Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio

EXEGETAE

EXEGETAE ('E' r,yatrod). L'exégète est proprement (. celui qui explique ou qui expose »; on conçoit que les fonctions et la dignité de l'exégète varient selon la nature des choses qu'il doit expliquer. Ce mot se trouve assez rarement employé dans le sens général de con seiller', de professeur' ou de scholiaste', ou encore comme équivalent grec du jurisconsulte et du prudent romain'. Ces exemples écartés, il faut distinguer trois catégories d'exégètes : I° l'exégète qui remplit des fonctions religieuses et interprète le droit sacré ; 2o l'exégète libre qui interprète, sous sa responsabilité personnelle, les oracles, les présages, etc.; 3° l'exégète ou périégète, qui est à peu près le cicerone moderne, mais qu'il est parfois difficile de distinguer de l'exé gète officiel. 1. Les lois primitives, qui faisaient partie de la reli gion, n'étaient pas écrites; elles se transmettaient comme un patrimoine intangible dans certaines familles privilégiées5. C'est à ces familles qu'il fallait soumettre toutes les questionslitigieuses quine devaient pas être tranchées par la force. Les lois dont elles avaient la garde étaient formulées en arrêts très brefs et nécessairement obscurs : avant de les appliquer, il fallait les expliquer. De là, l'importance de l'exégèse aux époques lointaines oïl le droit n'avait pas encore été sécularisé. Ainsi nous savons, par Plutarque', qui suit probablement Aristote. que les Eupatrides d'Athènes avaient le privilège de connaître les choses divines, d'enseigner la loi et d'expliquer les choses sacrées et profanes, A l'époque classi que, il subsiste encore des vestiges de cet état de choses ce sont les î yrTaf. II est assurément singulier qu'il ne soit question d'eux ni dans la Politique ri dans la partie conservée de la Constitution des Athéniens d'Aristote, et qu'on n'en trouve pas davantage mention dans les fragments d'lléraclide de Pont et de Philochore. Mais leur existence est attestée suffisamment par les inscriptions, par quelques textes d'orateurs, par le grand rôle que leur attribue Platon dans la République et dans les Lois, sans parler des lexicographes dont on ne peut affirmer, dans l'espèce, qu'ils aient eu des sources autres que celles dont nous disposons à notre tour. Les inscriptions athéniennes du Haut Empire nous font connaître trois exégètes, l' çry7T ~s l`s Eûuoà .ow", le 7tuOôçp le-Toe ly-rsfrrls, dont le titre se lit sur un des sièges du théâtre de Dionysos 8, enfin le érç Eû7taTptiGly ÉrrY'tIT'fç 2, dont le titre officiel est inscrit sur un des On a conclu de là, en invoquant un passage du Lexique de Timée, qu'il n'y avait à Athènes que trois exégètes officiels" ; cela n'est nullement prouvé t2. Le passage de Timée 13, ponctué comme il convient, signifie qu'il y avait à Athènes trois catégories d'exégètes, à savoir les 7tu86yprleTOL, chargés de purifier ceux qui s'étaient souillés d'un homicide, et ceux qui expliquaient les traditions, oi E,7yoüpEVOL Tâ 72 tCpta, c'est-à-dire les exégètes des Eupatrides et ceux des Eumolpides. Il paraît, d'après Platon t', que les i,rrrrlTai 7tuO6yprl4TOt étaient nommés à vie, choisis par le dieu des Delphes sur une liste présentée par le peuple athénien, et qu'ils avaient surtout à interpréter les oracles de Delphes"; on ne sait s'ils appartenaient à un yvo; déterminé. Les traditions et lois religieuses, 7tzr ;'r, que doivent expliquer les autres exégètes, sont celles des Eupatrides 16 et des Eumolpides". Ce droit sacré avait été fixé par l'écriture à l'époque de Cicéron, mais il était resté longtemps oral, et ceux qui avaient le privilège de l'interpréter étaient entourés d'une considération particulière". L'exégèse des