ne peut dire le nom, ni le nombre, ni la figure, qu'on ne doit pas chercher à connaître, qui demeurent cachées dans les profondeurs du ciel, et dont la puissance est d'autant plus redoutable qu'elle est moins définie 157. On les désigne par les termes vagues de dieux voilés, dii involuti, ou de dieux supérieurs, dii super iohes 160. Ces divinités abstraites et insaisissables se confondaient probablernent, pour les Étrusques, avec le Destin, avec ce démiurge anonyme et mystérieux qui, selon Suidas (si tant est que Suidas n'ait pas mêlé des traditions orientales et astrologiques aux traditions étrusques) avait créé le monde pour une durée de douze mille ans, chaque millier d'années correspondant à l'un des douze signes du Zodiaque 159, et qui, selon la croyance populaire en Toscane, avait assigné à la nation étrusque dix siècles d'existence 180.
Le second rang dans la hiérarchie céleste est dévolu à douze divinités, six dieux et six déesses, groupées en conseil autour de Jupiter ou Tinia161 Le ciel a ainsi, comme la terre, son assemblée délibérante et une façon de dodécapole. Ces douze dieux, que les Latins désignaient sous le nom générique de dii consentes ou contiplices 182, ont été de bonne heure identifiés avec les douze dieux de l'Olympe helléniqueie3, si bien qu'il est très malaisé de démêler comment les Étrusques se représentaient ces divinités. Leur rôle était déterminé par la théorie des foudres", théorie qui nous est fort mal connue et qui, telle qu'elle nous est parvenue, se complique sans doute de théories astrologiques postérieures
d'entre elles seulement avaient la permission de lancer la foudre 1"5, et encore une foudre d'une certaine nature, les Étrusques distinguant onze espèces de foudres, dont trois appartenaient à Jupiter166. Tout cela est très compliqué et très obscur. Si les textes ne nous trompent pas, il semble que les dieux consentes n'aient été en somme que des divinités secondaires, créées et mortelles187, chargées de maintenir l'ordre dans l'univers, mais impuissantes à y rien changer, armées de la foudre, non pour frapper les hommes au gré de leur volonté personnelle, mais pour leur faire connaître par des signes les arrêts suprêmes des dii involuti, c'est-à-dire les arrêts du Destin.
Un groupe à part, dans la hiérarchie divine, est formé par les divinités chthoniennes ou infernales. Elles ne peuvent être classées ni parmi les dii involuti, puisqu'elles ont un nom, ni parmi les dii consentes, puisque, ne résidant pas dans le ciel, elles n'ont aucun rapport
avec la foudre. On les appelle MIANTOS ou MANIA 10A ; ce Sont les rois des Enfers. Ils jouent dans la mythologie étrusque un rôle analogue à celui de Pluton et de Proserpine, avec lesquels ils paraissent s'être, à la longue, identifiés : sur une fresque d'Orviéto, ils sont figurés avec les noms d'Hadès (Fila) et de Proserpine 16° (Phe7'sipnai) (fig. 2772).
Tout à fait au dernier degré de la hiérarchie divine sont d'autres êtres surnaturels, esprits ou démons, qui vivent dans le voisinage des hommes, sortes de médiateurs entre le ciel et la terre, véritables agents de l'autorité suprême. Leur rôle est d'exécuter ce que celle-ci a décidé. Leur nombre est infini et ils sont présents partout. Ils présidentà la naissance, àlavie, à la mort de tout ce qui naît, vit et meurt ici-bas, hommes, animaux, plantes 170. On les désigne par des noms divers, Pénates,
le terme générique parait être celui de Pénates. Ceuxci, au dire de Nigidius
cité par Arnobe'7i, se divisent en quatre classes : 1° Pénates émanés de Jupiter; 2° Pénates émanés de Neptune ; 3° Pénates émanés des divinités chthoniennes; 4° Pénates issus de la race des hommes; ce qui revient à distinguer, comme le remarque O. Mül1er173, quatre sortes d'esprits, les esprits de l'air, les esprits des eaux, les es
prits de la terre, et enfin les âmes des morts. De tout ce monde de ministres divins, ce que nous connaissons le mieux par les monuments figurés de l'Étrurie, ce sont les démons infernaux, les Charons armés de maillets on de torches [CRARON], les Furies hérissées de serpents [FURIA, nRACO], que l'imagination étrusque se plaisait à évoquer et qu'on trouve si souvent représentés sur les bas-reliefs et les peintures de la Toscane 1".
La plupart sont hideux à voir et ont été conçus comme des ètres malfaisants 174 (fig. 2773). Mais si ce caractère convient bien à des démons infernaux, il ne faudrait pas croire que tous les autres génies aient été conçus de
même. A côté de ces Charons horribles, dont l'unique mission est de frapper l'humanité, l'Étrurie croit à l'existence de certains génies bienfaisants qui l'aident et la soutiennent. Tel est, par exemple, le génie Tagès qui, en en révélant aux Étrusques les principes de la science religieuse, leur a donné la civilisation et la puissance; telles sont les Lasae 'LASA] qui se voient souvent sur les miroirs gravés du
24Fli44C ...;1 n e siècle, génies
féminins, sortes de démons aimables , allégories analo gues à celles des Victoires de l'imagerie hellénique' 72 ; tel est encore, sur la fresque de la tombe François à Vulci (fig. 2774) 17s le génie féminin debout derrière Achille qui, d'un geste paisible, semble vouloir retenir l'impatiente avidité de Charon, comme
un ange de la vie protégeant jusqu'au bout contre le démon de la mort le malheureux Troyen qu'Achille s'apprête à égorger.
En résumé, dans cette mythologie, dont nous avons essayé de démêler les caractères principaux, bien des closes restent obscures et inexpliquées. Tout au plus, pouvons-nous entrevoir l'esprit général du système théologique. Cela tient à ce que les textes sont rares,
104
!
Fig. 2775. Jupiter et Junon.
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peu explicites et que, pour la plupart, ils émanent d'écrivains de basse époque, qui tantôt se trompent sur le sens des traditions qu'ils rapportent, tantôt y ajoutent des commentaires plus ou moins suspects, tantôt y me,lent des éléments empruntés à la philosophie ou aux théologies orientales1'i.
Si le fonds intime des croyances religieuses de l'Étrurie nous échappe en grande partie, nous ne connaissons guère mieux les formes extérieures par lesquelles ces croyances se traduisaient.
Les cultes devaient être nombreux et variés. Un seul parait avoir été commun à toutes les cités de la confédération, c'est celui de Voltumna, dont nous avons parlé plus haut, et qui était administré par un grand prêtre choisi à l'élection par l'assemblée fedérale'f3.
Dans chaque cité étrusque, on trouve invariablement trois cultes fondamentaux, aucune d'elles ne pouvant titre régulièrement constituée, si elle ne possède trois sanctuaires consacrés l'un à
[iuvo (fig. 2776), le troisième
à Menerva [ b1INERVA[ 17J.
Cette trinité joue un rôle analogue à la divinité pofiade des Grecs, mais il est rare qu'à côté de ces cultes en quelque sorte obligatoires, les ditierentes villes n'aient pas un ou plusieurs cultes particuliers. C'est ainsi qu'a Falerii, par exemple, Jeuo Curitis ou Quiritis [JU.vo était l'objet d'une dévotion spéciale 810. De même, le principal dieu des colons étrusques installés à Rome dans le Tuscus vices était VEaTuüvcs (fig. 2776)181; à Vulsinii, le culte le plus populaire était celui de la
déesse Nortia, sorte de FOHTUNA 1B'; à Aurinia, c'était celui de SATURNES, d'où sans doute le nom de Saturnia que cette ville porta plus tard 78° à Faesulae celui d'Ancharia761; à Horta celui de la déesse du même nom 785 ; à Luna ceux de LUNUS et de LUXA, deux divinités qui correspondent à Apollon et à Ar
témis SB8; à Capena, celui de FERONIA,
dont les fêtes étaient, comme celle de Voltumna, l'occasion d'une grande
foire' 87.
Ce qui complique singulièrement l'étude des cultes étrusques, c'est la difficulté où l'on se trouve de démêler, parmi les éléments qui les consti
note 414. La ligure 2776 est faite d'après un bronze original du musée du
Dion. Hal. 1, 21; Tertull. Apoloy. 24. loir Prener, 170m. 11yth. p. 247 et s. Vair. De lisp, lat. V, 46. La figure 2776 reproduit un bronze
yr. 46. 185 Les sujets qui décoraient les frontons du temple de Luna étaient empruntés au mythe t'Apollou. Des fragments importants de la décoration art été retrouvé dans les ruines et sont aujourd'hui au musée étrusque de Florence, Milani, f fronton-1 di un tempio tascan(co (dans le ,iluseo
tuent, ce qui appartient en propre à l'Étrurie et ce qui est soit de tradition italique, soit d'importation étrangère. Les cultes de Feronia 188 et de Juno Quiritis 18'3 sont très vraisemblablement d'origine sabine. Celui de Juno Quiritis semble de plus avoir subi dans une large mesure l'influence hellénique car il rappelle par son organisation et le caractère de ses cérémonies, celui qu'on célébrait en Grèce en l'honneur de la Héra argienne1 °, Évidemment, pendant les' dix siècles environ qu'a duré la vie du peuple étrusque, sa religion s'est modifiée, sinon dans son esprit, du
moins dans ses manifestations. Étant donné les relations que le commerce avait développées entre l'Étrurie et les marins de la Phénicie et de la Grèce, il était impossible qu'à la longue certaines coutumes étrangères n'eussent pas pénétré en Toscane et ne se fusent pas mêlées aux traditions de la religion indigène. A cet égard, le type des images sacrées, auxquelles s'adressait la dévotion populaire, est un témoignage particulière
ment significatif. A l'origine, les idoles étrusques sont, comme celles des populations italiques primitives, des symboles plus ou moins grossiers, des troncs d'arbres par exemple on des pierres à peine dégrossies "1. Le Jupiter de Populonia, dont parle Pline 172, n'était très probablement qu'une souche de vigne, et tel devait être aussi l'aspect des vieilles images de
Vertumnus19'. Plus tard, vers le vine siècle, on voit se développer en Étrurie, les types de la mythologie orientale, l'Artémis persique par exemple, qui gardera longtemps sa double paire d'ailes (fig. 2777)1", ainsi que le tlfelkarth phénicien avec une tête énorme et de courtes jambes 105. Plus tard enfin, les types divins sont tous presque invariablement conçus d'après ceux de la Grèce, comme en témoigne une figure d'Apollon, de bronze, du Cabinet des médailles (fig. 2778), dont le type et
l'attitude sont tout à fait helléniques et
qui n'a d'étrusque que la parure 10G. Fig,2778.-Apol;lu
Dans la dernière période de la civilisa
tion étrusque, vers le ni° siècle avant notre ère, les formes grecques sont tellement répandues, que l'origi
italiano di antichita eiassica, If0 année, liv. 1). -187 Tit. Llv, 1, 30, 5; _18.1 Plut. Itomul. 211; Dion. Hal. H, 48. 190 Dion. Hal. 1, 21; Ovid. houe. lit, 13, 7' et s.; 0. Müller, E C's.,c. 11, p. 45. 191 Lue pierre co
nique trouvée ù Orviéto porte le nom de Jupiter (Tinia). C'était sans doute quelque chose d'analogue aux ù(o: ).lis: ou bétyles de la Grèce (Gamurrini, p
Annali del!' Instar. 1877, p. 137, 199 La figure 2778 est faite. d'après l'original (1 habouillet, Catalogue, o' 2939i; voir J. Vlariha, Art étrusque, p. 317 et s.
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nalité de la religion étrusque semble s'être perdue dans une sorte de syncrétisme gréco-italique L'extraordinaire, diffusion des Bacchanales [BACC1IA (LIA en Étrurie prouve assez la . aci ite avec laquelle les Étrusques accueillaient et s'appropriaient les superstitions étrangères. Aussi est-il permis de penser que dans l'ensemble leurs cérémonies sacrées, au temps de leur toutepuissance, différaient peu de celles que l'on célébrait en Grèce. Nous avons vu, du reste, qu'il existait chez eux, comme en Grèce, de grandes fêtes accompagnées de sacrifices solennels et de jeuxt97e
Mais quelle qu'ait été l'influence des cultes étrangers sur la religion étrusque, celle-ci a toujours conservé un trait caractéristique, son formalisme. Aucun peuple, pas même les Romains, n'a poussé plus loin que les Étrusques, le souci et l'art de la procédure sacrée. Tout chez eux se rapportait à la religion, et la religion pour eux était une science d'une précision rigoureuse où rien n'était laissé au hasard ou à la libre initiative des hommes. La fondation des villes, des sanctuaires et des autels, les moindres détails de la vie politique et religieuse, civile et militaire, tout était réglé avec une minutie savante t9a Tout établissement humain était soumis à des conditions d'emplacement, d'orientation, de forme , d'inauguration, qu.'il fallait déterminer au moyen d'opérations multiples et compliquées, .fondées sur la théorie du ten'plum POME
d'un certain nombre de signes céles
importait. de connaitre en toute circonstance aussi exactement que possible la volonté des dieux, on avait réduit en règles l'art de deviner, de surprendre, d'interpréter cette volonté 200
On connait de réputation la divination étrusque (fig. 2779), et nous nous bornons à la mentionner ici, sans en dé-,
erire les principes et les pratiques, parce que le 6oc,or trouvera dans d'autres articles spéciaux tous les re désirables [nm'IvIATIO, eau
Lue religion sourit, se à une pareille discipline ne pouvait subsister qu'à, la condition d'avoir un ensemble de livres spéciaux, conservant fidèlement les traditions sacrées [tuai). Ces livres, qui existaient en effet, sont fréquemment signalés par li an ions. II est souvent question dans les auteurs rl eilrust,iLO', ou charme
minations générales embrassent plusieurs espèces de recueils que nous ne connaissons guère que par le titre, mais dont on peut, dans une certaine mesure, d'après ce titre même, deviner le contenu. On distingue les libre fatales, collections de prodiges, d'oracles, de phénomènes météorologiques ou astronomiques, en un mot de tous les signes que l'on pouvait considérer comme des manifestations de la volonté des dieux, cest--â,-dire du destin 200 "rxornam, FATUM] Ies libri l'agetici, sorte de code sacré, recueil de toutes les révélations attribuées au génie Tagès, contenant en substance toute la discipline religieuse 205, probablement sous une forme métrique 2°fi [cAemi?N] ; les libri Acheruntïci, attribués à 'ragés 207 et peut-être classés parmi les libei Tagetiei, comprenant la doctrine de l'expiation lEXPiATIO1, celle de l'apothéose, les rites propres à retarder l'accomplissement des destins [FATUM], ainsi que les moyens d'assurer aux âmes l'immortalité par le sang de certaines victimes offertes à certains dieux soie; enfin une série de manuels d'un usage plus directement pratique, tels que les libri rituales, donnant les prescriptions relatives à toute la conduite de la vie publique et privée 203, à la fondation des villes, à la consécration des édifices, à la paix, à la guerre, à l'organisation de la société21° à la chronologie sacrée27f, à la naissance, au mariage, à la, mort 372 ; les libaet fulguraics, avec la théorie des foudres et les méthodes d'observation et d'interprétation2`3 les 1i/sri haruspicutcr, avec toute la science spé
La connaissance et l'interprétation de tous ces livres sacrés devaient être réservées aux famille des lucumons, suivant le même principe qui fit qu'à Rome, jusqu'à une certaine époque, le droit pontifical demeura un domaine fermé, accessible aux seuls patriciens [romarins], Cette conjecture semble confirmée par une tradition étrusque qui a été rappelée plus haut"' et qui attribuait aux lucumons la rédaction des livres de Tagès. Il y avait dans les grandes familles une sorte d'enseignement domestique qui assurait la perpétuité =héréditaire de la discipline sacrée 21`,, et aitquel les femmes pouvaient prendre part aussi bien que les hommes, comme le prouve la légende de Tanaquii 2", ce qui, en soi, n'a rien que de très naturel, étant donné la place que tenait la femme dans la famille étrusque.
Certaines parties de la discipline paraissent cependant n'avoir pas été secrètes et avoir fait l'objet d'un enseignement public. La science des haruspices en particulier n'était pas, ce semble, confinée dans les familles lucumoniennes. Un texte de Cicéron donnerait même à:
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de nombreuses révolutions volcaniques ont profondément bouleversé 22s.
Si les Étrusques ont réussi à vivre et à se développer dans des régions aussi peu favorables, si leurs cités se sont multipliées et ont prospéré dans une foule de campagnes qui sont aujourd'hui désolées, c'est qu'à force de patience et d'industrieux efforts ils avaient su de bonne heure, sinon détruire, du moins corriger l'insalubrité du pays. Et comme tout le mal venait de l'excès des eaux qui, n'étant ni absorbées par le sol, ni entraînées faute de pente suffisante vers la mer, croupissaient dans les bas-fonds, ils s'étaient ingéniés à dessécher les plaines et à régulariser le régime des ruisseaux et des rivières. « Les fouilles nombreuses auxquelles j'ai assisté, dit Noël des Vergers°, soit en Étrurie, soit dans la Campagne romaine, m'ont convaincu du soin avec lequel les canaux d'écoulement et de desséchement étaient entretenus dans l'antiquité. Les travaux des chemins de fer dans les Maremmes et la Campagne romaine, en nécessitant d'immenses coupures qui mettaient à nu le soussoi, ont fait constater le grand nombre de conduits souterrains dont les champs étaient sillonnés : c'était pour quelques territoires un véritable drainage, dont l'entretien demandait une population nombreuse et des soins continus. n
On connaît quelques-uns des travaux d'assainissement exécutés par les Étrusques. C'est ainsi qu'ils avaient essayé de régulariser, par des dérivations, des endiguements et des canaux, l'estuaire du Pô Y2v et l'embouchure de l'Arno 224. Ils avaient donné une issue aux nappes
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penser qu'elles l'avaient à la longue abandonnée 218 ; il est vrai que ce texte prête à discussion21°. En tous cas, la légende du devin Attius Navius prouve que la théorie de l'haruspicine était accessible aux gens de toute condition : il était de basse naissance et comme, tout enfant, il avait montré pour la divination des dispositions extraordinaires, son père l'avait mis à l'école des plus habiles devins de l'Étrurie, et il était ainsi devenu un maître dans son art 22°. J'ajoute qu'à voir le nombre considérable des haruspices toscans qui venaient chercher fortune à Rome ou parcouraient l'Italie en donnant des consultations, il y a tout lieu de croire que l'haruspicine était couramment et ouvertement enseignée en Étrurie et n'était pas une science réservée.
Si les lucumons, pour des raisons qui nous échappent, avaient peu à peu laissé tomber dans le domaine public l'art de la divination, il est très probable qu'ils avaient conservé le privilège exclusif des charges sacerdotales. Sur ces charges, nous avons très peu de renseignements. On a vu plus haut qu'il y avait un grand prêtre de Voltumna, une sorte de pontife suprême, élu par la Diète fédérale et sans doute annuel comme les jeux solennels célébrés par la Diète 221. Les autres sacerdoces étaient, selon toute probabilité, héréditaires dans certaines familles du moins on peut le conjecturer d'après un texte de Tite-Live, disant que la statue de Juno à Veies ne pouvait être touchée que par un prêtre appartenant à une famille déterminée22z.
Les Étrusques, ayant occupé une grande partie de l'Italie, se sont trouvés répandus dans des contrées très diverses. De là forcément des différences dans leur condition matérielle. Il est clair qu'on ne vivait pas de la même manière dans les marécages du Pô, sur les pentes de l'Apennin, dans les vallées de la Toscane centrale, dans les Maremmes de la Toscane méridionale, dans les plaines de la Campanie. Mais, pour nous représenter l'existence des Étrusques avec toutes ses variétés, il faudrait avoir ce qui nous manque, un grand nombre de textes et de témoignages. Faute de mieux, nous nous bornerons à noter les quelques détails caractéristiques que les anciens nous ont conservés.
Tout d'abord, le pays dans son ensemble n'était pas sain. Les Maremmes toscanes qui sont aujourd'hui un des plus terribles foyers de fièvre qu'il y ait au monde, avaient déjà dans l'antiquité une fâcheuse réputation. L'air y était lourd et chargé de miasmes223. Les plaines basses de l'Arno ainsi que celles du Pb, sujettes à de fréquentes inondations, devaient se transformer aisément en marais pestilentiels. Il en était de même des mille petites vallées de la Toscane centrale, pleines de ruisseaux, d'étangs, de lacs, dont les eaux ne trouvent ni où s'épancher ni où se perdre dans un sol peu perméable, et que
dormantes des étangs et des lacs en creusant des émissaires [EMISSARIUM] ; partout, dans les villes et dans les campagnes, ils avaient ménagé des égouts ou des galeries de drainage2tt artistement construites et dont l'égout de Graviscae (fig. 2780) est un curieux exemple [CLOACA,
Grâce à ces travaux hydrauliques, le pays était devenu habitable, et non seulement habitable, mais encore florissant. Les centres de population étaient nombreux et prospères. Autour des villes, qui toutes s'élevaient sur des hauteurs salubres"' et que défendaient de so
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lides remparts 23U, se groupait tout un inonde de paysans industrieux, qui avaient chacun un lot de terre à cultiver231. L'agriculture était fort en honneur. La terre, grasse 232 et bien drainée, portait de belles moissons. La fertilité de l'Étrurie était proverbiale 233 Les Maremmes en particulier fournissaient à Rome une partie de son blé [ANNoNA] 234. Les céréales abondaient aussi dans la vallée du Clanis et de l'Arno 235, aux environs de Perusia, de Clusium, d'Arretium, et de Pisae 236 ; le far de Clusium 237, la siligo de Pisae 238 avaient une certaine réputation. Selon Virgile, c'est l'agriculture qui avait fait la force de l'Étrurie 239. Il est à remarquer que la plus vieille légende de la Toscane, la légende de Tagès, qui est intimement liée aux origines de la civilisation politique et religieuse des Étrusques, se rattache à la vie agricole, et d'autre part, que les cérémonies qui, conformément à une tradition très ancienne, accompagnent la fondation des villes,
comportent un sillon sacré, tracé suivant certains rites au moyen d'une charrue, à l'endroit où devront s'élever les murs de la cité nouvelle (fig. 2781) 240
Les céréales n'étaient pas la seule production de
l'Étrurie24'. Il y avait beaucoup de lin et de chanvre aux environs de Tarquinii, puisque, lors de l'expédition de Scipion contre Carthage, cette ville fournit à elle seule la toile à voiles nécessaire à l'équipement de la flotte romaine 242; non loin de là, près du Tibre, se fabriquaient d'excellents filets de pèche"; Falerii aussi, était renommée par ses toiles de lin 254.
L'olivier et la vigne venaient bien. On cite une inscription de Vulsinii, parlant des oliviers qui bordaient les champs d'alentour 2i. La vigne poussait assez forte pour qu'à Populonia on ait pu faire avec un cep une idole de Jupiter246. Columelle cite ce fait, que sur un seul pied de vigne, à Caere, on avait recueilli jusqu'à deux mille grappes 2'`7. Sans avoir la valeur des vins campaniens, les vins toscans n'étaient pas sans mérite2.8, notamment ceux de Luna et de Graviscae2'•9 [viNus].
Les hauteurs des Apennins, moins dénudées qu'elles ne le sont aujourd'hui, étaient couvertes de forêts qui fournissaient une ample provision de matériaux pour les constructions maritimes et civiles2'0. Il y en avait aussi dans certaines parties de la Toscane méridionale'''. Le pin étrusque était célèbre"'. La flotte de Scipion était faite avec des bois provenant de Perusia, Clusium et Rusellae 253. Les plus belles pièces de charpente dont on se servait à Rome venaient d'Étrurie 25' [MATERIA].
L'Étrurie ne parait pas avoir été spécialement un pays de pàturages. Elle en avait cependant, puisqu'elle pratiquait par endroits l'élève du bétail. Il est certain qu'elle ne manquait pas de chevaux. Les sépultures contiennent souvent des mors [FRENUM] ainsi que diverses pièces de harnachement et d'attelage2". L'usage des PHALERAE équestres existait en Étrurie avant de passer à Rome "G. Les jeux publics des Étrusques comportaient presque toujours des courses de chevaux montés ou attelés, comme le montrent un grand nombre de peintures funéraires2''. Enfin la cavalerie étrusque semble avoir été de
bonne heure assez bien organisée, les rois de Rome ayant eu dans leurs armées des corps auxiliaires de cavaliers
En même temps que des chevaux, l'Étrurie élevait des boeufs, nécessaires aux travaux des champs. Les plus
résistants étaient ceux de l'Apennin 258. Falerii produisait une belle espèce de taureaux blancs, que l'on recherchait à Rome pour les sacrifices 25'.
Nous savons de plus que les paysans étrusques avaient des moutons. On citait la laine de Tyrrhénie26o et les
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fromages de brebis provenant de 1'Apennin"' et surtout de Luna : ceux-ci se vendaient avec une marque d'origine 262 [evsErsi. Enfin, il devait être rare qu'une ferme étrusque n'eèt pas, comme aujourd'hui les fermes italiennes, des porcs et des abeilles. Les porcs erraient par troupeaux, dirigés au son d'une trompette26t`. Quant aux ruches elles étaient, assez nombreuses dans la région de Volaterrac pour que cette ville ait pu se charger fournir à Scipion la cire nécessaire à l'encausticage de sa flotte 26'`.
Atoutes cesressources venaient s'ajouter,pourles Étrusques , la chasse
et la pèche [vEx4
no, PISC.4'rlo'), Les auteurs parlent des sangliers toscans ns et l'on voit souvent des scènes de chasse représentées sur les monuments (fig. 2782) 266 De même, plusieurs peintures nous montrent des pêcheurs à l'ouvrage
(fig. 2783) 267. Pyr
gos est cité comme une station de pêche 2in ; Popu
lonia et Cosa avaient, des postes d'observation pour signaler le passage des thons 269.
LE COMMERCE, Si la partie de l'Italie où les tribus étrusques se sont répandues, par la richesse du sol et la variété des cultures qu'elle comportait, était appelée à devenir et devint en effet un pays agricole, elle devait devenir aussi, par sa situation géographique entre deux mers, sur les confins du monde méditerranéen et de l'Europe continentale, un rendez-vous commercial. TI était impossible que les marins de la Grèce ou de la Phénicie, courant le long des côtes en quête d'aventures et de profits, ne fussent pas quelque jour amenés au bord de l'Adriatique et sur les rivages de la mer Tyrrhénienne.
C'est à l'embouchure du Pô que se localisent les premières transactions des Étrusques avec l'étranger. Dès une tres haute antiquité, cette région est citée comme un des principaux marches de l'ambre IrELPt rat;'s C'est Ià que venait aboutir l'une des routes suivies par les caravanes qui, à travers l'Europe centrale, apportaient Iambre du nord de la Germanie; c'est Itt que venaient le chercher les marchands de la Phénicie et de la Grèce". Nous n'avons pas à exposer ni è discuter ici les traditions relatives à la provenance et au eomme rcc de l'ambre. Il nous suffit de remarquer que plusieurs d entre elles signalent le nord de l'Adriatique comme un des
pays d'origine de la précieuse substance", ce qui indique qu'il y avait là une sort' d'entrepôt, conclusion confirmée d'ailleurs par les clé'ouvertes archéologiques; ï1 est rare, en effet que, dans les tombes très anciennes de la région circumpadane, on ne trouve pas des débris plus ou moins nombreux d'ambre brut ou travaillé272
Nous ne savons pas combien de temps dura ce commerce de l'ambre à l'embouchure du P6, ni s'il fut toujours actif et bien suivi. Une chose est certaine c'est que, cers le ax° siècle avant notre ère, le commerce méditerranéen tendit peu ii peu à s'éloigner de la mer Adriatique pour prendre une autre direction et se porter vers les parages de l'Occident. La fondation de Carthage marque à cet égard une ère nouvelle. Dès lors, l'activité maritime des Phéniciens se concentra de plus en plus dans la mer Tyrrhénienne et rayonna sur les cotes de l'Italie occidentale, de la Gaule et de l'Espagne. Le mouvement commencé par les Phéniciens fut bleutit suivi par les Grecs, qu'une rivalité infatigable entraînait sur la piste des Phéniciens, et dès lors se forma un courant de migrations maritimes qui, durant plusieurs siècles, ne cessa de jeter sur l'Italie tous les aventuriers de la Grèce, de l'Archipel et de l'Asie Mineure. On connaît l'extraordinaire diffusion des colonies grecques en Occident27'.
Il était inévitable qu'un jour ou l'autre, les Étrusques de la Toscane fussent amenés à entrer en relations suivies .avec tout e', monde étranger, Quoique leurs côtes basses fussent généralement d'un abord malaisé et que les bons ports y fussent rares, les marchands de Carthage et de la Grande-Grèce prirent peu à peu l'habitude de s'y arrêter et de faire des échanges. Des comptoirs s'établirent, sinon des colonies, qui, par les voies fluviales ou par l'intermédiaire des grandes foires religieuse répandaient de proche en proche leurs marchandises jusqu'au eliiur du pays.
L'existence du commerce avec Carthage ne saurait être contestée. On a vu plus liant qu'il y avait eu des traités entre les Carthaginois et les Toscans27'. Comme pour un peuple marchand les alliances politiques aboutissent toujours en dernière analyse à des alliances commerciales, on peut ètre assuré que ces traités étaient
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conçus de manière à servir les intérêts des négociants tyriens, et qu'ils en profitaient pour placer en Étrurie leurs marchandises. Du reste, d'abondantes preuves archéologiques viennent à l'appui de cette conjecture. On trouve fréquemment dans les tombes antérieures au vue siècle des objets d'origine orientale 216, et certaines tombes, qui se placent vers le vile siècle, la grotte dite d'lsis à VulciY7e, par exemple, la tombe Regulini-Galassi à Cersetri2"'7, plusieurs tombes de Palestrina 213, la tombe del Duce à Vetulonia 219, montrent qu'à un certain moment, par suite de circonstances qu'il est difficile d'expliquer, le commerce phénico-carthaginois a été prépondérant en Toscane2S0. On y importait alors des bijoux d'or et d'argent, des coffres plaqués d'argent ou d'ivoire (Voy. t. fig. 926), des chaudrons de bronze avec des têtes de griffon
(Voy. plus loin, fig. '2'795), des coupes d'argent doré avec des ciselures de style asiatique, analogues à celles que l'on rencontre à Chypre
oeufs d'autruche (Voy. fig. 2796)
décorés de zones d'animaux. féroces ou fantastiques' , 2en un mot, une riche série d'objets précieux, dont la décoration tout à fait orientale accuse indubitablement l'origine.
Si florissant qu'ait pu être, à une certaine époque, le commerce phénico-carthaginois en Toscane, sa prépondérance ne fut que momentanée. C'est surtout du commerce hellénique que les Étrusques furent les tributaires. Depuis le jour où les Chalcidiens, les premiers d'entre les Grecs qui paraissent avoir organisé l'émigration en Occident28t, se furent installés sur le territoire de Cumes au vnle siècle 282, jusqu'à la conquête définitive du monde méditerranéen par les Romains, on peut dire que la Grèce ne cessa pas un instant d'être en affaires avec la Toscane. Le détail de ces affaires nous échappe : nous nous bornerons à indiquer ceux des peuples grecs qui y ont pris la plus grande part.
I1 faut citer d'abord les Chalcidiens et leurs colons de Cumes, de Rhegium, de Naxos, qui à leur tour couvrirent de colonies les côtes de la Campanie. Ce sont eux qui, selon toute probabilité, apportèrent aux Étrusques l'art de l'écriture [ALPHABETCM]. On a tout lieu de penser
qu'une partie des objets de bronze découverts dans les plus anciennes tombes toscanes sont d'origine chalcidienne 286.
A peu près vers le même temps, les Phocéens se répandaient dans la mer Tyrrhénienne29t. La fondation de Marseille, à la fin du vue siècle, dut singulièrement contribuer au développement de leur commerce avec la Toscane, et peut-être est-ce pour mieux surveiller les intérêts de ce commerce qu'ils s'établirent en Corse, d'où plus tard les Carthaginois, aidés des Étrusques, les forcèrent à se retirer487. Sur certains points de la Toscane, on a trouvé des monnaies phocéennes, antérieures à la seconde moitié du vie siècle 233.
Puis vinrent les Corinthiens, dont les expéditions vers l'Occident suivirent de près celles des Chalcidiens2`°, et dont les rapports avec l'Étrurie sont attestés par la légende de Démarate venant se fixer à Tarquinü, après l'usurpation de Gypsélos, avec une partie de l'aristocratie corinthienne.
Au commencement du
siècle, c'est à une colonie corinthienne, à Syracuse, que parait appartenir le monopole du commerce hellénique avec la Toscane. Jnsqu'ie'i,l'opinion courante attribuait ce monopole aux marchands athéniens, et il est de fait que l'immense quantité de vases attiques trouvés dans les nécropoles étrusques semblait autoriser cetteattribution290
Mais dans un mémoire récent, M. Delbi{; a montré qu'il n'y a pas eu véritablement de relations directes entre Athènes et la Toscane et que si l'Étrurie est pleine de produits attiques, ces produits n'y sont arrivés que par l'intermédiaire des marchands de Syracuse 20f.
Vers le me siècle, après le déclin de la puissance de Syracuse et la ruine définitive du commerce athénien, les marchés étrusques passèrent aux mains des villes de l'Italie méridionale, et surtout des villes campaniennes. A partir de cette époque, on ne trouve plus guère en Toscane que des objets d'origine campanienne ou de style campanien2D2, ainsi qu'un grand nombre de monnaies provenant de Campanie 293. Il existe alors un double courant commercial entre la Toscane et la Grande-Grèce, l'un maritime, se faisant par le cabotage le long des
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côtes de la mer Tyrrhénienne, l'autre intérieur, par les routes qui ont été ouvertes à travers l'Italie par les ingénieurs romains, la voie Appienne et la voie Latine [VIA). L'existence de ce transit intérieur est attestée par l'importance commerciale et industrielle que prend à ce moment la ville de Préneste, située dans le voisinage de la voie Latine, sur les confins des vallées qui conduisent d'une part vers le Tibre et la Toscane, d'autre part vers
la Campanie 29.
Les Étrusques se contentaient-ils de recevoir les marchandises apportées sur leurs côtes par les navires étrangers ou bien avaient-ils, eux aussi, une flotte de commerce allant chercher au loin les produits de l'industrie carthaginoise ou hellénique?
La question est difficile à résoudre. S'il faut en croire les traditions antiques, les Étrusques étaient des marins entreprenants et redoutables. On connaît la fâcheuse réputation des pirates tyrrhéniens29J. Mais il n'est pas certain que les fameux pirates tyrrhéniens aient été des Étrusques partis des côtes de la Toscane. Il y avait des Tyrrhéniens en Thrace, en Asie Mineure et dans l'Archipel et rien ne nous dit que, sous le nom générique de pirates tyrrhéniens, on n'ait pas désigné tout ce monde d'aventuriers qui couraient les mers de I'Occident, faisant à la fois le commerce et la piraterie, Phéniciens, Carthaginois, Phocéens, Chalcidiens ou autres, rivaux les uns des autres, acharnés contre toute apparence de concurrence, et intéressés à se faire craindre pour assurer le monopole de leurs opérations. Quoi qu'il en soit, il est hors de doute qu'à un moment donné les Étrusques ont eu une marine, puisqu'en plusieurs circonstances ils se sont mesurés sur mer avec les Grecs, de concert avec les escadres carthaginoises 266 Mais il est probable que le rôle commercial de cette marine se bornait au cabotage le long des côtes toscanes, et qu'il ne s'exerçait guère dans les eaux helléniques, où l'activité jalouse des marchands grecs n'eût pas aisément supporté la concurrence.
L'INDUSTRIE ET L'ART. Les Étrusques ont passé longtemps pour les maîtres de la civilisation antique. Tout ce qu'on trouvait en Italie leur était invariablement attribué. Ils avaient tout inventé ; toutes les industries, tous les arts dérivaient d'eux29°. Ils avaient fait l'éducation de l'Égypte, de la Phénicie, de la Chaldée de la Perse, de l'Inde, de la Grèce même 298. On allait jusqu'à faire d'Homère un sage étrusque émigré en Orient 299.
Les progrès de la science archéologique ont dissipé ces beaux rêves. Il est aujourd'hui démontré que, loin d'être l'institutrice du genre humain, l'Étrurie n'a été qu'une élève docile et que l'éclat dont elle brillait n'était qu'un reflet de l'Orient ou de la Grèce. Son apprentissage s'est fait graduellement, sous l'influence de l'étranger et son développement industriel a traversé plusieurs
phases, qu'il importe tout d'abord de déterminer avec précision 300
Les fouilles exécutées dans l'Italie centrale depuis une trentaine d'années ont amené la découverte de nécropoles très anciennes à incinération, que l'on désigne d'ordinaire sous le nom de nécropoles villanoviennes an1 ou à puits (en italien pozzo). La tombe est une sorte de puits cylindrique ou conique, au fond duquel s'en ouvre un second, beaucoup plus petit, fermé d'ordinaire par une dalle ou une pierre plate 3" (fig. 2785). Dans cette ca
vité se trouve déposée l'urne cinéraire, un pot à panse rebondie, dont le type ne varie guère (fig. 2786) et que coiffe, en guise de couvercle, une écuelle retournée 3oa
On a beaucoup discuté et l'on discute encore sur l'origine des pozzi. Plusieurs savants se refusent à y reconnaître des tombes étrusques, sous prétexte que les Étrusques ne pratiquaient pas l'incinération304. Ce sont, dit-on, des sépultures ombriennes, c'est-à-dire les sépultures d'un peuple qui avait occupé l'Italie centrale avant l'arrivée des Étrusques3o6 Il serait trop long d'exposer ici en détail les arguments invoqués par les partisans de cette théorie, particulièrement chère aux archéologues italiens, comme aussi de résumer les objections auxquelles elle prête 36s La plus grave est qu'il n'est pas le moins du monde prouvé que les Étrusques aient exclusivement pratiqué l'inhumation : chez eux, comme chez presque tous les peuples de l'antiquité, les deux modes de sépulture paraissent avoir plus ou moins coexisté 307. Du reste les tombes à inhumation ne se multiplient en Étrurie qu'à partir du vne siècle 308, c'està-dire à une époque, où, de l'aveu même des anciens, les Étrusques étaient déjà depuis deux cents ans au moins installés en Italie.
Quoi qu'il en soit et quelque opinion qu'on adopte, en admettant même que la tombe à pozzo ne soit pas d'origine proprement étrusque, il est indéniable que, durant une certaine période antérieure au vile siècle, les Étrusques en ont connu l'usage, puisqu'on la retrouve dans toutes les régions qu'ils ont occupées 309 et que les
III. 105
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nécropoles de ce type les plus considérables s'étendent précisément dans le voisinage des cités étrusques les plus importantes310 au nord et au sud de l'Apennin. En tous cas la civilisation à laquelle correspondent les pozzi, la civilisation dite villanovienne, a eu en Étrurie, comme presque partout en Italie311, son heure d'épanouissement. Si elle n'appartient pas en propre aux Étrusques, ils y ont du moins participé et cela suffit pour que nous ayons le droit d'y chercher le point de départ de leur développement industriel.
Au temps des pozzi, on peut dire que leur civilisation était encore très élémentaire. C'était celle d'un peuple à demi barbare qui vivait dans des cabanes dont certaines urnes cinéraires nous ont conservé l'image [nosus,
fig. 2508-2510]. Leur patrimoine industriel était pauvre et leur art enfantin. Ils avaient des céramiques d'étoffe grossière, faites à la main avec une pâte impure, mal pétrie, le plus souvent mal cuite et plus ou moins enfumée 312. Leur métallurgie se bornait au travail du bronze, dont ils faisaient des armes, des ustensiles, des objets d'équipement et de toilette, surtout des fibules, quelquefois des récipients et des urnes cinéraires (fig.2787) 3,3. Le métal était tantôt coulé dans des moules, pour les menus objets, tantôt laminé en feuilles, façonné au marteau et assemblé par des rivets 314 Le fer était extrèmement rare 31ë ainsi que l'or 311 et l'argent, 31
La décoration consistait uniquement en dessins géométriques, aussi bien sur les bronzes que sur les poteries 348. La plupart de ces dessins étaient incisés 319. Quelquefois, sur les poteries, ils étaient tracés à l'aide d'un pinceau soit en blanc 326 soit en rouge 321. Il arrive aussi que les motifs géométriques soient figurés, sur les bronzes, par des lignes de rivets ou de boutons repoussés (fig. 2787 et 2788) 322, sur les poteries par des bossettes de bronze appliquées sur la pâte 323. Il n'est pas rare qu'une bordure
d'anneaux enfilés complète la décoration (fig. 2789)3°'•, Cet art encore primitif comportait très peu de représentations d'hommes ou. d'a
nimaux. Tout se bornait à
quelques poupées informes et à, quelques figures d'oiseaux (fig. 2700 et 2791) 32'
Bien des questions relatives aux origines et à l'histoire de la civilisation villanovienne restent encore obscures. Mais il y a quelques points que l'on peut considérer dès à présent comme établis : 1° cette civilisation
se rattache directement à une civilisation italique antérieure 32G correspondant à la période dite des terramares327; 2° les éléments
nouveaux qu'on y constate (typa formes, dé
T.
coration, matières ouvrées, technique) représentent des importations faites en Italie par les marchands de la Phénicie et de la Grèce 328; 3° elle s'est prolongée plus longtemps au nord de l'Apennin qu'au sud, parce qu'à partir du me siècle le commerce maritime se portant de préférence vers les côtes de la mer Tyrrhénienne, le mouvement incessant des importations l'a peu à peu enrichie et transformée en Toscane, tandis que dans le Bolonais et la région circumpadane, où les importations étaient moins fréquentes et plus clairsemées, elle conservait, jusque vers le milieu du ve siècle, ses types caractéristiques, non sans développer cependant ses procédés techniques et son système de décoration 320.
Il résulte de ce qui précède que c'est en Toscane qu'il est surtout intéressant de suivre les progrès de l'industrie et de l'art étrusques. Les fouilles les plus récentes exécutées dans cette partie de l'Italie, particulièrement dans la nécropole de Cornéto33°, où la succession des âges est plus nette qu'ailleurs, permettent de distinguer quatre grandes périodes : 10 La période des premières
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tombes à inhumation (vin° et vire siècles); 20 La période d'influence gréco-orientale (vite siècle et première moitié du vic); 30 La période d'influence attique (vie-lue siècle); 14° La période étrusco-campanienne (fin du Ive siècle-ire siècle)La première période correspond à l'avènement des tombes dites a Tossa"' . Elle se rattache très étroitement à la période des pozzi, avec laquelle elle présente beaucoup do points communssu. Mais le matériel funéraire n'est pas complètement identique de part et d'autre. Dans les fosses la céramique est beaucoup plus abondante et plus variée. On y remarque : 1° des poteries faites à la main, qui par leurs formes rappellent les types des pozzi, mais qui s'en distinguent par la préparation plus fine de la pâte, parle lustre noirâtre de leur surface 333, et quelquefois par une certaine régularité qui suppose, sinon l'emploi du tour, du moins la pratique de quelque instrument qui y supplée 331 ; 2° des poteries façonnées au tour, à fond jaunâtre avec dessins géométriques au pinceau et quelques figures d'oiseaux, poteries dontla provenance étrangère n'est pas douteuse et qui sont d'importation grecque (fig. 2792) 335; 3° des poteries de fabrication indigène, mais certainement imitées de ces vases d'importation 336 Les acquisitions de la métallurgie vont de pair avec celles de la céramique. Les étrusques ont encore peu de fer 337, mais une quantité déjà assez notable d'or et d'argent 338. Les bronzes rappellent ceux des pozzi, mais ils sont en plus grande abondance. Le nombre est beaucoup plus considérable des vases de bronze laminé et rivé, tasses, écuelles, gourdes, récipients sphériques ou biconiques, ossuaires reproduisant l'aspect de l'ossuaire villanovien (voir plus
haut fig. 2787)331. On remarque aussi de grandes pièces métalliques, telles que des boucliers décorés de zones concentriques incisées 366 (voy. t. 1, p. 1256, fig. 1657), et le trépied que nous reproduisons ici 561 (fig. 2793). Il est visible que durant cette période l'F.trurie s'ouvre de plus en plus au commerce étranger 318, et que son industrie se forme sous l'influence des modèles qu'on lui apporte.
La période suivante correspond aux tombes à fossa les plus récentes 313 ainsi qu'aux tombes de Cornéto dites à couloir a corridoio n , ou tombe egizie 315. On y retrouve la plupart des types céramiques et métalliques dont la tradition subsiste depuis les pozzi 310 En même temps les progrès qu'indiquait déjà la période précédente s'accusent nettement. Il y a un nombre plus considérable de grandes pièces métalliques, d'objets d'or, d'argent, de
fer, d'ivoire, de verre émaillé. Le pectoral d'or de Cornéto (fig. 2794) peut être cité parmi les plus beaux spécimens de cette catégorie d'objets317. L gt, vases importés, faits au tour, se multiplient3'`e, parmi lesquels se remarquent des poteries corinthiennes avec figures d'animaux et figures humaines 313. D'autre part les fabriques de céramique indigène prennent de l'extension; on essaye d'imiter les vases avec décor géométrique peint350, et l'on développe l'industrie des vases noirâtres à surface. lustrée'''. Mais ce qui donne à cette période une physionomie à part. c'est la présence dans les sépultures d'une grande quantité d'objets de style oriental, ivoires sculptés, plaques d'or et d'argent ciselées, coupes d'are
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gent historiées, chaudrons de bronze (fig. 2795), oeufs d'autruche (fig. 27951, etc., le tout décoré de palmettes, de rosettes, de croissants, de fleurs de lotus, de lions (voir t. I, p. 70, fig. 109: p. 796, fig. 964), de sphinx,
de griffons, de chimères, en un mot de tous les éléments qui constituent d'ordinaire le système de l'ornementation asiatique 352. La plus grande partie de ces objets vient certainement de l'étranger et a été apportée dans le
pays soit par le commerce carthaginois, soit par le commerce hellénique 353 Quelques-uns cependant pourraient bien avoir été fabriqués en Toscane à l'imitation
des objets importés, soit par des ouvriers étrangers établis en Italie, soit par des ouvriers indigènes 304.
La période d'influence attique, à laquelle nous arrivons maintenant, marque l'épanouissement industriel de la Toscane. Un grand courant commercial s'établit entre Athènes et l'Italie, soit directement, soit, comme le veut M, Helbig3'3, indirectement, par l'intermédiaire des marchands de Syracuse. L'Étrurie est inondée non seulement de produits helléniques, de vases peints en particulier, mais encore d'ouvriers grecs qui viennent y chercher fortune, fondent des ateliers, forment les ouvriers indigènes et ré
pandent dans tous
les arts le style attique avec les sujets qui lui sont le plus familiers. L'Italie centrale est d'ailleurs à l'apogée de sa puissance et de sa richesse.
La période étruseo-campanienne enfin correspond à un changement d'influence, lequel a pour conséquence
un changement de style dans "industrie et l'art étrusques. Ce n'est plus l'action de la Grèce propre que subit alors l'Étrurie : c'est l'action de la Grande-Grèce 366 ; celle-ci introduit dans l'Italie centrale des 'industries
nouvelles, celles des cistes et des miroirs gravés, celle des vases à couverte noire vernie et à reliefs, celle des pierres gravées. Elle y introduit surtout un style nouveau où prédominent les sujets mythologiques 357.
L'art étrusque nous a laisse un grand nombre de monuments, que nous ne pouvons pas évidem
ment étudier ici en
détail nous nous bornerons à en indiquer le caractère générai.
ARCHITECTURE. De l'architecture étrusque il ne subsiste aujourd'hui que des murs d'enceinte et des tombeaux. Les murs d'enceinte, qui n'ont guère laissé que des ruines, sont construits tantôt en appareil polygonal, comme à Cosa. (fig. 2797) 358, tantôt en appareil quadrangulaire irrégulier, c'est-à-dire avec des tétraèdres de gran
deur variable, comme àFaesulae353(l1g.2798), tantôt en appareil quadrangulaire régulier, les blocs se présentant alternativement en
longueur sur une assise et en largeur sur une autre, comme à Falerii 360 (fig. 2799) [Muas, Ils répondent à deux systèmes de fortifications, dont l'un, qui parait être le plus an
cien, est à front continu 301 dont l'autre est à courtines flanquées de tours 316 [MO
portes fortifiées sont tantôt à linteau plat 363, tantôt voûtées; cette dernière disposition s'observe à Volterra, ou se trouve une porte assez bien conservée, la porte dite dell' 4rco, avec des têtes disposées autour de
l'archivolte (fig. 2800) 36'' [Ponra . Il est probable que les murs et les tours avaient des créneaux 365
Les tombeaux (abstraction faite des divers types de sépulture que nous avons signalés plus haut) sont ordi
que
fournissent les roches façonnées de Norchia (fig. 2804) 381 et de Sovana t8'
ainsi que les ruines , d'ailleurs assez informes, de deux sanctuaires retrouvés à Orviéto (Vulsinii) 383 et à Cività-Castellana ( Falerii) 38t. Le plan est presque
La moitié antérieure est un portique à quatre colonnes de front sur deux rangs de procolonnes du milieu est
nairement. à partir du vie siècle, des caveaux301 taillés en plein dans la roche, suivant une pratique fréquente en Étrurie3"V. Le caveau est tantôt un simple couloir (tombe a corridoio) 38a tantôt un couloir précédé d'un vestibule à ciel ouvert'G0, tantôt une chambre rectangu
luire garnie de banquettes sur trois côtés376, tantôt une grande salle, ronde ou rectangulaire, avec de gros piliers réservés dans la roche, des pilastres le long des parois et tout alentour une série de niches pour recevoir les corps 371 ; tantôt un ensemble de plusieurs pièces, ouvertes les unes
au bout des autres, ou bien groupées autour d'une sorte d'atrium centrai (fig. 2801) 312. Les murs intérieurs sont souvent décorés soit de peintures, soit de reliefs taillés à vif dans la roche et représentant des meubles ou des us(j tensiles de ménage 3"3(fig.2802) Le plafond simule ou bien une volte, ou bien une char
pente J7'' (voir
t. I, p. 984, figure
1274). ExtérieuFig rement le tom
beau se présente sous l'aspect ou bien d'une sorte de tumulus en maçonnerie (fig. 2803) 37', ou bien d'une fausse façade sculptée dans le roc soit avec une porte simulée, un encadrement et une corniche 376, soit avec un portique et un fronton, comme à Norchia (fig. 2804) 377. Dans
certaines nécropoles, les façades funéraires sont rangées les unes à côté des autres comme des maisons dans une rue'''. Ces chambres et ces façades, ainsi qu'un certain nombre de petites urnes cinéraires en formes d'édicules (voir t. I, p, 286, fig. 333; II, p. 350, fig. 2511), nous fournissent une foule de renseignements sur les formes familières à l'architecture étrusque, supports, moulures, charpentes !MATEIttA],décoration, [ANTEFIXA, ACROTERIUM],
dispositions intérieures et extérieures des habitations
coLUMNA] "0. Mais elles ne nous apprennent pas grand chose sur la construction des temples en Étrurie [TEMPLUM]. Sur ce point nous en sommes réduits aux in
dications de Vi
truve 380, et à
quelques rares
données
fondeur; l'espace entre les deux
plus large qu'entre les colonnes d'angle [PORTICUS]. La moitié postérieure se compose d'une cella centrale dont la largeur correspond à l'entre-colonnement du milieu et que flanque de chaque côté une cella plus
IÎ
petite (fig. 2805) 3H'. Le couronnement du temple est tout en charpente et, selon toute probabilité, avec des auvents proé
minents et des frontons en porte à faux386 La décoration consiste surtout en appliques peintes (voir t. I, p. 286, fig. 332) ; les
frontons notamment sont garnis de plaques céramiques à haut relief, reproduisant l'aspect de statues en ronde bosse et
maintenues par des chevilles au fond du tympan t87.
D'une manière générale, ce qui caractérise l'architec
ture étrusque c'est l'emploi qu'elle
fait de la charpente et de la voûte :
pour ce qui concerne le détail de
ces deux modes de construction,
on pourra consulter les articles
de la. sculpture étrusque sont
extrêmement nombreux, mais la Fig.3805. Plan d'un temple qualité est loin de répondre à la
La série la plus riche est celle des monuments funéraires.
Ces monuments se subdivisent en plusieurs classes.
1° Canopes.Les urnes-canopes sont propres à la région de Chiusi ; ce n'est pas autre chose qu'un vase cinéraire coiffé d'une tête huLe type est le développement d'un usage primitif consis tant à appliquer sur le col de l'urne un masque mobile en bronze estampé 388. La tête est généralement trai
tée avec une recherche particulière de réalisme. Les moindres détails de la physionomie sont accusés, ainsi que l'ajustement de la coiffure et la coupe de la barbe 389 (voir t. I, p. 668, fig. 784). Il semble même que certaines urnes canopes aient été garnies d'une chevelure rapportée comme une perruque 30. Souvent les oreilles ont des pendants métalliques 391. Pour compléter l'individualité de l'urne, il n'est pas rare que les anses se transforment en bras, qui tantôt sont figurés par un contour sommaire 592, tantôt sont attachés par des crochets et se tendent en avant (fig. 2807) 393. Une urne de Florence semble représenter un guerrier avec son javelot et son bouclier (fig. 2808) 39''. Les canopes se trouvent d'ordinaire dans les tombes dites à ziro 391, debout sur une sorte de fauteuil (fig. 2806, 2808) 596.
2° Statues cinéraires. Du type de l'urne canope dé
rive le cinéraire-statue (fig. 2809) 397, également particu
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lier à la région de Chiusi, ainsi que le cinéraire-groupe (fig. 2810)3". Ce sont, au même titre que les canopes, de véritables urnes, en ce sens que le corps de la statue ou du groupe est creux pour recevoir les cendres. Les têtes sont mobiles et servent comme de bouchon au récipient. Les bras et les pieds, ordinairement mobiles aussi, s'emboîtent dans des cavités ménagées à, dessein, où ils sont maintenus par des crochets. Dans le groupe de la
figure '2810 l'image de la femme esten deux morceaux, l'un faisant corps avec le couvercle, l'autre avec le coffre.
30 Couvercles de sarcophages et d'urnes -Les couvercles des sarcophages et des urnes représentent une ou plusieurs figures tantôt couchées et comme endormies sur un lit de sommeil [LECTUS] (fig. 2822)399, tantôt accoudées sur un lit d'apparat comme des convives prenant part à un repas (fig. 2812)b°o Les personnages, en habits de fête, parés de guirlandes, de couronnes et de bijoux
tiennent à la main soit un vase à boire quelconque, soit un fruit, soit un miroir, un éventail, un volumen ou des tablettes. Ces couvercles répondent t. la coutume antique du repas funèbre 402 [conNAl
ah (,ripes d bas-reliefs. Les cippes à bas-reliefs sont de petits piédestaux cylindriques ou quadrangulaires destinés sans doute à porter soit une sphère à pointe conique, soit une pierre ovoïdale, soit quelque autre emblème funéraire 403. On ne les trouve guère que dans la région de Chiusi et presque tous sont faits d'une pierre tendre, propre à cette région'°'`. Les scènes représentées se rapportent d'ordinaire aux cérémonies funèbres : on y voit l'exposition du défunt entouré de pleureuses (voir t. 1, p. 702, fig. 848), le convoi funèbre, les jeux (voir t. 1, p. 150, fig. 185) ou les banquets célébrés en l'honneur du mort". Le type des figures a quelque chose de sec et
d'archaïque. Le relief est plat, presque sans épaisseur et le modelé réduit a sa plus simple expression.
5° Bas-reliefs des sarcophages et des urnes. Les basreliefs des sarco
phages et des urnes 1G6 se développent d'ordinaire sur une des faces longitudinales et sur les deux faces latérales de la cuve ou de la caisse cinéraire. Quelques sujets se rapportent à la vie du défunt, et représentent soit un cortège nuptial (voir plus loin fig. 284414", soit un magistrat avec ses licteurs 400, soit un juge sur son tribunal 4e9. Plusieurs montrent des scènes de funérailles : le défunt sur son lit d'agonie et auquel on ferme les yeux "0, la séparation su=
prèle en présence des démons infernaux '1.15, le voyage du mort vers le monde souterrain sur un cheval (voir t. 1, p. 1100, fig. 1360) ou sur un char (t. 1, p. 158, fig. 1993) 1t2
ou sur la croupe dun monstre marin 1.13 la procession des victimes destinées au sacrifice funèbre «1' Mais la majeure partie des bas-reliefs présente des sujets empruntés aux traditions mythologiques de la Grèce. On y retrouve let, principaux cycles légendaires, le cycle
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troyen, le cycle thébain, ainsi qu'une foule de mythes secondaires 16. Les tableaux ont toujours plus ou moins un caractère tragique, dont la signification funéraire est précisée par un ou plusieurs démons infernaux, propres à la mythologie étrusque. C'est ainsi par exemple qu'on voit une Furie précéder le char d'Amphiarus (voir t. I, p. 235, fig. 265) ou du haut d'un rocher contempler le duel fratricide d'Étéocle et de Polynice "6. L'usage de
ces thèmes mythologiques ne se développe qu'à partir du lite siècle 414. La plupart de ces bas-reliefs sont d'une exécution commune : c'est de l'art industriel.
6° Stèles sculptées. Les stèles sculptées sont beaucoup plus rares en Étrurie qu'en Grèce. En Toscane on n'en a jusqu'ici trouvé que quelques-unes, telles que la stèle de Volterra (voir t. 1, p. 1363, fig. 18311)418 et la stèle d'Antella (fig. 2813) "6. C'est au nord de l'Apennin, dans
le Bolonais, que l'on rencontre le "plus grand nombre de ces monuments. Sauf un fragment très archaïque, qui appartient sans doute à la dernière période de l'art vilianovien, c'est-à-dire à la fin du vt° siècle 420, toutes les stèles bolonaises sont d'un style assez récent; elles se composent d'un certain nombre de registres horizontaux, avec un encadrement de postes, de feuillages ou de chevrons, et présentent toutes à peu près les mêmes sujets, des monstres marins, des chars lancés au galop et conduits par des génies infernaux, des combats de fantassins et de cavaliers (fig. 2814, 2815)421. La silhouette des figures est tracée avec une certaine liberté et ne manque pas d'art; mais le modelé est enfantin. Cette inégalité dans la facture semble indiquer que les sculpteurs du Bolonais empruntaient aux vases grecs des compositions toutes faites ou des groupes de figures, mais que leur habileté se bornait à décalquer des silhouettes Les stèles, qui sont toutes en pierre calcaire et de forme circulaire ou ovoïdale, sont généralement couvertes de bas-reliefs sur leurs deux faces et quelquefois même sur la tranche 426.
La sculpture monumentale ne constitue pas non plus une série bien riche. Elle a presque entièrement péri
avec les frontons en charpente qu'elle décorait [TYMpANUM]. Quelques fragments, heureusement retrouvés, permettent cependant de
s'en faire une idée assez précise. Tels sont par exemple les restes des frontons de Luni, découverts en 18/i2, et récentment remis en lumière par les études de M. Mitant 424. Tels sont encore divers morceaux découverts à Orviéto 42' (fig. 2816) et à Cività-Castellana 426. Ces fragments représentent quelque chose d'intermédiaire entre le bas-relief proprement dit et la ronde bosse. L'apparence est celle d'une statue vé
ritable, mais en réalité la statue est, incomplète, Il n'existe de chaque personnage que la moitié antérieure, et cette moitié elle-même, au lieu d'être pleine, est creuse.
Un rebord plat permettait d'appliquer la pièce contre le tympan du fronton au moyen de chevilles dont les traces sont encore visibles. Ce système d'attache s'observe très
nettement dans la figure 2816). Cette statue d'Orviéto, comme celles
de Luni et comme la plupart des appliques architectoniques de
l'Étrurie, est en
terre cuite re
vêtue de couleurs 427.
La sculpture religieuse proprement dite est pauvrement représentée, la plupart des images divines ayant disparu dans la ruine des sanctuaires qui les renfermaient. A part le Mars de Todi (fig. 2817) 428 et la Minerve d'Arezzo f29, nous ne possédons en ce genre que des figurines de dimensions assez réduites comme la statuette de Rusellae 430 que reproduit la figure 2818, la plupart sont d'exécution médiocre; mais ces figurines ne sont pas sans intérêt : elles nous montrent du moins
comment et dans quel sens se sont transformés à travers les âges les types religieux de l'Étrurie, successivement
conçus à l'image des types orientaux, puis des types
helléniques "ai.
La plupart des oeuvres de la sculpture étrusque que nous avons conservées sont ou en pierre tendre ou en terre cuite. Mais c'est surtout la terre cuite qui paraît avoir eu la préférence des Étrusques. Cette terre cuite était toujours revêtue de couleurs ; les Étrusques ne concevaient guère d'autre sculpture que la sculpture polychrome 432. De leurs statues de bronze, qui étaient nombreuses 433, il ne reste presque rien. Nous avons cité déjà le Mars de Todi et la Minerve d'Arezzo ; nous mentionnerons encore un buste curieux, de style très archaïque, trouvé dans la grotte d'Isis à Vulci (fig. 2820)'3'` et la statue contemporaine de la domination romaine, dite l'Orateur, au musée de Flo
rence ; elle est de grandeur naturelle (fig. 2819) ; une inscription étrusque la désigne du nom d'Aules Metelis4Su On peut signaler encore quelques figures d'animaux, telles que la Chimère d'Arezzo (voir t. I, p. 1103, fig. 1364).
PEINTURE. La peinture est de tous les arts étrusques celui que nous connaissons le mieux. Beaucoup de chambres sépulcrales ont leurs parois décorées de fresques'''". Les scènes figurées sur ces fresques se ramènent à un certain nombre de sujets, dont voici ta brève énumération.
1° Banquets [coENA] (voir t. I, p. 1276, fig. 1698) 4°7.
20 Danseurs, danseuses et musiciens (voy. p. 848, fig. 2845)438. Ce sujet accompagne presque toujours celui du banquet.
3° Jeux du cirque, avec musiciens, bateleurs, acrobates, luttes athlétiques, courses de chevaux et de chars (fig. 2822) 438
4° Préparatifs des funérailles"a.
5° Défilés funèbres (fig. 2824)"I.
6° Sujets mythologiques; les figures 2772, 2773, 2774, reproduites page 825, montrent Hadès et Proserpine, l'égorgement des prisonniers troyens par Achille, Thésée et Pirithoüs ; on trouvera ailleurs (t. I, p. 1695, fig. 2259) une scène représentant Ulysse et Polyphème. La figure 2770, page 822, rappelle une légende étrusque, celle de Mastarna et de Célès Vibenna 4'•z
7° Scènes de chasse et de pêche (fig. 2782, 2783)4'". Tous ces sujets sont diversement combinés, de ma
l'archaïsme gréco-oriental, et que représentent surtout les peintures de la grotte Campana à Veies (fig. 2821) 448;
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nière à remplir les parois du caveau. Ils se développent D'une façon générale on peut distinguer quatre styles :
souvent sur plusieurs zones horizontales superposées, 1° L'archaïsme d'imitation, où l'on sent l'influence de avec des encadrements de feuillage et de postes, dont
les contours épousent les formes des tympans. Des lions, des panthères, des sphinx, des hippocampes, des dauphins, en un mot les divers animaux familiers à l'art décoratif, remplissent les intervalles ou se répartissent sur des zones secondaires 4Y1.
L'étude de ces fresques soulève de nombreuses questions d'interprétation et de chronologie. Pour ce qui est de l'interprétation, nous ferons simplement remarquer qu'à voir la façon réaliste dont sont traitées la plupart de ces compositions, il semble bien qu'on ait sous les yeux l'image des fêtes et des jeux auxquels donnaient lieu les funérailles solennelles ainsi que les préparatifs de ces fêtes 445, plutôt que le tableau des plaisirs réservés aux morts dans l'autre monde. Pour la chronologie, elle ne peut être établie que par une foule d'observations de détail que les limites de cet article ne sauraient embrasser et qu'on trouvera exposées dans quelques travaux fort importants de MM. Brunn`'''a et Helbig'''t7.
2° L'archaïsme toscan, où, malgré certaines réminiscences helléniques, le sujet est traité avec indépendance par des peintres, encore gauches et inexpérimentés, mais soucieux de représenter des scènes qu'ils ont vues, avec la vérité des types et des costumes toscans (fig. 2822) 4'r9;
3° Le style étrusco-grec, caractérisé par la combinaison de plus en plus intime des éléments grecs et des éléments étrusques, par la prédominance définitive des types, des formes, des costumes empruntés à la Grèce, ainsi que par une plus grande variété de couleurs et une plus grande sûreté de dessin (fig. 2823, 2845)'50
4° Le style mythologique, où dominent les sujets lé
111.
gendaires grecs ou étrusques avec tout l'appareil démonologique que ces sujets peuvent comporter. Ce style, qui se place vers le me siècle, correspond au mo
ment où la peinture étrusque est maitresse de ses procédés techniques. La sûreté du dessin, la justesse du modelé, l'emploi de la perspective et du clair-obscur,
106
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la variété des nuances et des tons, tout indique un art en pleine possession de lui-même (voy. plus haut, fig. 2772, 2773, 2774, 2824)"', mais un art qui, jusque dans ses meilleurs productions, conserve toujours, comme la sculpture, le caractère d'une pratique industrielle. Toute la peinture étrusque trahit plutôt la main d'un ouvrier habile à. combiner des modèles banals que celle d'un véritable artiste inventif et original.
CÉRAMIQUE. Nous avons signalé plus haut l'emploi de l'argile dans la plastique étrusque : nous ne parlerons ici que des poteries. Le nombre en est si grand et la variété si infinie, que, si l'on ne veut pas faire un catalogue, il faut se borner à distinguer certaines catégories générales.
1° Céramiques importées. Une première catégorie est celle des poteries importées. De tout temps l'Étrurie a reçu de l'étranger une partie de sa vaisselle d'argile. On a vu qu'à une époque où le tour n'était pas encore connu des Étrusques, leurs nécropoles contenaient déjà des vases faits au tour. Ce sont certainement des vases de provenance exotique, et, selon toute probabilité, de provenance hellénique 452. Tels sont les vases à décoration géométrique peinte avec ou sans figures d'animaux (voir plus haut,
fig. 2793), auxquels succèdent bientôt les poteries corinthiennes avec figures humaines et inscriptions, les poteries rouges à reliefs estampés'sa puis les poteries de style attique à figures noires sur fond rouge et à figures rouges sur fond noir. Les neuf
dixièmes des vases peints qui forment les grandes collections céramiques de l'Europe proviennent de l'Étrurie et de là vient que pendant longtemps on leur a attribué à tort la dénomination de vases étrusques. Beaucoup ont des inscriptions grecques et des signatures d'artistes qui ne laissent aucun doute sur leur origine, et si quelquesuns peuvent avoir été fabriqués en Italie, ils l'ont été certainement par des potiers grecs installés en Toscane".
Plus tard, au m° siècle, apparaissent en Étrurie des céramiques à vernis noir brillant 4t5, des coupes avec inscrip
tions latines'"h', des cratères ou des amphores avec des reliefs peints "", des plats à surface argentée ou dorée'' "8 qui semblent être aussi des importations, et qu'on e tout lieu d'attribuer aux fabriques de la Grande-Grèce.
2° Céramiques d'imitation locale. Ces types étrangers, répandus à profusion dans le pays, ont servi de modèles à l'industrie indigène qui s'est efforcée de les imiter. Ces imitations constituent une seconde catégorie. On en rencontre déjà dans les premières tombes à inhumation'5°, On trouve d'autre part, dans des nécropoles plus récentes, des poteries rouges avec reliefs estampés (fig. 2825) r6°, des vases peints de style archaïque (fig. 2826; cf. t. 1, p. 1140, fig. 1436)481,
des vases de style corinthien'F2, des vases à figures noires ou à figures rouges 463 (voir t. 1, p. 179, fig. 211), qui trahissent la main d'un ouvrier étrusque. Quant à la
céramique étrusque du me siècle, elle n'est pas autre chose qu'une contrefaçon de la céramique campa nienne' 64.
3° Poteries noires à reliefs (bucchero nero). Le bucchero nero appartient en propre aux
Étrusques. La
technique en est
imparfaitement
connue cer
taines expériences récentes permettent seulement de dire que la couleur noire était obtenue par une fumigation lente en récipient clos'. Il est aujourd'hui démontré que cette poterie noire dérive des céramiques à surface noirâtre et lustrée 468, lesquelles se rattachent elles-mêmes aux céramiques brunâtres de l'époque villanovienne 467. Grâce aux découvertes récentes, on peut suivre pas à pas les progrès de la fabrication depuis l'origine, progrès qui sont amenés par l'emploi du tour, par la cuisson au four remplaçant la cuisson à air libre,
-8•k3ETR
par l'imitation des formes céramiques ou métalliques introduites en Italie par le commerce'''. Les plus anciens vases de bucchero nerf) remontent à la période des tombes e pissa, c'est-à-dire à une époque voisine de la fin du vue siècle '0. L'industrie s'en généralise rapidement dans la Toscane et ne disparaît, que vers 1.e Ive siècle'"0.
Les vases de bucchero peuvent se diviser en quatre classes :
Buccilero avec ele'eoi' incisé. --Les vases sont en général de petites dimensions, en forme de coupe`, de cantllares, d'oipés, d'cenoehoés, imitant les types d'importation'''. L'ornementation est très sobre; elle consiste en stries horizontales ou obliques, tracées peu profondément avec nue pointe aiguë, en rayures ou en lignes de points disposées en zig
é ri en Li mugis do.enéxenta Il; le pointiiiesemble eLtenu à l'aide d'une roulette dentée (fig. 2827). Ces types correspondent au début de la fabrication du bucchero
Bucchero de style m'ient, 1 avec appendices en relief.
Les vases de cette caorie appartiennent à peu près a la même époque q e 1, pi'"-, 'dents. On y remarque de grandes jarres hérissées de tètes de chimères, des réchauds, de hautes coupes en calice, des o nochoés, etc. Les formes sont empruntées à celles de la chaudronnerie orientale fig. 2828) '. 11 en est de nlè e des appendices, dont tous les types rappellent ceux de la métallurgie du temps. Le décor est quelquefois complété par des ligures de lions ou de bouquetins tracées à la pointe ou modelées en relief (voir t. I. p. 893, fig. 1127)''
Boscbeec arec zctics de reliefs imprimés au cylindre. Les vases de cette catégorie se trouvent surtout dans la Toscane méridionale et se placent vers le milieu du vit siècle fi". Les formes, légères et élégantes, trahissent l'influence de la céramique grecque'"". L'ornementation consiste en une bande étroite de ligures qui se répètent régulièrement sur tout le pourtour et ont éte certaine
ment imprimées à l'aide d'un rouleau formant cachet '7°. Les sujets sont à peu près toujours les mêmes : des lions, des cerfs, des chimères, des centaures, des chevaux ailés, des griffons, des sphinx, des divinités assises vers lesquelles s'avance une procession de suppliants (fig. 2829; cf. t. 1, p. 1271, fig. 1691)''ej9 Ils rappellent
par leur style ceux qui figurent sur un certain nombre de vases grecs i °
Bucehero avec reliefs moulés et appliqués. -C'est la classe la plus nombreuse. Les vases de ce type paraissent avoir été fabriqués partout en Toscane, mais le principal centre de cette industrie semble avoir été Clusium : c'est dans cette région qu'on en trouve le plus. Les formes sont extrêmement variées et répondent à tous les besoins d'une vaisselle dornestiqueS''. Le choix des appendices, la disposition des anses, l'aspect générai des pièces. tout indique avec évidence l'imitation d'une vaisselle métallique'°B2. Les reliefs, modelés sur
une face et à dos plat, étaient estampés à l'avance à l'aide de moules et appliqués sur tout le pourtour du vase, le même sujet étant souvent répété plusieurs fois (fig. 2830, 2831) Le bord du récipient est d'ordinaire décoré de masques (voir t. I, p. 1332, fig. 17341.
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4° Poteries étrusco-campaniennes. Ces poteries appartiennent au lue siècle 'ré' et l'origine première paraît en être en Campanie '"R°. Mais il est certain que la fabrication a passé en Toscane'''. Elles se distinguent par la sveltesse élégante de leurs formes, la finesse de leur pâte, la délicatesse de leurs attaches`R'. Elle aussi reproduisent des types métalliques "s qui se retrouvent presque identiques dans la vaisselle de bronze ou d'argent de l'époque gréco-romaine '"e'. La couleur noire qui les décore n'est qu'un vernis et en cela elles diffèrent complètement du bucchero, lequel est noir dans toute son épaisseur. Elles en différent aussi par le style de leurs reliefs, dont les godrons, les oves, les palmettes, les guirlandes Fig. 2832.vase étruseoont toute la légèreté et toute la grâce
campanien. du décor hellénique (fig. 2832)4". MÉTALLURGIE. Les Étrusques ont eu de bonne heure des ateliers métallurgiques : on a vu plus haut qu'a l'époque des tombes à pozao et des premières tombes à fossa le bronze était abondant chez eux et que, s'ils en recevaient de l'étranger avec le fer, l'or et l'argent, ils savaient déjà le travailler eux-mêmes'". Au v' siècle, la Toscane était un centre métallurgique important. La vaisselle tyrrhénienne avait une certaine réputation, même en Grèce '02. Les signa tascailica étaient colportés partout'''. La seule ville d'Arretium fut en mesure de fournir a Seipion, en quinze jours, trente mille boucliers,
1
v
cinq mille javelots et tout l'attirail métallique d'une flotte de quarante vaisseaux'"9''
En ce qui concerne la technique, la métallurgie étrus
que n'offre rien de particulier. Ses procédés ont varié avec le temps, mais ce sont ceux qui existaient chez les Grecs, la fonte au moule, le laminage, l'assemblage par rivets, la soudure, le repoussé, la gravure au burin fCAELATURAI.
Les monuments de cette métallurgie sont si abondants et si variés que nous ne pouvons en donner ici qu'une idée sommaire '9J. Ils peuvent se grouper en cinq classes.
1' Les figurines (signa tuscaniea), pour la plupart votives 'DONARIUM]; elles sont d'une exécution très inégale et de styles très divers. Les
unes ressemblent àdevéritables caricatures par leurs formes disproportionnées (fig. 2833) °' ; plusieurs sont d'un travail assez soigné, mais toujours un peu lourdes d'aspect 1rg3 ; tels sont, par exemple, la figure de femme ici reproduite (fig. 2834) au musée de Berlin"', la statuette de
Rusellae reproduite plus haut (fig. 2818) ainsi que l'Enfant à l'oiseau du musée Grégorien (fig. 2835) 499.
2° Les appliques estampées, qui servaient de revêtement a des meubles ou à des chars [cuRRUS, SELLA, LECTUS, CAELATURA]. Le morceau le plus intéressant est une plaque repoussée, du musée de Pérouse, qui formait autrefois la garniture d'un char et qui représente une scène de chasse au sanglier (voir t. I. p. 786, fig. 930) 500
3° Les ustensiles de vaisselle et de ménage, d'abord en métal rivé, plus tard en métal soudé. Cette vaisselle est généralement décorée avec luxe, tantôt, à l'époque archaïque, à l'aide de motifs empruntés à l'art oriental (lions, griffons, sphinx, etc.) J04, tantôt, à partir du vt' siècle, à l'aide de figures appliquées rappelant les fantaisies décoratives du style hellénique. Ces figures se groupent d'ordinaire autour des attaches soudées (voir t. I, p. 250, fig. 287) 003. Vers le m° siècle, certains récipients sont ornés de reliefs coulés avec la pièce "0°. Un des plus curieux spécimens de la métallurgie étrusque est le magnifique lustre de Cortone'. Pour le détail des objets
ordre de matières.
4° Les cistes et les miroirs avec figures gravées. Voir CISrA (et t. I, p. 1203), sPECULUM (et t. I, p. 609, fig. 686; p. 651, fig. 749; t. Il, p. 771, 772, fig. 912-916).
5e Les armes et objets d'équipement. Voir à l'index par ordre de matières.
a fourni aux collections archéologiques le plus grand nombre de bijoux et de pièces d'orfèvrerie, Les tombes
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les plus anciennes abondent en objets de parure qui sont généralement en bronze avec des morceaux d'ambre et d'os, des coquillages, des scarabées de terre émaillée, des verroteries. Vers le vne siècle, le commerce s'étant développé, l'or et l'argent se substituent au bronze, et l'usage des métaux précieux dans la parure ne cesse de se répandre. Nous ne passerons pas ici en revue les différents types d'épingles, de diadèmes, de couronnes, de pendants d'oreilles, de colliers, de bracelets, de bagues, de fibules, d'agrafes qui ont été recueillis en Toscane 50a. On en trouvera la description détaillée dans les articles spéciaux [ACUS, AMULETUM, ARMILLA,
Au point de vue de la technique, il y a lieu de distinguer les bijoux funéraires en feuilles minces découpées destinés à être portés, quoique parmi ces derniers il s'en trouve quelques-uns qui sont faits de feuilles d'or estampées et assemblées [CAELATURA]. De tous les bijoux étrusques, les plus intéressants comme facture sont ceux qui montrent l'application du filigrane et du granulé, procédé fort délicat, dont le secret n'a pas été encore complètement retrouvé et dont une pendeloque du Louvre (t. I, p. 79, fig. 960) 501 nous offre un merveilleux exemple. Tout ce qu'on sait de ce procédé est résumé dans l'article CAELATGRA (p. 793 et suiv.).
Le style des bijoux étrusques n'a pas toujours été le même. Les plus anciens sont conçus suivant les principes de la décoration orientale et reproduisent des formes importées sans doute par le commerce. Tel est, par exemple, le pectoral du musée Grégorien (voir t. 1, p. 796, fig. 963, 964) ; telles sont aussi les fibules du même musée avec un lion ou un sphinx accroupi 508. Un des types les plus répandus au vu° et au vie siècle est celui du pendant d'oreille dit à baule (fig. 2836)609. Du vie au m° siècle, le goût grec domine. C'est à cette période qu'appartiennent les plus beaux bijoux trouvés en Étrurie. La plupart sont des merveilles de délicatesse et d'élégante fantaisie, avec une foule de motifs empruntés à la nature
animale ou végétale, et une finesse extrême de granulé et de filigrane [CAELATURA]; tels sont le masque cité plus haut, le pendant d'oreilles de Bolsena (voir t. I, p. 797, fig. 968) 510, un beau disque de fibule qui est au Louvre (voir t. I, p. 795, fig. 962) ainsi qu'une fibule du même musée (fig. 2837) 511. A partir du me siècle, ces bijoux de style pur et de travail achevé font place à des
bijoux lourds et compliqués, à des boules, des glands, des torsades épaisses, de gros médaillons, ou l'or est comme boursouflé à plaisir, et qui sont généralement dépourvus de filigrane et de granulé : on en voit un spécimen dans la figure 2838, qui reproduit un pendant d'oreille trouvé à Vulci'1V. Des parures de mède style s'observent sur les
statues servant de couvercle aux sarcophages et aux urnes.
Les bijoux recueillis dans les nécropoles étrusques soulèvent une question d'origine qui n'est pas encore résolue. Sont-ce des pièces importées par le commerce méditer
produits de l'industrie
indigène? Il est difficile de le dire avec certitude. A considérer l'habileté technique que supposent certains bijoux, à voir surtout l'élégance de leurs formes et la pureté de leur style, on est tenté de les attribuer à des artistes grecs, d'autant plus qu'on retrouve en pays grec des objets de même caractère, de même facture, parfois même d'un modèle identique 513. Mais il se peut aussi ou que des orfèvres grecs aient travaillé en Étrurie, ou que l'Étrurie soit elle-même arrivée à avoir des ouvriers égalant en habileté ceux de la Grèce et capables de contrefaire, à s'y méprendre, les plus délicates fantaisies de la bijouterie hellénique.
GLYPTIQUE. -En fait d'oeuvres de glyptique, on trouve en Étrurie :
1° Des scarabées en terre émaillée, avec des inscriptions hiéroglyphiques déchiffrables, dont la provenance égyptienne n'est pas douteuseo14;
2° Des scarabées analogues aux précédents, mais couverts de signes hiéroglyphiques de fantaisie, trahissant avec évidence la contrefaçono15. Ce sont très probablement des imitations phéniciennes, introduites eu Italie soit par les Carthaginois, soit par les Grecs
3° Quelques scarabées en pierre dure avec dessins de style oriental (bêtes féroces dévorant une proie, griffons, divinités ailées, etc.) of7. Ce genre de pierres est si rare en Étrurie qu'il est difficile d'y voir autre chose que des importations 618
4° Des scarabées de style hellénique, avec figures d'animaux, sujets de genre, sujets mythologiques °19. Dans le nombre, certaines pièces doivent être d'importation grecque(voy. t. I, p. 68, fig. 109) 520. Maison n'a aucune donnée précise pour faire le départ entre ce qui revient à l'industrie grecque et ce qui appartient à l'industrie étrusque.
5° Des scarabées de style hellénique, avec sujets mythologiques et inscriptions étrusquesaL1. Ceux-ci sont certainement de fabrique indigène. Tel est par exemple,
le scarabée de Berlin représentant le conseil des héros devant Thèbes ;fig. 2'830) -'. [ne fabrique importante paraît avoir existé aux environs de Chiusi, oit l'on a
trouvé une grande quantité de gemmes amoncelées, les unes cassées, les autres à peine ébauchées'. Le style mythologique de ces scarabées indique le me siècle.
ART MONÉTAIRE. Les Étrusques n'ont eu des monnaies qu'assez tard, au plus tôt vers la fin du vie siècle. Les échanges se faisaient d'abord en nature, puis au moyen de petits lingots de bronze découpés suivant certaines tailles et pesés à chaque transaction (dés rude)", plus tard enfin au moyen de lingots portant une marque indicatrice de leur poids et de leur valeur {ces signaturrt), qui dispensait de faire des pesées successives' ' [As, TITRA].
L'art monétaire fut certainement introduit en Étrurie par les (.irecs [MO\i3TA , et, selon toute probabilité, par les Phocéens. On a découvert à Chiusi et à Volterra, dans des tombes voisines du vit siècle, des monnaies d'or et d'argent appartenant au système monétaire et présentant les types usuels de plusieurs villes ioniennes d'Asie Mineure, surtout de Phocée".
Les monnaies d'or sont rares eu Étrurie. On n'en connaît que dix espèces différentes'', qui en réalité se ramènent à quatre types. Deux n'ont d'effigie que d'un côté; les deux autres ont une marque au droit et au revers. Quelques-unes ont une inscription, soit T éluu, soit t'clzpapi u , Les types sont analogues à ceux qui figurent sur les monnaies de Phocée, de Milet, de Cyzique, de Colophon, de Velia, de Marseille '20.
Les monnaies d'argent, qui se montrent en Étrurie à peu près à la même époque que les monnaies d'or, sont beaucoup plus abondantes que celles-ci, surtout à partir du iv' siècle. Les plus anciennes dérivent des types ioniens d'Asie Mineure, colportés par les Phocéens t3'. Les autres sont conçues suivant le système monétaire des Syracusains, système dérivé du système attique aI
Quelques-unes seulement, avec la marque Thezle ou Thezlo", se rapportent au système du statère persique 531
1 A peu d'exceptions près, les monnaies (l'argent n'ont de type qu'au droit. Les plus intéressant, , sont celles de Populonia, avec un sanglier marchant sur des rock ers [fig. 244)
Les monnaies de bronze ne sont pas antérieures au Iv° siècle. Le plus anciennes sont coulées et les autres frappées. On trouvera les types principaux à l'article As ''.
Pour toutes les questions rela,
tives à l'étalon monétaire, comme rig-2(1o.-Monnaied srgen
aussi pour tout ce qui concerne les
poids et mesures qui sont en rapport avec cet étalon, puisque l'Étrurie ne paraît pas avoir eu de système particulier et qu'elle a successivement emprunté les divers systèmes usités dans le monde méditerranéen, nous
ce que nous savons des Étrusques par les auteurs et les monuments nous donne l'idée d'un peuple opulent et qui aimait â jouir de son opulence. La puissance politique, l'abondance des ressources naturelles, le développement du commerce, de l'industrie et des arts, tout contribuait à entretenir ses goûts de bien-être.
Autant que les sépultures à caveaux multiples permettent d'en juger, la maison d'un riche Étrusque était spacieuse et confortablement ordonnée. Autour de l'a
rendez-vous à la famille et aux clients, se groupaient plusieurs pièces ayant chacune sans doute, comme plus tard à Rome, leur destination spéciale [Domus], Peut-être
les parois étaient-elles quelquefois décorées comme dans les chambres sépulcrales, soit de parements en feuilles métalliques estampée ''', soit de plaques céramiques
erstch. ranch. Rist. Phare A Ath. 1 ,p . 179 et s. II. p. 193 Soutzu, LrGrod,'e ,e r ei s.; l'r'tuile des n ,,,,,, de 187. - bull. (tell' hist. 1874,
peintes 5°a, soit de fresques. Le mobilier était abondant et parfois somptueux : il y avait de beaux lits sculptés [LECTUS], couverts de moelleux coussins [PULVINAR] et tout étincelants de couleurs, comme en montrent les sarcophages et les peintures ; des coffres rehaussés d'appliques métalliques [ARCA] (voir t. I, p. 4, fig. 5) 5°3 ; des fauteuils [sELLA] (fig. 2840) 5°9, des tables [ME:NSA], des trépieds TRIPL'S], des candélabres en bronze historié [CANDELABRUM, CANDELA], des dressoirs [ADACUS] chargés de beaux vases grecs ou d'une
brillante vaisselle de bronze, d'or ou d'ar
t. I, p. 4, fig. 5) 540 Les tapis et les riches tentures ne man quaient pas, à en juger d'après les étoffes multicolores qui sont figurées sur les peintures et les sarcophages. A tout cela venait s'ajouter un attirail abondant d'objets d'équipement et de harnachement familiers à toute aristocratie guerrière, et dont
les reliefs de la tombe dei Rilievi, à Cervétri, permettraient de faire le catalogue (voy. p. 836, fig. 2801 et t. 1, p. 363, fig. 457)541
Le luxe de la toilette et de la parure était poussé fort loin. On aimait à porter des vêtements à couleurs voyantes, avec des bandes de pourpre [TOGA], des dessins à fleurs (voy. p. 844, fig. 2834), des broderies 542. Les sandales tyrrhéniennes étaient célèbres dans l'antiquité [CALCEUS, CAMPAGUS]. La coiffure était fort recherchée et trahissait, comme tout le costume, l'influence des modes orientales (voir t. I, p. 1527, fig. 1988) [BARBA, COMA]. Les bijoux s'étalaient à profusion. A cet égard le témoignage des monuments figurés est particulièrement significatif (voir t. I, p. 970, fig. 1246)'4°. Les personnages couchés sur les couvercles des sarcophages et des urnes sont généralement parés comme des châsses, de même que ceux qui sont représentés sur les fresques et les miroirs gravés. Ce ne sont que diadèmes, couronnes, épingles pendants d'oreilles, colliers simples, doubles ou triples avec pendeloques, chaînes qui s'entre-croisent sur le buste [CATENA], ceintures avec pierreries, bracelets, bagues aux deux mains, à tous les doigts et presque à toutes les phalanges.
Les Étrusques aimaient la bonne chère [COENA] 5'"' Les anciens nous parlent de leurs fastueux repas, servis deux fois par jour u4o et où les femmes, « intrépides buveuses» "6, prenaient place à côté des hommes, au grand
scandale des étrangers grecs ou romains, habitués à ne voir ainsi dans les festins que des courtisanes, et par suite disposés à juger sévèrement la promiscuité de ces réunions. De nombreuses fresques nous montrent les Étrusques à table, entourés d'esclaves qui s'agitent pour les servir, de musiciens et de danseurs qui les égayent de leur présence (voir plus loin fig. 2845 et t. I, p. 23, fig. 44; p. 34, fig. 65; p. 1276, fig. 1698). Tout y respire l'allégresse et plus d'un tableau laisse entrevoir par l'abandon des att tudes que l'exubérance des convives n'était pas exempte d'une certaine li
cence 5`"7. Ces repas
mettaient en mouvement un nombreux personnel de serviteurs et de cuisiniers. Les peintures d'une tombe d"Orviéto nous font assister à tous les préparatifs et nous permettraient presque de reconstituer les éléments d'un menu (fig. 2842, 2843) 548 Un peuple aussi riche et aussi porté vers le luxe et le plaisir ne pouvait manquer d'avoir de belles cérémonies. Des l'êtes auxquelles pouvaient donner lieu les principales cir
constances de la vie privée, la naissance, le mariage (fig. 2844) 519, la mort, celles que nous connaissons le mieux sont celles des funérailles. Outre les banquets,
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les danses (fig. 2845), les jeux dont nous avons parlé et qui étaient, en Étrurie comme à Rome, l'accompagnement
ordinaire des obsèques aristocratiques, le convoi comportait une sorte de cortège triomphal avec d,,., trom
pelles, des licteurs, des magistrats [LNUS. Certains monuments figurés donneraient même à penser que, pour compléter la mise en scène du triomphe un acteur représentant le défunt se tenait debout dans un char n61, suivant une coutume que l'on retrouve à Rome 351
La vie religieuse et la vie publique se prêtaient également à de brillantes cérémonies. Nous avons vu que les grandes solennités du culte étaient des occasions de jeux"' et l'on sait par Tite-Live que l'idée d'apaiser la colère divine par des représentations scéniques [LUDI sertfiN C1] fut empruntée par les Romains aux Étrusques 5°3. Il est très vraisemblable qu'en Étrurie, comme en Grèce et à Rome, l'usage existait des lectisternia [LlecTISTERNIL'M] ainsi que des repas publics après les sacrifices [EPLLA]. Aucun texte ne nous le dit expressément, mais la religion étrusque a si profondément subi l'influence de la religion grecque qu'on est naturellement
conduit à cette conjecture, surtout quand on voit la même influence s'exercer chez les Romains et qu'on observe les couvercles des sarcophages où les défunts sont figurés dans l'attitude d'une divinité prenant part à un lectisterniunl. Quant aux actes de la vie publique, il semble qu'eux aussi ils aient revêtu un grand caractère de solennité. Il y avait pour les magistrats en Étrurie comrne à Rome, des licteurs 05'` [LICTOR], des chaises curules [SELLA] 655, des toges bordées de pourpre [PRAETEXTA] 5G6. Comme à Rome aussi on célébrait des triomphes [TRTUMPnOS]' . Suivant la tradition romaine, tout le décor des pompes officielles à Rome était un emprunt fait aux coutumes étrusques' a.
Il est rare que le développement du luxe privé et
public n'entraîne pas avec lui le re1à.chement des moeurs, et peut-être la décadence politique de l'Étrurie fut-elle en partie l'effet d'une certaine décadence morale. Mais il faut se garder ici de trop croire aux témoignages antiques. On a beaucoup décrié les Étrusques 659, surtout à RomeJ6'. Il est vrai que les peuples voisins se décrient toujours entre eux. Les Romains, en particulier, se montraient volontiers sévères à l'égard d'autrui et se plaisaient à faire valoir par le contraste leurs vertus nationales. Connaissant d'ailleurs assez maI l'Étrurie, ils étaient trop portés à la juger d'après les devins, les danseurs, les histrions, les musiciens, les courtisanes, les aventuriers de toute espèce qui de Toscane venaient chercher fortune à Romen01, Les Étrusques n'auraient
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pas duré si longtemps ni tenu une si grande place dans l'histoire du monde antique, s'ils n'avaient pas mieux valu que leur réputation. JULES MARrrit.
mation assez transparente pour que le sens général n'offre pas d'incertitude' : e(Au)eoç est le bon conseiller et en même temps le bienveillant, comme xaxdêou),oç signifie à la fois mauvais conseiller et malveillant. On a cependant émis l'idée que ces désignations, appliquées, comme nous le verrons, à des divinités chthoniennes, faisaient entrevoir l'existence d'un ancien oracle2. Il est plus simple de penser que l'épithète d'Eêôouaoç a été prise dans deux acceptions, tantôt comme marquant la sagesse et la bienveillance, tantôt à la manière d'un euphémisme, de quoi l'on peut rapprocher d'autres désignations de Pluton, Euklès et Klymenos, ou le nom d'Euménides donné aux Furies.
Les inscriptions et les textes emploient indifféremment les formes sêèosÀoç'; et sêtou),EUç; ce sont de simples doublets comme BocÀoç et Bo'ÀEéç. Kiacoç et Kiaaséç, M€aavloç et ME)sav8E6ç4.
Les textes littéraires où se trouve le mot Eubouleus, soit pour désigner une divinité, soit comme épithète, ne sont ni très nombreux ni très explicites. Suivant Pausanias', l'hiérophante Trochilos, s'étant enfui d'Argos en Attique, épousa une femme d'I leusis, dont il eut deux fils, Eubouleus et Triptolème. Telle était la tradition argienne. Suivant des vers orphiques, que Pausanias lui-même croyait apocryphes, Dysaulès eut deux fils, Eubouleus et Triptolème, auxquels Déméter enseigna la culture du blé pour les récompenser de ce qu'ils lui avaient appris touchant l'enlèvement de sa fille. Dans l'hymne orphique à Déméter 6, il est dit, en effet, que la déesse, cherchant sa fille disparue, eut pour guide le fils de Dysaulès, Euboulos, auquel le poète donne pour mère Déméter ellemême, conformément à la tradition crétoise'. Clément d'Alexandrie dit qu'Eubouleus était un jeune porcher, qu'il assista à l'enlèvement de Koré par Hadès et que ses porcs furent engloutis avec Koré dans le gouffre où elle disparut : c'est pourquoi, aux fêtes des Thesmophories, on jette dans la terre entrouverte des porcs vivants s. Le texte le plus explicite sur cette légende n'a été retrouvé que de nos jours par M. Rohde° : c'est une scolie d'un dialogue de Lucien, conservée dans un manuscrit du Vatican10. Lorsque Koré, occupée à cueillir des fleurs,
fut enlevée par Pluton, le porcher Eubouleus faisait paître ses porcs en cet endroit; ils furent engloutis dans le même abîme que la déesse, d'où l'usage, aux Thesmophories, de jeter des porcs en l'honneur d'Eubouleus dans les gouffres de Déméter et de Koré, Eiç -rà '/ (LX'ca -tlç A-tia r,-rpoç xai ti;lç Kdc,ç. Comme l'a reconnu M, Rohde, cette scolie remonte certainement à la même source que le témoignage écourté de Clément d'Alexandrie.
II y avait aussi une tradition crétoise d'après laquelle Eubouleus, fils de Déméter, aurait été le père de Carmé qui eut de Zeus la déesse Britomartis". Enfin Cicéron, dans un passage qui peut être considéré comme le résultat de plusieurs méprises, compte Eubouleus, avec Zagreus et Dionysos, parmi les premiers Dioscures ou Tritopatores, fils de Jupiter et de Proserpine 92. A cause de sa signification un peu vague, l'épithète céèou),Edç fut accolée à plusieurs noms de divinités ou employée seule pour tenir lieu de ces noms. Dans les Argonavtiques du pseudo-Orphée", Euboulos paraît désigner clairement Pluton, mais, dans ce passage, la lecture Eêôoo?Aoç n'est due qu'à une conjecture de God. Hermann En revanche, Eubouleus est certainement Pluton dans un hymne orphique 13, dans les Alexipllarmaca de Nicandre 16, dans Cornutus", dans une glose d'Hésychius78, dans une inscription orphique de l'Italie méridionale19 et dans une inscription métrique de Syros 20. Tous ces textes remontent seulement à l'époque impériale. Ailleurs, Eubouleus est un surnom de Dionysos d1, et un hymne orphique fait même de lui le père de Dionysos 22. Dans un vers du même recueil, Eubouleus est une épithète d'Adonis 23.
Mais c'est surtout à. Zeus que l'on trouve attribuée ré pi thé-fo d'Eubouleus, pour exprimer, suivant Diodore, la prudence de ses conseils''. Hésychius nous dit que le nom d'Eubouleus désigne Pluton, mais que beaucoup font de lui le Zeus de Cyrène (sans doute une divinité chthonienne). A Délos, Zeus Eubouleus est nommé en relation avec Déméter et Koré-5; à Myconos, dans le calendrier des sacrifices qui devaient être offerts le 10 du mois lénaion, on trouve mentionné un sacrifice pour les récoltes à Déméter, à Koré et à Zeus Bouyoéç, qui tient ici, semble-t-il, la place d'Eèé55yEUç". Dans d'autres îles ioniennes, comme l'a fait observer le premier M. Foucart, nous rencontrons des mentions analogues : dédicace à Déméter, à Koré et à Zeus Eubouleus à Amorgos27 ; dédicace à Héra, DéméterThesmophore, Koré, Zeus Eubouleus et
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Babo (la Baubo éleusinienne) à Paros2R, île dont les relations avec Éleusis sont connues n. Zeus Bouaxïoç se trouve en Attique30 et à Pergame', mais on peut mettre en doute l'identité de cette épithète avec Eétouasûç.
Une dédicace à Zeus Eubouleus a été découverte à Mantinée" et le nom Euboulos, peut-être une épithète de Zeus Trophonios, a été signalé, très dubitativement, il est vrai, au-dessus de la grotte d'Agamède à Lébadée 33 Il est singulier qu'une mention de Zeus Eubouleus ne se soit pas encore rencontrée à Éleusis même, bien qu'une glose d'Hésychius n parle d'un Zeus éleusinien et qu'on ait cru reconnaître Zeus sur plusieurs monuments relatifs aux divinités d'Éleusis 3". Quand le nom d'Eubouleus s'est trouvé à Éleusis, il paraît désigner un dieu ayant une personnalité distincte : ainsi dans un décret du peuple athénien datant de 440 environ avant Jésus-Christ, qui attribue des victimes sans tache à Triptolème, au Dieu (Pluton), à la Déesse (Perséphone) et à Euboulos 36. Dans un texte éleusinien du ter siècle avant Jésus-Christ, Eubouleus est associé aux mêmes divinités, auxquelles vient se joindre Triptolème37.
Les représentations d'Eubouleus sont encore très rares et très incertaines. M. Heydemann a cru reconnaître le jeune porcher d'Éleusis sur deux sarcophages romains représentantl'enièvementde Koré38; avec Stephani, Gerhard et M. Furtwængler, il le voit, tenant un porc dans la main droite, dans la peinture du célèbre vase de Cumes (p. fig. 2639)3° et sur un vase de I'ancienne collection Pourtalès représentant l'initiation des Dioscures (p. 552, fig. 2630)40. M. Furtwængler" signale aussi la présence d'Eubouleus, sous les traits d'un éphèbe tenant des torches, sur deux vases attiques du Ive siècle "2. Enfin, suivant M. Heydemann 43, un des porcs d'Eubouleus serait figuré sur une peinture murale de Panticapée représentant l'enlèvement de Koré ". Aucune de ces hypothèses ne paraît encore démontrée.
Enfin, en 1885, on a découvert à Éleusis une tête juvénile, devenue promptement célèbre sous le nom de l'Eubouleus de Praxitèle ° s. On se fondait, pour proposer cette attribution, sur deux dédicaces trouvées non loin de là, où il était question d'Euboulous46, et sur la présence au Vatican d'une base portant en caractères de l'époque impériale l'inscription Eéeeou),euç Ilpa;t7Énouç'
Mais ces conclusions, ingénieusement déduites par MM. Benndorf et Furtwængler'" et généralement approuvéesL9, viennent d'être remises en question par un travail de M. O. Kern, qui trouve des différences de style incompatibles entre le buste d'Éleusis et l'Hermès d'Olympie, le seul original que nous connaissions de Praxitèles0, Le même savant considère le porcher éleusinien Eubou
leus comme une invention des Orphiques, provoquée par les sacrifices de porcs que mentionne le scholiaste de Lucien 3', et pense que lEubouleus nommé dans les inscriptions est le Zsùç Eéèou),euç que l'on rencontre aussi ailleurs en compagnie des divinités éleusiniennes. A quoi l'on peut objecter que le Zeus Eubouleus a pu fort bien, comme Dionysos, être considéré sous deux aspects, tantôt comme un homme mûr ou un vieillard, tantôt comme un jeune homme ; en second lieu, que la création ex nihilo de la légende relative au jeune porcher ne saurait, en bonne critique, être attribuée aux Orphiques de basse époques'-. Si cette légende avait été motivée par le sacrifice de porcs aux Thargélies, pourquoi ne se seraitelle pas attachée à un personnage moins obscur qu'Eubouleus? Cela dit, nous reconnaissons que les difficultés soulevées par M. Kern sont sérieuses, et que la solution du problème doit être attendue de découvertes ultérieures. S. REINACII.