Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio

EUNOMIA

Comme ELKLEIA, elle est nommée sur plusieurs vases peints parmi les suivantes d'Aphrodite'. H. Eunornia, personnification de l'ordre et de la loi, avait un culte à Athènes, comme le prouve l'inscription du théâtre de Bacchus, qui désigne la place du prêtre sont connus que par une inscription gravée à la pointe sur un beau cratère de bronze trouvé à Antium, actuellement au musée Capitolin '. L'inscription est ainsi Eè7Tvro n'3aïç. De toutes les explications proposées, la seule probable est celle qui considère les Eupatoristes comme une association amicale d'anciens élèves du gymnase de Délos, placée sous le patronage de Mithridate Eupator. Les bienfaits de ce prince et de son père, Mithridate Évergète, envers le gymnase de Délos sont attestés, en effet, par plusieurs inscriptions 2. TH. REIN.ACI. noblesse primitive d'Athènes, qui correspond aux patriciens de Rome. Son histoire est l'histoire même d'Athènes, depuis ses origines jusqu'à l'établissement définitif du gouvernement démocratique. Période légendaire. On peut se représenter le territoire de l'Attique divisé au début en un certain nombre de familles nobles, yivrl, qui se considèrent en général comme indigènes, autochthones'; quelques-unes seulement ont des légendes qui leur attribuent une origine étrangère 2. Elles occupent, sans doute, chacune une portion dé limitée du soli ; c'estpourquoi plusieurs des dèmes de Clisthène porteront des noms patronymiques empruntés à d'anciennes familles, les unes éteintes', les autres survivantes Elles ont dû se grouper de bonne heure pour former de petites communautés, car les phratries et les tribus paraissent remonter à une époque très ancienne et supposent déjà l'existence, sinon de villes (7castç), au moins de eûmes. Ces communautés, longtemps indépendantes les unes des autres, finissent cependant par se réunir autour de quelques centres; on a encore, à l'époque historique, le souvenir d'anciennes tétrapoles «Marathon, Oinoé, Tricorythos, Probalinthos), de tétracômes (Pirée, Phalère, Xypété, Thymoitadai)', d'associations comme celle des Mésogéiense, d'États sacerdotaux comme celui d'Éleusis' ; la légende attribue au roi Cécrops la réunion de tous les peuples de l'Attique en douze villesf5, chiffre fictif, qui reproduit évidemment le chiffre des colonies ioniennes. Les Cécro pides, établis sur l'Acropole d'Athènes, s'emparent de la suprématie et enfin Thésée opère la réunion définitive de toutes les villes en une seule (cuvcxtcp,dç), consacre le souvenir de cet événement par la fondation de la fête des Euvo(xta ou METo(xta" et l'extension à toute l'Attique de la fête des Panathénées12. Que ces différentes l'usions n'aient pas eu lieu sans luttes, c'est ce que paraissent prouver les guerres légendaires des Éleusiniens contre Érechtheusf3, le traité qui leur laisse l'administration et les sacerdoces de leur temple', les combats que Thésée soutient contre les Pallantides, puis contre Ménestheus et les Eupatrides'". Thucydide s'est représenté le synoecisme de Thésée comme la réunion en un seul sénat et en un seul corps de magistrats ou prytanée de tous les sénats et de tous les magistrats locauxf6. Ces sénats avaient sans doute été composés des chefs et des représentants des ' vrl et les magistrats avaient dû surtout être des rois''. On admet généralement qu'à la suite de cette mesure, les Eupatrides des différentes localités ont transporté leur résidence à Athènes, et on fonde surtout cette opinion sur les textes qui distinguent, d'un côté, les Eupatrides, de l'autre, les Laboureurs (âypoexot) et les Ouvriers (i,zdµtoupyoO18; on invoque également les exemples de la Laconie, de l'Élide et d'autres pays où la race maîtresse habite la ville, les populations soumises, la campagne; en réalité, il ne paraît pas y avoir eu de mesure aussi générale ; les Eupatrides n'ont dû émigrer que peu à peu à la ville ; à l'époque historique, nous en trouverons encore dans les dèmes campagnards. On a essayé de retrouver à Athènes les quartiers habités par l'ancienne noblesse ; on les a mis dans le dème de Kydathenaion auquel appartenait l'Acropole, ou encore à Melité ; mais ce sont Ià des résultats tout à fait hypothétiques 10. Quelle est à ce moment la constitution du'ivos ? Quelle est la situation des Eupatrides? Les scholiastes 20 disent avec raison que le yévoç est un groupe à la fois naturel et artificiel. Il comprend à la fois les descendants véritables d'un ancêtre commun et quantité d'autres personnes qui leur ont été rattachées pour différentes raisons, communauté de domicile ou d'occupation, culte commun d'un héros ou d'un dieu 21. Les anciens s'imaginaient même que certains législateurs, par exemple Thésée, avaient déterminé arbitrairement la composition de chaque yivo;2' ; ils ne se trompaient qu'en attribuant à des hommes et à des temps déterminés, des modifications lentes et insensibles. Les noms des anciennes familles se ramènent à deux classes, ceux qui ont une désinence patronymique, les plus nombreux, et ceux EUP -4x4 - qui sont de formation différente, qui sont tirés soit de particularités géographiques, soit d'occupations profanes ou sacrées, soit d'autres racines'3. Les noms patronymiques se réfèrent généralement à un héros mythique qui est vénéré comme le héros protecteur, comme le père de la famille; ce culte d'un héros légendaire prouve justement que les membres de la famille ne sont pas tous liés les uns aux autres par une parenté réelle. C'est la descendance par les mâles qui ouvre l'entrée du yivoç; les enfants y sont introduits par leur père. C'est ce qui explique qu'au moins jusqu'à l'époque de la domination romaine les familles aient pu ne pas se confondre les unes avec les autres "^. Mais il faut tenir compte aussi de l'adoption qui permet, peut-être dès cette époque, d'introduire dans la famille, vraisemblablement avec le consentement de tous les membres2J, un enfant étranger, fils d'un non noble et d'une femme noble. Le ywcç a son chef, ècztov, connu seulement par des documents de l'époque postérieure où il n'a plus que des débris de ses anciennes fonctions ; il est probablement alors le chef de la famille, le prêtre, le juge. Le' iouç asans doute son lieu de réunion O,icy ti), où il fait ses règlements (Osautx)26 ; il a le culte de son héros et souvent d'autres cultes domestiques qui, depuis la réunion des bourgades de l'Attique en une seule