Eupatrides", qui se rattachait à la religion apollinienneS0, était principalement requise pour la purification des suppliants, c'est-à-dire des hommes qui, comme Oreste, l'ancêtre mythique des Eupatrides, avaient commis un homicide et cherchaient à se laver de cette souillure 2f. L'atthidographe Kleidemos avait écrit un i ly-t,TLxdv dont un chapitre traitait des purifications, 7tcpi lvaytap.wv22. L'inscription déjà citée23 nous apprend que l'exégète tiré de la famille des Eupatrides était nommé à vie par le peuple ; il est probable qu'il en était de même pour l'exégète des Eumolpides. L'existence d'un exégète des Céryces, admise par M. Petersen, doit rester douteuse24 mais elle peut s'autoriser de quelques textes dignes d'attention". Il faut attendre une découverte épigraphique pour se prononcer nettement à cet égard. Sur la manière dont on désignait les éxégètes 7tu9dSpricTOt, nous en sommes réduits à un passage de Platon 26 qui, tout en s'appliquant à un État idéal, paraît correspondre à ce qui se pratiquait à Athènes. Les tribus désignent les candidats aux fonctions d'exégètes 27 ; les neuf qui ont obtenu le plus de voix sont envoyés à Delphes, où le dieu en choisit trois, représentant chacun quatre tribus. Tous les candidats sont soumis à la docimasie; l'examen par rapport à l'âge et aux autres qualités requises est le même que pour les prêtres. Si un exégète vient à manquer, les tribus auxquelles il appartenait lui donnent un successeur. On sait que, dans la République23 et dans les Lois29, Platon subordonne toute la religion de la cité au dieu de Delphes, représenté à Athènes par les exégètes qui, de concert avec les devins, les prêtres et les magistrats, règlent tous les détails du culte omis par le législateur ou qui prêtent à quelque contestation30. Les exégètes sont requis pour la fondation de nouveaux sanctuaires 31, pour la fixation du rituel et des offrandes32, pour la célébration des fêtes et cérémonies privées, telles que naissances, mariages et morts33; mais c'est surtout en cas d'homicide que l'on faisait appel à leurs lumières, tant pour régler les détails de l'expiation et des funérailles3' que pour purifier ceux qui avaient subi le contact dn meurtrier36. On consultait encore les exégètes sur la conduite à tenir après des prodiges36, en particulier des signes célestes, tels qu'orages subits et éclipses 37, office dévolu en d'autres circonstances aux IIutaic-ai 38. Enfin, l'époque classique, l'exégèse de ce qui touchait aux mystères d'Éleusis paraît avoir été le privilège des Eumolpides99; ainsi Andocide'0 refuse expressément à un membre de la famille des Céryces le droit d'interpréter une prohibition traditionnelle relative au dépôt d'un rameau de suppliant dans l'Éleusinion. Il est vrai que, dans une inscription du Ils siècle après Jésus-Christi, un fils de dadouque, appartenant par conséquent à la famille des Céryces, est nommé E7r,yrlTrlç [a.ucT'tiptwv, d'où l'on a conclu qu'à l'époque impériale les Céryces partageaient, cet égard, les privilèges des Eumolpides42; mais on peut se contenter d'admettre qu'à cette époque une fonction honorifique spéciale, l'ibi ratç Ttûuv p.ucT-tlplwv, fut créée au profit des Céryces49. Un céryce, Hérode Atticus, se qualifie d'exégète sur une inscription". On est dans le domaine de l'hypothèse lorsque l'on attribue à l'exégète des Eumolpides un rôle d'arbitre, d'interprète du Sénat sacré ou de maître des cérémonies dans les mystères d'Éleusis46 [MYSTAGOGUS]. Dans l'état actuel des textes, nous ne savons rien de positif à cet égard. Pausanias mentionne à Olympie des sacrifices mensuels offerts par les Éléens suivant d'anciens rites46 : ces sacrifices sont confiés aux soins du théocole mensuel, des spondophores, de l'exégète, de l'aulète et du xyleus. Des listes de prêtres, découvertes à Olympie, confirment ce témoignage et montrent le rôle important joué par les exégètes", qui s'appellent aussi périégètes t8. Mais nous ne savons rien' de précis sur les relations qui existaient Olympie entre les prêtres et les exégètes. C'est par une simple induction que Beulé les appelle « les instructeurs des jeunes prêtres et des sacrificateurs novices, les EXE 885 EXE grands maîtres des cérémonies. u Les textes ne nous apprennent pas cela49. L'ancien code de lois à Syracuse était écrit dans un dialecte difficile et obscur : Timoléon le fit reviser par le corinthien Céphale, que l'on appela l'exégète du code de Dioclès 50. C'est dans le même sens qu'il faut entendre les fonctions de l'iç~y-T'ç Tmv AuxoupyEt«9v, mentionné dans une inscription de Sparte, appartenant à l'époque impériale, qui a été copiée par Fourmont53. Les exégètes officiels à Sparte, qui s'occupaient des rapports entre l'État et Delphes, s'appelaient IIaOtot 62. Hérodote mentionne des exégètes officiels à Telmessos, auxquels s'adressa Crésus53. II. A côté des exégètes officiels, il y avait des interprètes libres des oracles, des prodiges, des songes", tantôt comblés d'honneurs, tantôt plus ou moins déconsidérés, qui s'attachaient principalement, semble-t-il, à tirer des inductions relatives à un cas déterminé d'une foule d'oracles et de prophéties réunis par leurs soins". « Le mot E,711,'rT77ç employé seul a un sens peu précis, parce qu'il convient à tous les devins et même à ces « conjecteurs » de bas étage qui disent la bonne aventure56 Ainsi le Superstitieux de Théophraste s'en va 7cp'oç Tôv é,71Y71t v67. Hésiode passait pour avoir écrit des é,1Yiiactç let T€paO'ty 58. Pausanias parle d'« oracles des exégètes59 ». Lorsque la philosophie eut doté la divination intuitive d'une théorie rationnelle, tous les organes de la révélation ainsi obtenue purent être considérés comme des interprètes de la pensée divine. 'E,71Yiyr4s devenait par là synonyme de TepotKrilç ou 75pdµavTtç. Les pythies, sibylles ou chresmologues étaient les interprètes d'Apollon, et Apollon l'interprète de Zeus. Longtemps avant que Themistius 6° n'eût appelé Bakis et Amphilytos 7cpopïl'ai et 0,71 y7;Tal Toû Ao,tou, Platon 81 avait dit d'Apollon luimême : b Osbs..• Éai tore ô(7.tpale xaO-11N.Evoç É11ytïTat. Exégète, dans ce système, devint si bien synonyme de prophète, qu'on peut dire inversement les « prophètes d'Aristote 62 » au lieu des exégètes ou commentateurs d'Aristote. Ainsi, sans sortir de la divination proprement dite, exégète signifie : 1° devin consultant ; 2° collecteur et commentateur d'oracles; 3° prophète qui rend des oracles au nom d'autrui. Pour distinguer de l'exégète le chresmologue indépendant, il eût fallu employer des termes que l'on trouve, en effet, plus tard dans la langue, appelant le premier xricip.o1cotdç 83, l'autre xpytl2.o1 'r 64 » En réalité, l'exégète cumulait souvent l'offre du chresmologue, et réciproquement. C'est aux exégètes que l'on doit la composition, et sans doute en partie la fabrication de ces recueils d'oracles qui circulèrent jusqu'aux derniers jours du paganisme. A l'époque de la guerre du Péloponnèse, Lampon était à la fois exégète, harus 49 Cf. Maury, Relig. de la Grèce, t. II, p. 404. 90 Diod. Sic. XIII, 35; cf. 0. Müller, Die Dorier, t. II, p. 157. 61 Corp. inscr. gr. 1364; cf. 0 Müller, Die Dorier, t. II, p, 247. 52 Herod. 1, 67 ; VI, 57 ; Suid. et Phot. s. v. „ 49,°,. Cf. Bouché-Leclercq, Hist. de la divin. t. II, p. 218. 63 Herod. 1. 78. 64 Paus. V, 23, 6; Poil. VII, 188. 55 Cie. Divin. 1, 18; Schol. Aristoph. Pat. 1029, 1044; Zachar. Schol. De mundi opific. p. 208. Cf. Bouché-Leclercq, Hist. de la divin. t. II, p. 219. 56 Bouché-Leclercq, Hist. de la divin., t. III, p. 219-220. 57 Theophr. Char. 16. C'est peut-être un exégète officiel, mais le doute est permis. 58 Paus. Ix, 31, 4. 69 Paus. I, 34, 4 (s2o llx7nsc3 zpveosic.) Un certain lophon de Cnosse aurait mis ces oracles en vers. 60 Themist. Graf. II, p. 26; III, p. 46; XX, p. 235. 61 Plat. Hep. IV, p. 427. 62 Themist. ibid. Cf. le Thesaurus d'Estienne Didot, s. v. e?sIe .m. 63 Luc. Alea. 23. 64 Schol. Lycophr. 494. 66 Schol. Aristoph. Nub. 337; Bekker, Anecd. t. 1, p. 96. 66 Diod. XII, 10. 67 P",,t. Praec. reip. ger. 15. 63 Alexandre, Excusa. ad. Sibyfi. p. 141-147. 69 1 '_.. Agen. 3; Lysand. 22; cf. Bouché. pice, chresmologue et devin65. C'est lui qui conduisit axec Xénocrite la colonie de Thurii 66, dont il fut appelé plus tard l'oixt6T7iç 67. Dans la Paix d'Aristophane, Hiéroclés d'Oréos apparaît comme un exégète qui s'occupe à. l'occasion d'extispicine. Aristophane a plusieurs fois raillé ces exégètes charlatans, qui prétendaient lire l'avenir dans des recueils d'anciens oracles 68. A Sparte, nous voyons l'exégète et chresmologue Diopithès jouer un rôle important après la mort du roi Agis, où Lysandre combattit avec succès son interprétation d'un oracle d'Apollon69. Thémistocle s'était de même érigé en exégète lorsqu'il interpréta à sa manière l'oracle de Delphes, recommandant aux Athéniens de s'abriter derrière des murailles de bois 70. Ainsi l'exégète est analogue, dans sa sphère, au prudent chez les Romains et ne participe pas à l'infaillibilité de l'oracle 71. C'est à la classe des exégètes libres que se rattachent les aretalogi72, que l'on a pris autrefois à tort pour des bouffons73, mais où nous avons pu, grâce à des inscriptions découvertes à Délos7', reconnaître des interprètes de prodiges et de présages, analogues aux dvEtpoxptTat ou interprètes de songes75. III. Dans l'acception dé guide des étrangers, de cicerone, l'exégète est mentionné par Strabon en Égypte 76, mais c'est surtout Pausanias qui nomme souvent les exégètes, à Andanie 77, à Argos 78, à Élis 79, en Lydie 80, à Mégare k1, à Olympie 82, à Patras 83, à Platées 84, à Sicyone85, à TrézèneH6. Tantôt il parle d'un seul exégète, tantôt de plusieurs; lorsqu'il est question de l'exégète Tcûv É7ctxt»pit»v, c'est toujours au singulierfl7. Dans un seul cas, l'exégète est un guide effectif, qui conduit Pausanias à l'endroit appelé Rhoun88. Les exégètes sont les conservateurs et les interprètes des légendes locales; ils expliquent l'origine des noms 89, savent les noms de lieux tombés en désuétude90, renseignent sur la périodicité des fètes9l, sur la signification des oeuvres d'art92, sur les traditions mythologiques93, souvent avec une prolixité dont se plaint Plutarque 94. Pausanias, qui leur doit beaucoup, ne se fait pas faute de les contredire à l'occasion; il parle de discussions qu'il a soutenues avec eux9fi, des conflits d'opinion qui se produisaient entre exégètes de villes voisines 96, plusieurs fois de leur peu de science, à laquelle supplée son érudition97. « Ces hommes, dit-il, n'ignorent pas que tout ce qu'ils racontent n'est pas vrai; ils le racontent cependant, car il est difficile d'aller à l'encontre des croyances populaires98. » Outre les passages où Pausanias nomme les exégètes, il y en a beaucoup d'autres où il rapporte des conversations avec les gens bien renseignés du pays ou les connaisseurs d'antiquités, ol Tà âpxaia (-va sovcdoier8q"• Avant Pausanias, Polémon avait écrit un grand ouvrage en compilant de Leclercq, Hist. de la divin. t. II, p. 222. 70 Herod. VII, 141; Polyaen. Sirat. I, 30, 1. 71 Cf. Bouché-Leclercq, op. laud. t. II, p. 233. 72 Suet. Aug. 74; Juv. Sat. XV, 13; Lex. Philod. p. 13, 21 ; Pseud. Maneth. IV, 446; