Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio

EVECTIO

EVECTIO. On entendait primitivement par evectio (de vehere) le droit de se faire transporter gratuitement aux dépens des alliés ou sujets de l'État romain, et, plus tard, ce diplôme autorisait le CURSUS PUBLICUS'. Ce droit fut usurpé pour la première fois par un magistrat romain se rendant en province, en 173 av. J.-C. ou 581 de Rome 2, le consul L. Postumius. Avant cette époque, les envoyés qui partaient pour une mission subite avaient seuls l'habitude de commander des relais dans les villes alliées qu'ils devaient traverser. Mais le transport des magistrats restait à la charge du trésor public, et ils logeaient chez leurs amis, privata hospitia habebant. L'usage contraire ne fit que s'étendre et dégénérer en abus; les socii durent fournir transports et logements 3, et la loi Julia de provinciis dut intervenir pour réglementer ces evectiones4. En outre, des sénateurs ou des hommes importants se faisaient donner par le Sénat des missions, officielles en apparence LEGATIO LIBÉRA], pour voyager ainsi aux dépens des provinciaux et pour leurs affaires particulières 3. Cicéron et César essayèrent aussi de mettre un terme à cet abus ou, du moins, de le restreindre dans une certaine mesures.. Sous l'empire, Auguste 7 institua les postes publiques avec relais (mutationes) et stations (mansiones), destinés aux courriers qui portaient les dépêches du gouvernement aux gouverneurs et aux armées. L'empereur, à Rome, et les présidents de province avaient le droit de délivrer l'autorisation' d'employer tant de fois ce mode de transport (jus evectionis), en concédant un diploma ou synthema [DIPLOMA]. L'entretien et le soin des postes était à la charge des localités °. Plus tard, l'administration les dirigea, mais sans en supporter les frais 10. Voy. pour les détails CURSUS PUBLICUS. Ensuite, en principe, l'empereur se réserva le jus evectionis, qui fut, d'ailleurs, soumis à des règles particulières et les gouverneurs en règle générale n'eurent plus la faculté de délivrer des diplomatat2. C'est le PRAEFECTUS PRAETORIO qui émet les evectiones" et fait rédiger la patente par un employé de son o f ficium ou bureau, appelé REGENDAR.IUS, en se conformant aux lois qui régissaient, d'après la qualité du concessionnaire, la nature de ce mode de transport, le bagage, etc. Après la chute du préfet Rufin, le droit d'evectio fut attribué au MAGISTER OFFICIORUM 44, et même la mission de contresigner 16 les diplômes délivrés par le prae fectus praetorio. A ce contrôle servait le curiosus cursus pablici, appartenant à 1'o f ficium du maître des offices ; en province, il employait des agents de police, organisés militairement, à la surveillance rigoureuse de ce service". En général, les fonctionnaires publics étaient admis à se servir du cursus publicus; mais le nombre des evection.es annuelles qu'ils avaient le droit de demander, était fixé pour chacun d'eux, comme l'indiquent des chiffres placés dans la Notifia dign.itatum, et dont le savant Boecking a déterminé le sens ". Il ne faut pas confondre les evectiones avec les mandats appelés TRACTORIAE, dont l'étendue était plus considérables. G. HUMBERT.