ville, continuent à lui appartenir comme cultes patrimoniaux, quoique la plupart soient devenus des cultes d'État 2 ". Il a, sans doute, comme plus tard. des biens. A-t-il un droit de propriété collectif et par suite un droit de succession, en l'absence d'héritiers, sur la fortune de chacun de ses membres? On peut le conjecturer26, mais il ne reste absolument aucune trace de cette propriété gentilice dans le droit de l'époque historique. Nous savons qu'avant l'établissement ou plutôt la régularisation du testament par Solon 2°, les biens du citoyen athénien devaient rester dans sa famille légitime ; mais il s'agit là de la famille au sens ordinaire et non du yivoç 30. Si le yévoç attique a jamais eu la forte constitution de la gens romaine, elle s'est affaiblie de fort bonne heure. Il n'y a rien à Athènes qui corresponde an nom gentitice de Rome. Dans la loi de Dracon sur le meurtre involontaire", loi qui reproduit sans doute un droit antérieur, le nombre des parents qui peuvent poursuivre le meurtrier est déjà singulièrement restreint; on ne va que jusqu'aux cousins issus de germains, en y ajoutant les gendres et les beaux-pères; viennent ensuite les membres de la phratrie; la réconciliation avec le meurtrier n'est accordée que par le père, les frères, les fils; à leur défaut, les éphètes choisissent dix membres de la phratrie 32; dans la loi funéraire de Solon, les seules parentes admises à pénétrer dans la maison mortuaire après l'enlèvement du corps, sont les enfants du cousin germain°'. Remarquons d'autre part que si les membres du v' veç ont habité à l'origine le mème district, EUUP ils ont commencé assez tôt à se disperser, car s'ils avaient encore été tous réunis à l'époque de Clisthène, on les trouverait tous ensuite inscrits à perpétuité dans le mente dème ; au contraire, nous avons de nombreux exemples de membres d'une même famille, inscrits dans des dèmes différents 3' '. Cela ne détruit cependant pas la solidarité du ysvoç. La faute de quelques Alcméonides entraîne l'exil de toute la famille 3'. Quel est maintenant le rapport du yvoç avec les autres divisions de la cité? Nous connaissons, par Aristote, la tradition qui attribuait à Thésée la répartition de la population de l'attique en 4 tribus, I2 phratries ou trittyes, 360 'çivr, et 10800 yev'I 'mat 36. Il est à peine besoin de faire remarquer le caractère systématique et artificiel de cette organisation. Aristote dit lui-même que ces chiffres reproduisaient l'année, les mois et les jours37. D'autres textes font remonter les tribus à Ion ou à ses fils". Le mot ysvv=r,Tat ne désigne jamais que les membres des yw-q et, ne peut s'appliquer à toute la population 3°. Enfin le système des tribus et des phratries remonte aux origines mêmes de toutes les villes grecques et n'est pas l'oeuvre d'un législateur en particulier. Nous avons donc le droit d'interpréter en toute liberté le texte d'Aristote. Ce même auteur attribue à Thésée une autre division de la population en trois classes, les Eupatrides, les Laboureurs, les Ouvriers'° : ici encore, on met sous le nom de Thésée un ancien groupement naturel. Les Eupatrides sont probablement répartis dès ce moment dans les tribus avec les deux autres classes ; car le fait que les quatre chefs des tribus, les ço),eette Àe;ç, appartiennent et doivent appartenir aux Eupatrides''", prouve que les Laboureurs et les Ouvriers figurent aussi dans les tribus. En est-il de même dans les phratries? Y a-t-il dans chaque phratrie des représentants des trois classes ou y a-t-il des phratries spéciales pour chaque classe? Nous serions éclairés sur ce point, si dans la loi de Dracon sur le meurtre", nous avions le sens exact du mot àuatsvo-riv qui peut signifier le choix parmi les nobles ou parmi les meilleurs ; si, en effet, les éphètes devaient choisir dix membres de la phratrie parmi les nobles, cette recommandation prouverait que nobles et non nobles étaient déjà unis dans les phratries. C'est là peut-être l'hypothèse la plus probable. Mais quels étaient dans la phratrie les rapports des deux groupes? Nous n'avons pas de texte sur ce point. La situation des non nobles dans les phratries devait d'ailleurs être déterminée par leur situation à l'égard des 7,1v -fi. Nous connaissons malheureusement aussi mal les rapports des non nobles d'Athènes avec les Eupatrides, que ceux des plébéiens de Rome avec les patriciens. On ne peut guère admettre, sur la foi de quelques scholiastes' 3, que les Eupatrides auraient été réunis dans un ou plusieurs des y€vii de chaque phratrie, tandis que les autres auraient été formés par les non nobles, Ies O=r;TEç, les 7:_),éTac. il est EUP 855 ---EUP plus probable que la masse des clients était adjointe, comme à Rome, aux familles nobles. Faut-il alors, comme on le fait généralement'''', attribuer dans chaque yiVOç aux nobles le nom d'b,.oyâ)axrEç, aux non nobles celui d'i (EwvEç, les premiers étant considérés comme du même sang, les autres, comme seulement associés aux cultes de la famille? Cette distinction n'est juste que pourl'époque postérieure; à l'époque primitive, ces deux termes, bu.'u)xxzaç et ip. cvoç, ne paraissent pas s'opposer l'un à l'autre, mais plutôt se compléterTM. C'est le même groupe envisagé sous deux faces différentes. Les yEVV rlcay en tant qu'ayant une filiation commune, soit réelle soit fictive, s'appellent bt,.o.é?axTEç; en tant que participant aux mêmes cultes soit de héros, soit de dieux, ils s'appellent ioyEtPsvEç t6. C'est seulement après la réforme de Clisthène que le mot ôpyswvEç désignera les non nobles associés dans les phratries aux nobles. Tous les non nobles sont-ils groupés dans les 'iv), autour des nobles ? Peut-être les Ouvriers, classe déjà relativement nombreuse, restent-ils en dehors de cette organisation gentilice. Remarquons d'autre part, que le nombre primitif des ysv11 ne s'accroit plus, et qu'il faut soigneusement les distinguer des simples familles qui constituent seulement des oxot '". Les Eupatrides pratiquent seuls les deux cultes de Zeus Herkeios et d'Apollon Patrons (Zotç `Egxotoç, 'Alr6)),wv IIa-rp ç) " e ; c'est pour cette raison que l'archontat devant être pendant longtemps réservé aux Eupatrides, l'obligation de pratiquer ces deux cultes figurera dans la dokimasie imposée aux candidats à cette charge 49. Les Eupatrides sont sans doute les seuls citoyens de droit complet; ils possèdent seuls les formules juridiques, interprètent le droit civil et le droit sacré, encore purement coutumiers °", fournissent les magistrats, les pU)oàact)Eïç, puis, dès qu'ils seront créés, les archontes, composent sans doute les assemblées publiques où ils mènent avec eux leurs clients et leurs affranchis m. Ils constituent une aristocratie puissante, qui, à en juger par ce qui a lieu dans d'autres pays et par les luttes qui vont bientôt éclater à Athènes, limite et contrôle le pouvoir de la royauté. Il y a sans doute à côté du roi, comme à Sparte", un sénat d'Eupatrides, mais nous n'en connaissons pas la forme primitive s3 ; avant Dracon nous trouverons l'Aréopage composé des anciens archontes Eupatrides et on verra fonctionner pour l'affaire de Cylon un tribunal criminel spécial composé de trois cents membres, sans doute nobles. Les Eupatrides sont les principaux propriétaires fonciers. Sur ce point tous les textes sont d'accord''". Mais les Eupatrides ont-ils seuls le droit de posséder la terre ou ne l'ont-ils accaparée que peu à peu, favorisés par les conditions économiques et sociales? Il y a ici deux théories en présence. Dans la première, représentée surtout par Fustel de Coulanges'', la terre est réservée aux Eupatrides; ils peuvent donner des lots à leurs clients, mais simplement à titre précaire, et c'est seulement Solon qui rendant la terre accessible à tous fera disparaître les b'pot, marques de propriété des Eupatrides. Dans la seconde théorie, il n'y a pas eu de privilège légal en faveur des nobles; il a existé au contraire dès l'origine de petits propriétaires libres qui, ruinés par les mauvaises récoltes ou par d'autres raisons, incapables de résister aux empiétements des Eupatrides, ont dû leur abandonner leurs terres et entrer à leur service. Pour l'époque ancienne, en l'absence des textes, il est difficile de se prononcer sur la question de droit et nous verrons qu'il est aussi difficile de démontrer le véritable caractère de la mesure de Solon. En fait le petit peuple d'Athènes souffre des mêmes maux que les plébéiens de Rome ; les paysans cultivent les terres des Eupatrides à charge de payer une redevance des cinq sixièmes du produit du sol, d'où leur vient le nom de x: iiu.opot ou ix'rr,N.éplolue, il ne leur reste donc qu'un salaire insuffisant ; s'ils ne satisfont pas à leurs obligations, ils peuvent être incarcérés, puis vendus par le propriétaire, eux, leurs enfants et leurs femmes"; s'ils empruntent pour se libérer, c'est au moyen d'un contrat analogue au nexutn romain qui fait d'eux pour un temps déterminé de véritables esclaves des créanciers Telle sera leur situation jusqu'à la réforme de Solon. Y avait-il d'autre part des institutions juridiques destinées à conserver la fortune de chaque famille noble, rameau d'un ywoç? Nous avons vu le principe du droit successoral qui conserve les biens à la famille. On peut encore citer, en matière de succession, l'exclusion des filles par les fils et la situation particulière de la fille épicière "p, mais l'usage que nous trouvons plus tard d'un préciput en faveur de l'aîné 5" ne suffit pas à prouver l'existence, dans la législation ancienne, du droit d'aînesse. La lutte entre la royauté et l'aristocratie. Dans le développement politique de tous les États grecs, il y a une période de lutte entre l'aristocratie et la royauté. Nous la trouvons également à Athènes. La légende veut que Thésée ait déjà cherché à abaisser les Eupatrides en s'appuyant sur les classes inférieures de la cité et en fait le premier héros de la démocratie athénienne ; mais Thésée est battu, chassé et remplacé par une autre dynastie d1. 11 est difficile de déterminer ce qu'il y a d'historique dans les traditions que nous avons sur cette lente évolution qui mène Athènes de la royauté à la république. Il. n'y a d'absolument certain que le point de départ et le point d'arrivée. Les fils légendaires de Thésée, qui ont recouvré le trône, portent des noms mythiques qui nous les représentent comme des tyrans'''. Ils ont pour successeur Mélanthos dont les descendants, au lieu de s'appeler Mélanthides, s'appellent Médontides, ce qui paraît prouver qu'il a été introduit arbitrairement dans la liste des rois". Après le règne de Codrus EUP 856 EUP il y a plusieurs traditions; l'inscription de Paros n'indique aucun changement pour les cinq successeurs de ce roi", mais d'après d'autres sources il y aurait eu, sous le fils de Codrus, Médon, vraisemblablement à la suite des luttes avec l'aristocratie, un affaiblissement de la royauté ; elle aurait été rendue responsable et alors auraient commencé les archontes à vie, encore pris dans la même famille et portant toujours le titre de rois"; puis, vers le milieu du vine siècle n, l'archontat à vie aurait été transformé en archontat décennal, les quatre derniers Médontides se seraient succédé dans cette nouvelle charge jusque vers 712 n, époque oh les Eupatrides se seraient emparés de l'archontat , ils l'auraient enfin transformé vers 683 en un collège de neuf membres choisis annuellement dans toutes les familles nobles". Aristote, dans la Politique des Athéniens 69, donne une tradition différente sur les origines de l'archontat : le polémarque aurait été adjoint de bonne heure au roi pour le seconder à la guerre ; l'archonte (éponyme) aurait été créé plus tard, sous Médon ou son successeur Acaste, avec un pouvoir restreint qui devait considérablement s'agrandir. Étaientils nommés à vie ou pour dix ans? Aristote ne le dit pas, mais il insiste sur ce fait que les thesmothètes, institués beaucoup plus tard pour juger ceux qui désobéiraient aux lois, ont été les seuls magistrats qui n'aient jamais eu qu'une année de pouvoir. De quelque manière qu'on ait passé de la royauté héréditaire à l'archontat annuel, l'aristocratie a su se débarrasser de la royauté et maintenant elle exerce seule le gouvernement. L'Etat aristocratique. Les archontes élus parmi les plus riches d'entre les nobles n, sont les chefs de l'État; ils jugent eux-mêmes en premier et en dernier ressort", ils ont peut-être à côté d'eux les prytanes des naucrares dont parle Hérodote, car les naucraries peuvent être antérieures à Solon 72. Les archontes sortants forment l'Aréopage, qui a l'administration générale, qui juge souverainement et punit les infractions aux lois73. Les Eupatrides ne déploient pas au dehors une grande activité. Ils fournissent des vainqueurs aux jeux olympiques 74 mais ne jouent aucun rôle dans les grandes colonisations grecques. Ce régime n'apporte aucune amélioration au sort du peuple. Il n'est donc pas étonnant qu'il se tourne du côté des tyrans. La première tentative de tyrannie que nous connaissions est celle de Cylon, un noble, gendre de Théagène, tyran de Mégare; les Eupatrides réussissent à l'arrêter, avec l'appui des paysans, font tuer immédiatement, au mépris du droit d'asile et de la capitulation, une partie des partisans de Cylon, traduisent les autres devant le tribunal des archontes qui les condamnent à l'exil perpétuel; mais ils sont obligés de désavouer et de sacrifier les Alcméonides qui ont dirigé la répression; un tribunal, composé de trois cents nobles, condamne les Alcméonides à l'exil perpétuel". Mais la tranquillité ne se rétablit point malgré la purification de la ville par Épiménide de Crète, et l'aristocratie est obligée de faire quelques concessions au peuple par l'intermédiaire d'un législateur, Dracon. On a cru jusqu'ici que Dracon n'avait rien changé à la constitution politique et s'était contenté de rédiger, pour le porter à la connaissance de tous, le droit criminel coutumier que jusque-là possédaient seuls les Eupatrides, et de modifier l'organisation des tribunaux criminels [EPuET'AI]. Mais la Politique d'Aristote, récemment découverte, nous a fourni des renseignements nouveaux qui attribuent à Dracon la partie essentielle de la réforme politique qu'on attribuait à Solon16. Quelle est la valeur exacte de ces renseignements? Il est difficile de l'apprécier. Il est assez surprenant que les compilateurs du traité d'Aristote, Plutarque, en particulier, qui l'a copié pour la Vie de Solon, n'aient rien reproduit du chapitre relatif à Dracon, ne flIt-ce que pour le discuter ou le rejeter. Il est d'autre part en contradiction avec deux passages de la Politique" , qui paraissent attribuer à Solon la division du peuple en quatre classes et ne mettent au nom de Dracon qu'une réforme législative : il est vrai que ces deux passages appartiennent à un chapitre dont quelques critiques suspectent l'authenticité 78. Quoi qu'il en soit, que ce chapitre soit d'Aristote ou d'un interpolateur, il est question des pentacosiomédimnes, des chevaliers et des zeugites comme d'une division sociale déjà existante à l'époque de Dracon. Dracon aurait substitué définitivement une aristocratie d'argent à l'aristocratie de naissance, en élargissant le cadre des citoyens. Sont alors citoyens complets et ont droit au gouvernement ceux qui peuvent fournir le service militaire dans les hoplites; ils sont répartis dans les trois classes des pentacosiomédimnes, des chevaliers, des zeugites; il est probable que les autres habitants, les thètes, sont encore exclus de la cité ou n'ont que des droits restreints; on prend les archontes et les trésoriers ('a t..(«t) parmi ceux qui ont au moins deux cents mines de fortune", sans aucune dette, les stratèges et les hipparques parmi ceux qui ont cent mines et des enfants légitimes âgés de plus de dix ans ; les citoyens qui ont la fortune nécessaire remplissent à tour de rôle les magistratures dans un ordre réglé par le sort, et peut-être sous le contrôle de l'Aréopage 80. Dracon institue un Sénat de quatre cent un membres tirés au sort parmi les citoyens âgés de trente ans; l'Aréopage continue à surveiller la conduite des citoyens et des fonctionnaires, à faire EUP 857 EUP appliquer les lois, à recevoir les dénonciations (Eiaavye),(at). Il y a une assemblée du peuple (Exx)rga(a). Il n'y a rien de changé aux conditions sociales; la terre appartient toujours à un petit nombre de propriétaires. Substitution de la démocratie â l'aristocratie. Les misères du peuple s'étaient aggravées par le maintien des lois sur le fermage et sur les dettes, par la partialité des tribunaux des Eupatrides, par la longue guerre de Mégare, peut-être aussi par la concurrence que viennent faire aux blés de l'Attique les blés de l'Égypte et du Pont. Solon nous a dépeint cette situation, la rigueur impitoyable des créanciers, la vente de nombreux citoyens comme esclaves hors de l'Attique, les injustices des Eupatrides, qui ne respectent même pas les biens des temples et de l'État 81. En 534, devant la menace d'un bouleversement complet, d'un partage des terres 82, le parti aristocratique accepte une transaction par laquelle Solon, un des siens, est chargé de réformer la constitution. Il n'entre pas dans notre plan d'exposer en détail les institutions de Solon. Indiquons seulement les traits essentiels. Il rédige par écrit les principales lois civiles et supprime la législation de Dracon, sauf la partie relative au meurtre 88. Pour soulager le peuple, il fait ce qu'on appelle la aetexyOEta [sElsACHTIIEIA]. Il y avait déjà dans l'antiquité deux opinions à ce sujet. D'après Androtion84il y aurait eu simplement une réforme monétaire et un abaissement du taux de l'intérêt pour les dettes contractées antérieurement ; d'après les autres auteurs qui suivent surtout Aristote88, il y aurait eu, outre la réforme monétaire, une abolition des dettes (ypEo;v âaoxoarj). Cette seconde opinion paraît la plus vraisemblable. Avec la seule réforme monétaire, cent des nouvelles drachmes représentant le même poids que soixante-dix ou soixantetreize des anciennes, les débiteurs autorisés à rembourser au nouveau poids les dettes contractées sous le régime du poids fort, n'auraient obtenu qu'un allégement de 30 ou de 27 p. 10086. Aristote ne rattache pas la réforme monétaire à la question des dettes, et il nous dit, d'autre part, que beaucoup de créanciers furent ruinés par la réforme ; on peut donc admettre qu'il y eut une véritable abolition des dettes. Dans l'opinion générale, c'est cette mesure qui a abouti à la suppression des Spot, des bornes hypothécaires mises sur les champs des petits propriétaires endettés. Mais nous avons vu que, dans une autre théorie, les Spot étaient les marques de propriété des Eupatrides que Solon fait disparaître en permettant à tous les citoyens de posséder la terre. Si la réforme de Dracon était absolument prouvée, on pourrait l'invoquer en faveur du premier système, car une répartition des citoyens en trois classes d'après le revenu de la propriété foncière suppose évidemment qu'elle est déjà accessible à tous u et alors l'Spoç de l'époque de Solon ne pourrait plus signifier que la borne hypothécaire. Nous ne pou III. volts malheureusement pas utiliser cet argument en toute certitude. Cependant l'bpoç, dans les vers de Solon, parait bien désigner la borne, l'enseigne hypothécaire". Une loi, autorisant tous les citoyens à posséder la terre, clît, semble-t-il, laissé quelque trace 89. Comme complément de ces mesures, Solon fait rentrer dans l'Attique les débiteurs qui avaient été vendus comme esclaves au dehors 90, interdit pour l'avenir tout contrat pouvant amener la servitude personnelle pour dettes91, et défend d'acquérir des terres au delà d'une certaine limite 92. En second lieu il organise (ou réorganise) le régime timocratique; la propriété foncière reste la base des droits politiques, ce qui favorise les Eupatrides qui sont encore les plus importants propriétaires fonciers. Le peuple est divisé en quatre classes (Ti),l) ; les pentacosiomédimnes (aEVTaxoetop.