Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio

EUMOLPIDAI

EUNMOLPIDAI. Famille sacerdotale d'Éleusis, descendant d'Eumolpos, préposée, par destination héréditaire, au culte de Déméter'. Eumolpos est dans la légende un roi d'Éleusis, soit indigène, soit venu de la 'thrace, qui soutient contre Athènes, représentée par ERECIITHELS, la grande lutte d'où sortit l'union politique et religieuse des deux villes 2. Tantôt il est présenté comme un fils ou un élève du chanteur Musée; tantôt, à Éleusis même, il est autochthone et a pour père Poseidon, pour mère Chione fille de Borée et d'Orithyie; quelques-uns font de lui un fils de Kérvx, autre héros éleusinien auquel remonte la famille des EÉUVhrs, qui partage avec celle des Eumolpides le sacerdoce de Déméter' rELECS1MA-. Mais d'après la tradition la plus répandue Kéryx est son fils, et Eumolpos devient en dernier ressort l'unique ancêtre, recevant à l'origine, de la main même de Déméter, la garde et l'administration des saints mystères. Les deux races des Kerykés et des Eumolpides sont, dans tous les cas, con dues comme étroitement unies; elles sont les familles chargées des divinités d'Éleusis : r ive, Tz Tspi 'cw 9s~4. L'hymne homérique cite Eumolpos, en compagnie (le Triptolème, de Dioclès et de Keleus, dans le passage fameux où le poète montre la déesse organisant son culte et proclamant l'excellence de ses mystères'. Dans l'énumération par ordre chronologique des héros éponymes de l'Attique, les marbres de Paros font succéder Eumolpos à i;rechtheus, avec celte remarque qu'il révéla les mystères dans Éleusis et y fit connaitre les poésies de son père Musée Nous savons par Suidas qu'il compta parmi les héros devenusl'objet d'un culte, tout au moins de la part de ses descendants, les Eumolpides etlesKérykès'. Le nom d'Eumolpos et le patronymique qui en est issu sont en rapport avec si .G,sts'rixi : ils suggèrent l'idée d'un de ces poètes primitifs qui, initiés aux sciences divines, ont par elles civilisé les peuples, comme Orphée et Musée, la légende de ce dernier étant du reste étroitement rattachée à celle du sacerdoce d'Éleusis '. Les Eumolpides, aux temps historiques, continuent de justifier leur nom, en ce qu'ils ont pour fonction spéciale, dans la célébration des mystères, d'en relever l'éclat par un chant harmonieux. Pausanias parle d'un genre de poésie, appelé Eumolpia, dont l'invention était rapporté à Musée ; c'est celui-là même auquel il est fait allusion dans la Chronique de Paros'. La science du chant liturgique fait partie, même sous l'empire romain, du patrimoine des Eumolpides 90. Dans l'organisation du culte, ceux-ci tiennent d'ailleurs le premier rang'-' ; tandis qu'un des scholiastes d'Eschine nous apprend que parmi les Eumolpides on choisissait l'hiérophal7.te ainsi que le (lacions chus, un autre corrige ce renseignement en faisant descendre 1'hiérophante des Eumolpides et le dadouchos des Kérykès72. Les uns et les autres président aux initiations 13 ; ils ont en dépôt les formules liturgiques usitées dans ces cérémonies; ils en sont les interprètes (E,rlYr,za.O attitrést4 7ExÉCÉTAr''. Parmi ces formules, il faut distinguer celles qui étaient écrites et celles qui. transmises par la tradition orale, formaient comme le droit coutumier des mystères ; on les appelait les vot,ct z' cs'snt ; nul n'en pouvait citer l'auteur pas plus qu'on n'en osait contester l'autorité ". Ce n'étaient pas toutefois des enseignements dogmatiques, mais des prescriptions rituelles ; le droit exclusif de les interpréter sans appel avait été dévolu aux Eumolpides par le roi Thésée t0. Le EUM 8512 EUM caractère héréditaire de cette fonction résulte de l'expression : -;à-,i rlTrç i Et;p.o),7ctU v, qui se rencontre aussi bien chez les auteurs que dans les inscriptions. Il va sans dire, quoique sur les points de détail les renseignements soient clairsemés, que les Eumolpides avaient leur rôle dans tous les actes des mystères. Lucien place dans leur bouche la 7.p.lpprlctç qui exclut des cérémonies saintes les Barbares et les hommes souillés de sang'. S'il en faut croire Isocrate, la mention des Barbares dans cette proclamation inaugurale ne date que des guerres Médiques, et il l'explique par la haine pour les Perses, en raison de leurs actes d'impiété13. La légende racontant que Eumolpos avait purifié Héraklès après le meurtre des Centaures pour l'initier ensuite aux mystères, on en peut inférer que ses descendants intervenaient de même dans tous les actes de purification10. La description par le même Lucien d'une parodie sacrilège des mystères nous montre des Eumolpides et des Kérykès grotesques qui servent d'acolytes au personnage principal20. Une inscription métrique trouvée à Athènes, épitaphe d'un jeune homme exemplaire, attribue aux Eumolpides un acte religieux dont il n'existe aucune mention ailleurs; ces prêtres lui ont tressé une eiresionê, titre exceptionnel à l'admiration de la postérité". Pour le surplus, les Eumolpides interviennent, de concert avec les Kérykès, dans l'administration matérielle du culte d'Éleusis ; ils comptent, par droit d'héritage, au nombre des épimélëtes des mystères 22. Un membre de la famille faisait partie du tribunal qui, présidé par l'archonte-roi, jugeait les affaires litigieuses et disciplinaires, dans le ressort du sanctuaire. Les autres juges sont deux citoyens d'Athènes, choisis par le peuple, plus un membre de la famille des Kérykès. Ce qui prouve que ce tribunal avait des attributions financières et administratives, c'est que chaque année, après les grands mystères sans doute, Il y avait une reddition de comptes; et la responsabilité des familles sacerdotales était d'ordre collectif n. Un décret éphébique parle d'ailleurs de redevances payées aux Eumolpides et à quiconque, avec eux, avait participé à l'organisation matérielle des cérémonies". Ce même décret nomme un Txa.(uç Toi 7é196'4 Tà v Eûlasin;è v 2s qui, entre autres obligations, est chargé de faire graver le décret sur trois stèles, dont une pour le sanctuaire d'Éleusis, les deux autres pour l'Éleusinion et le Diogéneion d'Athènes. C'est sans doute à un administrateur de ce genre que se rapporte l'épitaphe métrique où sont célébrées les prérogatives et les vertus d'un personnage « qui dévoilant aux mystes les imitations et les orgies nocturnes d'Eumolpos, faisait entendre une voix pleine de charme ». 11 semble que, jusqu'à l'époque de Périclès, les Eumolpides n'aient exercé leur pouvoir judiciaire que pour la répression de délits sans importance et pour le règle ment de contestations financières à l'occasion du culte. A partir de ce moment le tribunal dont ils font partie juge aussi les affaires d'impiété 2e. La loi de Diopithe7epi Twv gucT-ripéov qui commandait de respecter les décrets appliquée par le tribunal où siégeaient les Eumolpides 27. L'un des premiers condamnés fut le fameux Diagoras de Mélos dont le crime était d'avoir dévoilé les enseignements orphiques, avec les mystères d'Éleusis et de Samothrace2t. Les Eumolpides intervinrent de même contre Alcibiade et ses complices dans l'affaire des Hermocopides et de la parodie sacrilège des mystères 29. L'acte d'accusation portait que Alcibiade avait violé les lois établies par les Eumolpides, les Kérykès et les autres prêtres d'Éleusis. Quand le peuple réclama le rappel du condamné, l'opposition vint de ce tribunal sacré. Les ,juges cependant durent céder ; il leur fallut, quand le rappel fut décidé, abolir solennellement les imprécations qu'ils avaient prononcées u. La réconciliation dut être complète lorsque, l'année suivante, Alcibiade en référa aux Eumolpides et aux Kérykès pour organiser la procession d'Iacchos, durant les grands mystères, à travers le pays envahi par l'ennemi. Les Eumolpides continuent d'être nommés dans les documents postérieurs à Alexandre; le témoignage le plus explicite, à côté du décret éphébique que nous avons cité, est un passage du scholiaste de Démosthène où il est dit que la famille des Eumolpides constituait un tribunal d'une espèce particulière, qui eut souvent à juger les affaires d'impiété 31. Un fragment d'un auteur inconnu, probablement d'Élien, fragment qui semble concerner Épicure, oppose la sagesse perverse et efféminée des enseignements philosophiques, aux saintes leçons (TZ cup.vx) des Eumolpides, des Kérykès et des autres races sacerdotales, amies des dieux 32. Pausanias et les lexicographes se bornent à voir dans les Eumolpides les prêtres des mystères ; le tribunal est celui de l'archonte-roi assisté des épimélètes; il juge toujours en matière d'impiété et de contestations religieuses 33; mais le texte de Pollux qui nous donne ce renseignement ajoute que les familles sacerdotales, c'est-à-dire les Eumolpides, les Kérykès et les Phillides étaient placées, pour tout ce qui les concernait, sous sa juridiction spéciale 3s : peut-être en fut-il de même de toute antiquité. Si le rôle des Eumolpides en tant que juges semble diminuer d'importance, leur considération comme interprètes de la religion éleusinienne jusqu'aux temps de la conquête romaine reste la même. Tacite nous apprend" que Ptolémée Soter, méditant de fondre en une seule les religions grecque et égyptienne, fit venir à Alexandrie un certain Timothée d'Athènes, prêtre éleusinien de la famille des Eumolpides, pour l'aider dans son dessein. Timothée remplit auprès de lui et des prêtres égyptiens EUP -853 EUP ses fonctions héréditaires d'exégète sacré. J. A. Hn.a.