€µvol.) qui ont un revenu de 500 médimnes d'orge ou de 500 métrètes d'huile ou de vin, les chevaliers (iaaEyç) qui en ont 300 et les zeugites gEu'yi'Tat) 200 ; au-dessous viennent les thètes (O~TEç) 98. Les droits et les devoirs sont réglés sur ce cens ; les trois premières classes fournissent seules les hoplites et se partagent, d'après leurs cens respectifs, les magistratures toutes tirées au sort; pour les archontes, pris parmi les Eupatrides pentacosiomédimnes, il y a une combinaison du tirage au sort et de l'élection, chaque tribu désignant dix candidats, de façon qu'ily ait quarante noms dans l'urne94 ; mais les thètes, encore exclus des magistratures, sont maintenant admis à l'assemblée et aux tribunaux [DIKASTAI]95. Solon crée (ou maintient) le sénat des Quatre-Cents ; il laisse à l'Aréopage tous ses pouvoirs et le charge particulièrement de réprimer tout attentat contre les nouvelles institutions démocratiques. Il maintient les quatre anciennes tribus avec leurs rois, crée ou réorganise les quarante-huit naucraries96. Il ne touche ni aux phratries, ni aux cultes, ni aux yévri. C'est sans preuve qu'on lui attribue la suppression de la prétendue distinction qui aurait existé entre les bp.ovx),xxrEç Eupatrides et les ÔcyE(ÛVEç non nobles, ou l'introduction dans les cadres des familles nobles de toute la masse des citoyens qui seraient restés jusque-là en dehors de la cité. Enfin il autorise ou, plus vraisemblablement, régularise l'emploi du testament; le père peut tester librement quand il ne laisse pas d'enfant mâle, mais les moeurs l'obligeront toujours à choisir son héritier dans la famille 97. La constitution de Solon, tout en fondant véritablement la démocratie, laissait encore aux Eupatrides une influence considérable; ils sont encore les principaux propriétaires fonciers; ils ont encore la forte organisation des tribus et la possession de l'archontat. C'est pour cette raison qu'éclatent de nouveaux troubles avant même la mort de Solon. Vers 586-598 l'archontat reste vacant pendant un an, puis l'archonte Damasias, après s'être maintenu au pouvoir pendant deux ans et deux 108 EUP --858 EUP mois, est chassé de force ; alors, à la suite d'une transaction, on partage l'archontat entre les trois groupes de la population ; on prend cinq Eupatrides, trois paysans (xypotrot), deux ouvriers (iyetoupyoOO° ; ce nouveau chiffre de dix archontes s'explique sans doute parce qu'on assimila aux neuf archontes véritables le -(pau.p.arcé„ comme cela se fit après l'établissement des dix tribus'0o Il est probable que cette réforme ne dura qu'une année. Il se produit un nouveau groupement des partis : les gens de la plaine (IIEÔteïç), grands propriétaires, Eupatrides, qui ont à leur tête Lycurgue, sans doute de la famille des Étéoboutades, et peut-être aussi Miltiade, fils de Cypsélos, de la famille des Philaïdes; les gens de la côte (Hel z),ct), parti moyen dirigé par l'Alcméonide Mégaclès, gendre de Clisthène, tyran de Sicyone ; le parti démocratique des montagnards de la Diacrie (lhar.?fot), qui profite des luttes des deux autres partis et a pour chef Pisistrate101. L'avènement des Pisistratides au pouvoir est une défaite plutôt de l'aristocratie que de la démocratie; une partie des Eupatrides, entre autres les Alcméonides avec Lycurgue, et Miltiade, sont obligés de quitter Athènes sous le gouvernement de Pisistrate ; c'est Lycurgue qui réussit à expulser Pisistrate une première fois avec l'aide de Mégaclès, et c'est Callias, de la famille des Céryces, qui achète ses biens. Ce sont les Alcméonides, avec leur nouveau chef Clisthène, qui amènent la chute d'Hippias et le rétablissement du gouvernement démocratique en 51010' La lutte d'Isagoras et de Clisthène peut être regardée comme le dernier épisode de la lutte de la noblesse et du peuple. Sous l'archontat d'Isagoras, qui a pour lui le parti des tyrans, en 508 103, Clisthène, chef de la noblesse, est obligé de se mettre à la tête du parti populaire contre les associations politiques, les k.atpn(zt qui font leur apparition dans l'histoire d'Athènes. Isagoras appelle à son aide le roi de Sparte Cléomène, expulse sept cents familles, outre Clisthène et les Alcméonides, installe un conseil de trois cents membres. Mais l'ancien Senat résiste, avec l'appui du peuple ; Cléomène, Isagoras et leurs partisans, assiégés sur l'Acropole, obtiennent une capitulation qui leur permet de se retirer et, quatre ans après, Clisthène opère d'importantes réformes que malheureusement nous connaissons très mail". Il remplace, comme rouage administratif, les quatre tribus ioniennes par dix tribus locales los mais les quatre anciennes tribus subsistent sans doute comme corporations sacrées, car il y a encore au Ive siècle avant Jésus-Christ des cpuaoeaetÀEïç éç Eü7carpt®Cnv dont la caisse fournit de l'argent pour quelques sacrifces106. Les douze anciennes trittyes sont remplacées par trente trittyes nouvelles, divisions territoriales que le sort répartit trois par trois entre les tribus107. L'Attique entière est partagée en cent dèmes, répartis également entre les tribus, dix par dix, sans lien de contiguïté [DLMOS]. Ces dèmes remplacent, pour la plupart des services administratifs, les naucrariestoa Chaque tribu fournissant cinquante sénateurs, le Sénat compte maintenant cinq cents membres. On introduit dans les tribus, en leur donnant le droit de cité complet, un grand nombre de nouveaux citoyens; était-ce des étrangers libres, des affranchis devenus métèques, ou d'autres catégories de gens? Nous ne savons au juste". Mais Clisthène ne touche ni aux •y ï, ni aux sacerdoces, ni aux phratries 10. C'est à tort qu'on lui a attribué une augmentation du nombre des phratries'". Nous pouvons seulement supposer que c'est à partir de Clisthène que tous les citoyens, soit anciens soit nouveaux, sont inscrits dans les phratries et que c'est lui qui a étendu à tous les citoyens le culte, jusque-là réservé aux Eupatrides, de Zeus Herceios, et d'Apollon Patroos 1i2 Le trait fondamental de la réforme de Clisthène est donc la création de nouveaux cadres, de nouveaux groupes politiques. Il n'y a aucune différence dans les tribus, dans les dèmes, entre nobles et non nobles. On peut regarder comme terminée avec Clisthène l'histoire politique des Eupatrides. L'aristocratie athénienne, quoiqu'elle comprenne aussi les anciennes familles nobles, est avant tout maintenant une aristocratie de fortune; les Eupatrides ne gardent en propre que le prestige et la considération qui s'attachent à l'ancienneté de la race, la possession de certains sacerdoces et quelques privilèges 13. Quelle est la situation des yiv-rl par rapport aux phratries? On admet généralement que depuis Clisthène chaque phratrie est dirigée par une famille noble à laquelle sont subordonnées les autres familles, et possède, outre ses divinités propres, Zeus Phratrios et Athéna Phratria, les divinités des Eupatrides, Zeus Herceios et Apollon Patroos. On se fonde surtout sur un texte d'Eschine où les Étéoboutades représenteraient les ôp.oyâ))ax'ro et les autres familles les ÔpyEc6osç. Mais ce texte prouve seulement, comme les autres preuves alléguées14, qu'il y a dans les phratries des nobles et des non nobles. Les nobles, membres des yf' , portent seuls le nom de yevvS'rat "s ; les autres Athéniens s'appellent ôpYEiAvsq ou parfois OtaawTzt, d'après le nom d'une subdivision de la phratrie, les O(aaoi ' . Le prêtre gentilice des yEVVi, pat n'est pas le prêtre de la phratrie ; ce sont deux personnes différentes'''. Le registre où chaque famille noble inscrit ses membres et en particulier les nouveau-nés et les enfants adoptifs n'est pas non plus EUP 85 9 EUP le même que celui de la phratrief98. Le nouveau-né ou le fils adoptif, pour faire partie du ysvoç, doit être présenté à la famille qui vote sur l'acceptation ou le rejet; dans quelques familles le serment du père est seul requis 119 ; chez d'autres il y a pleine liberté d'appréciation, puisque le père peut se pourvoir devant les héliastes contre un refus d'admission 120, C'est seulement lorsque ce vote de la famille a été confirmé par les membres de la phratrie que l'enfant est inscrit sur le registre de la phratrie 124. Il va sans dire que cette seconde épreuve n'est généralement qu'une formalité [PHRATRIE]. D'autre part, en cette même matière, quelques familles nobles peuvent jouir de certaines prérogatives, en vertu des règlements propres à chaque phratrie. Ainsi chez les Démotionides, la famille des Décéléiens paraît être chargée officiellement de contrôler la liste de ceux qui doivent être introduits dans la phratrie 122 ; si un candidat éliminé une première fois par un petit nombre de votants en appelle (lui-même ou son représentant) à la réunion générale des membres de la phratrie i23, le premier vote est soutenu devant les nouveaux juges par cinq défenseurs (auvs yopot) choisis par les Décéléiens et c'est le prêtre de cette famille qui lève (on ne sait au profit de qui) l'amende infligée au candidat, battu en appel. Chaque ,,i 0; a son culte gentilice, ordinairement celui d'un héros; quelques-uns ont, en outre, un ou plusieurs sacerdoces patrimoniaux qu'ils exercent au nom de l'État. Ces deux catégories de cultes ne se confondent pas, quoiqu'il yait souvent entre elles un rapport étroit; ainsi les héros Eumolpos, Céryx, sont évidemment liés aux sacerdoces particuliers des Eumolpides et des Céryces. Les croyances religieuses attribuant ces sacerdoces dès les origines aux €vr, jamais la démocratie n'a essayé de les leur enlever, la possession des sacerdoces patrimoniaux n'a jamais été contestée auxfamilles par l'État; elle ne leur procure d'ailleurs aucun avantage particulier; les Étéoboutades, les Eumolpides sont des citoyens comme Ies autres. Nous connaissons mal les règles de transmission de ces sacerdoces [SACERDOS]. Héréditaires dans les familles, ils se transmettent sans doute dans des branches déterminées. C'est ce qu'on voit chez les Céryces125 ; chez les Eumolpides les sacerdoces ont peut-être pu être transportés par l'élection dans toutes les branches de la famille1la, Il ne semble pas qu'on ait jamais employé le sorti26. Du reste, ces questions étaient déjà très obscures pour les intéressés. 11 y avait beaucoup de contestations sur la possession de ces sacerdoces; le règlement de ces procès était une des attributions de l'archonte-roi12T, Lycurgue et Dinarque avaient écrit des plaidoyers sur ces matières128. 11 faut remarquer d'ailleurs que, sous l'empire romain, des alliances répétées unissent et confondent de plus en plus les yév 7, qui forment alors une sorte l'aristocratie sacerdotale 129.® l'époque classique, l'exercice des sacerdoces patrimoniaux soumet les familles à la même responsabilité que les autres collèges de fonctionnaires, surtout pour l'emploi des sommes allouées par l'État aux différents cultes '36 Le.rlvoç est une corporation ; à ce titre il a ses biens"son chef (âoxw rot; yévouç) qui le représente, à qui il confie par décret certaines missions, par exemple le soin de décerner des couronnes, de faire rédiger et graver les décrets honorifiques, d'élever des statues". Ce magistrat est sans doute annuel et tiré au sorti33 Comme autres fonctionnaires nous connaissons le prêtre Une inscription mentionne chez les KÉRYKES un pZtep8jlç xai yevs[tiprç], qui est peut-être à la fois prêtre et chef1''. On ne sait au juste quel est le caractère des ispoN.vrp.oveç assez souvent nommés dans les inscriptions 120; pour certaines affaires on peut nommer des commissaires spéciaux (iovtp.aarlTaO 137. Les membres de la famille ont des assemblées générales dans des locaux spéciaux, y font des décrets relatifs soit aux sacerdoces patrimoniaux, soit à l'administration de la famille, à la réception des nouveaux membres, aux éloges des bienfaiteurs ; quelquefois deux familles se réunissent pour certains décrets'''. Voici, d'après le travail de Toepffer, la liste, par ordre alphabétique, des -yin dont l'existence parait certaine, avec les sacerdoces et les autres attributions qu'ils possèdent139. Les Aiyatpoiôu.ot 'd'. Les 'A),ag.oino(tisott qui ont pour héros Alcméon, une des plus importantes familles d'Athènes, autochthone dans Hérodote, d'origine messénienne dans Pausanias1'' Les 'An.uvavip(ôat avec le sacerdoce héréditaire de Cécrops". Les 'Av4otO,Ett'i,OEi qui ont pour héros Androclosfi3. Les 'Avrayop(Sat'k4. Les 'Ae1etiav. iat qui ont pour héros Apheidasli6. Les Baxysé8x4146. Les Boti xt, une des familles les plus considérables ; elle a le soin des IX.porot sacrés et les sacerdoces de Zeus Palladien et de Zeus Téleios i47. Les Bpôrtiac 148. Les Fovupaiot dont le culte purement gentilice de Déméter 'Axa(a paraît s'être transformé au v' siècle en un culte d'État145. Les Aexsaeteiç456. Les Atoyev(Sat151. Les 'EtieoêouréSat qui n'ont sans doute pris ce nom qu'après la création du dème nommé de leur ancien nom Bou-On ; leur héros est Boutes ; ils ont le culte des deux divinités de l'Acropole, c'est-à-dire qu'ils fournissent la prêtresse d'Athéna Polias et le prêtre de Poseidon Érechtheus; ils jouent en outre un rôle important dans plusieurs fêtes, les Procharistéries, les Scirrophories, les Arrhephories'S2. LesEôôzvsu.ot avec le héros Eudanémos13. Les E' oasc(Sat, EUP 860 EUP les principaux représentants de l'ancienne noblesse d'Éleusis, dont le héros Eumolpos passe tantôt pour un roi indigène fondateur des rites éleusiniens, tantôt pour un chef de bande thrace, rival du roi indigène Érechtheus 164 ; ils possèdent les sacerdoces éleusiniens en commun avec les Céryces et les Croconides; ils fournissent l'hiérophantès [ELEUSINIA] et peut-être aussi la prêtresse de Déméter et de Coré, l'hiérophantisi6'; ils sont chargés en outre de faire observer le rituel des fêtes d'Éleusis; réunis aux Céryces, ils fonctionnent comme collège judiciaire sous la présidence de l'archonteroi pour juger certaines causes sur lesquelles nous sommes mal renseignés, sans doute les délits relatifs aux mystères d'Éleusis 166 ; ils forment un des collèges d'exégètes, sans doute choisis à vie par le peuple, qui explique le droit sacré surtout pour tout ce qui concerne le culte d'Éleusis 157 ; ils sont chargés en commun avec les Céryces de l'initiation aux mystères ; la direction elle-même des mystères appartient à l'archonte-roi et à quatre s7ttu.EariTai Tmv ga 'r (wv, élus par cheirotonie, deux parmi tous les Athéniens, un parmi les Eumolpides, un parmi les Céryces; enfin les Eumolpides et les Céryces nomment parmi eux les a7ovdotpôpot qui vont annoncer au dehors l'ouverture des Éleusinies1". Les EwErlxt avec le héros Eunéos ; ils sont employés dans les cultes publics pour la partie musicale et fournissent un des prêtres de Dionysos Melpoménos150. Les Eû7caTpdxt, qui constituent un des collèges d'exégètes, sans doute surtout pour la purification des meurtriers160. Les ZEUçavT(dat. Les 'Heuy(lat qui ont le héros Hésychos et le sacerdoce des EEuvxi ()Ea(1". Les Oau),wvtdxt avec le héros Thaulon'". Les Ou,p;wvaat163. Les 'Iwv(lxt avec le héros Ioni6°. Les KEyaatdxt avec le héros Céphalosi65. Les KpuxEç, la seconde famille sacerdotale d'Éleusis, avec le héros Céryx; ils fournissent les trois prêtres les plus importants d'Éleusis après l'hiérophante, le dadouque (lyloCyoç), le héraut (x)pu ), le prêtre de l'autel (I bol riwu.t,), puis quelques petits fonctionnaires employés aux mystères, par exemple, le iEOebç 7avaYiç 166, Les Kvjcptateiç 167. Les Kotpwv(dat 168. Les Ko),a(dat, Les Kov=_ïdat 169. Les Kpoxwv(lat avec le héros Crocon, qui appartiennent aussi à l'ancienne noblesse sacerdotale d'Éleusis et jouent sans doute un rôle que nous ne connaissons pas dans les mystères'T0, Les Kuvv(dat, qui fournissent le prêtre d'Apollon KuvvEtoç. Les K(n),tEtç qui ont peut-être le sacerdoce d'Aphroditef71. Les Ax;zd1t"2. Les Au'rop.(ixt, qui ont eu une grande importance dans la religion et dans la politique ; ils ont à Phlya, leur centre religieux, beaucoup de cultes gentilices, entre autres celui d'Apollon Daphnéphoros 1", mais on ne sait au juste quel sacerdoce nion de Toepffer, malgré Phot. s. v. a,54000n,. 156 Dem. 22, 27; 59, 116. Voir 153) a corrigé avec raison 0eyrsi, tt, en Eèvue?,8or. 161 Hesych. s. v. Corp. insu. att. 3, 339. 172 D'après un passage altéré d'Hosychius, s. v. I public ils exercent. Les MeèovTiSO.t, famille royale qui descend de Médon170. Les Mri,rtov(dat avec le héros Métion15. Les OixéTat16. Les IIatwv(Sat, avec le héros Paeon'77. Les I14otxstf7'. Les Ilotpriv(dat qui fournissent un prêtre à Déméter1°. Les IIpxçtepy(dat chargés d'entretenir le costume d'Athéna Polias et de célébrer tous les ans la fête des Plyntéries ; ils fournissent une prêtresse et peut-être d'autres fonctionnaires1S0 Les Ex),au(vtot 181. Les EoIuxyàut avec le héros Sémachos et le sacerdoce de Dionysos 182. Les 7os'aavlp(lat iB3. Les Tveux(dat 100, Les (I't),aldat, famille importante qui a compté Miltiade, Cimoni"J. Les tbûÀ),Eïlat qui fournissent la prêtresse de Déméter et de Coré chargée de l'initiation, pour une fête qui est peut-être celle des `Aa~pa 166; mais, sous l'empire romain, ce sacerdoce a peut-être passé aux Céryces 197 Les rbo(vtxeç. Les (Itpaa(la,. Les,bpewoéyot. Les (13u)a(lat. Les bu-tx.lAat avec le héros Phytalos; ils ont les cultes gentilices de Déméter et de Poseidon Phytalmien, ce dernier sans doute admis plus tard parmi les dieux de l'Étatf58, Les X a),x(Sxt.es Xap(dat. Les Xtu.upltltul 9 On peut admettre, quoiqu'il n'y ait pas de texte, qu'au héros Eurysacès, qui avait un culte, se rattachait une famille des Eûpuaax(dat 190 On ne sait au juste si les Zcexuâdat sont une famille ou une phratrie19' si les Ttu.o tlkt mentionnés par Pindare . sont une famille ou un simple groupe192 , l'existence des II1u.cp(lati93, des IIuPPrirtxlat19i, est également douteuse. II. Il importe de rapprocher des Eupatrides d'Athènes les aristocraties analogues des autres villes de la G'rèce995 . Elles ont en général traversé les mêmes phases qu'à Athènes. Dans les poèmes homériques, les nobles forment une classe particulière (àptaT-,Eç, nperret, IX.YaAo( 198) qui se distingue par la naissance, la valeur personnelle, la fortune f97; dans l'Iliade ils sont encore subordonnés à la royauté; ils forment sous les noms de `(E(DoVTES, de 5ouaritfopot, d'iy'i'oopEç le conseil du roi qui les consulte sur toutes les affaires publiques, mais sans être lié par leur avis t96. Dans les parties les plus récentes de l'Iliade, mais surtout dans l'Odyssée leur pouvoir a déjà considérablement grandi aux dépens de la royauté; à Ithaque, par exemple, il y a douze nobles qui, comme le roi, descendent de Zeus, portent le titre de (laet),;)Eç, ont le sceptre, peuvent monter sur le trône, se réunissent en une assemblée qui s'appelle (3oua7i, reçoivent du peuple une sorte de dotation (yipaç) 7u, Ils forment sans doute une haute noblesse à côté et au-dessus des autres nobles qui se séparent de plus en plus du reste du peuple ; ainsi l'expression ijpwç qui, dans l'Iliade, s'applique encore à tous les hommes libres, ne désigne plus dans l'Odyssée que les nobles'''. A l'époque historique l'aristocratie arrive à supprimer famille royale de la légende; on peut en induire que c'était en réalité une famille Mais ce mot est peut-être corrompu. 179 Hesych. s. v. 180 Hesych. s. v.; dans les poèmes homériques, Fauta, Der Staat in der Iilas und Odyssée EUP 861 EUP presque partout, à différentes dates, d'abord l'hérédité de la royauté, puis la royauté elle-même. Cette révolution s'accomplit de différentes manières. En Thessalie, au ve siècle, les membres de la race royale, les Héraclides ou Aleuades, avec les familles alliées des Scopades et des Antiochides, abolissent la royauté centrale et la remplacent par des oligarchies locales'01. A Corinthe, les Bacchiades, qui comprennent plus de deux cents familles issues de l'ancêtre légendaire Alétès, gardent la royauté héréditaire pendant plusieurs siècles et la remplacent après le dernier roi Télestès par un prytane (itpéTavtç) choisi annuellement parmi eux202. Il en est de même à Milet après la chute des Néléides 203. Les Basilides d'Éphèse et d'Érythrée, les Penthilides de Mytilène qui prennent le pouvoir après la chute de la royauté, représentent sans doute aussi des aristocraties de race royale 20k. A Cyrène, État dorien, la création des éphores marque peut-être, comme à Sparte, un abaissement de la royauté 205. C'est d'ailleurs avec Argos"' à peu près le seul pays où la royauté subsiste jusqu'à l'établissement de la démocratie. Partout ailleurs elle est remplacée par l'aristocratie ; cependant beaucoup de villes conservent un 3acùseé : à Samothrace c'est le premier magistrat"' ; il est éponyme à Mégare, à Aegosthène, à Chalcédoine, à Chersonèsos, à Arcésiné d'Amorgos206; il a des fonctions religieuses à Chios, à Milet, à Mégare 209; quelques villes gardent un collège de §avt)`etç : ainsi Élis, Cumes, Mytilène, Syphnos"°. Les aristocraties qui succèdent -à la royauté sont encore des aristocraties à la fois de naissance et de fortune, comme l'indiquent les différents noms des nobles, élément de leur fortune est la propriété foncière ; à Samos, à Syracuse, les nobles sont les propriétaires fonciers (yetoJ.dpot). Dans les colonies la noblesse comprend surtout les descendants des premiers fondateurs. Le régime aristocratique prend les formes les plus diverses; parfois c'est une oligarchie étroite avec un nombre fixe de familles dont les chefs exercent de père en fils le gouvernement; on la trouve à Cnide, dans l'Élide primitive, à Thèbes, en Thessalie; à Corinthe, où les Bacchiades ne se marient qu'entre eux2i. Ailleurs il y a un nombre fixe de citoyens de droit complet, mais pris dans les familles qui ont la fortune nécessaire : tels sont les Mille à Opus, à Cumes, à Colophon, à Crotone, à Locres, à Ithégion2'2, les Six-Cents à Héraclée du Pont'''. Les riches pouvant seuls nourrir des chevaux, un grand nombre de ces aristocraties primitives constituent des corps de cavalerie : tels sont les i1cncetç de Magnésie, de Colophon et peut-être des villes crétoises2t2; tel a dû être aussi le caractère de l'aristocratie thessalienne. A la suite de la même évolution et pour les mêmes causes qu'à Athènes, les aristocraties se transforment presque toutes graduellement en timocraties, font une place dans l'État aux citoyens possesseurs d'une certaine fortune ou qui peuvent fournir le service militaire dans la cavalerie, comme les i77cEtç de Cumes, d'Érétrie, les i7f7COedTCLt de Chalcis215, plus tard simplement dans les hoplites. Nous ne connaissons guère les institutions aristocratiques que par les débris qui en restent à l'époque postérieure; ainsi Marseille conserve très tard son ancien sénat de six cents Ttu.oûyot élus à vie ; les villes crétoises leurs sénats de yipovTEç, anciens xdcuot élus à vie216 ; Élis garde son ancienne ap.twpy(a à côté du nouveau sénat démocratique desSix-Cents, Argos ses QuatreVingts à côté d'un nouveau sénat 2'7. Comme magistrats, nous connaissons surtout ceux dont les noms indiquent une compétence générale par opposition aux magistrats spéciaux de l'époque démocratique : tels sont le aetyebç ou les (3aat)ieïç que nous avons vus, le prytane unique ou les collèges de prytanesYf', l'archonte unique éponyme ou les collèges d'archontes2'0, le p.dvapyoç22o 1'aieuuvü La masse du peuple, qui paraît avoir été presque entièrement dépourvue de droits politiques, engage partout contre les aristocraties une lutte qui présente les mêmes caractères qu'à Athènes; les riches demandent une part dans le gouvernement, les autres une protection efficace contre la noblesse, des lois écrites, quelquefois l'abolition des dettes et le partage des terres. Nous n'avons pas à étudier cette série de révolutions qui aboutit, après les tyrannies du vii• et du via siècle, soit aux démocraties, soit auxoligarchiespurement tim_oeratiques L'ancienne famille noble a eu sans doute partout la même constitution qu'à Athènes. Elle s'appelle dans Homère pûaov 2'-4, mais à l'époque historique yivoç, 7czTCcc, quelquefois olxoç 225. De bonne heure ses droits ont été battus en brèche : à Élis une loi antérieure au vie siècle enlève aux phratries, aux familles et à leurs subdivisions le droit de vengeance contre les incantations et soumet ce délit à la justice ordinaire'''. A l'époque historique, les familles n'ont plus que des débris de leurs vieilles attributions. A Cos elles continuent sans doute à former les trois anciennes tribus doriennes qui participent aux cultes d'Apollon et d'Hercule227; à Éphèse les Bantll(cat gardent le culte de Déméter Éleusinienne, à Milet les Skirides celui d'Artémis Skiris 238. A Chios les Klytides, issus du héros Klytios, sont une famille sacerdotale, administrée par un eipxwv et qui a des biens considérables, une maison et des objets sacrés, un culte gentilice, sans doute celui de Zeus Patroios220. Dans quelques villes les familles forment des divisions politiques : à Cos les nouveaux citoyens s'inscrivent dans une tribu et EUH --862 EUR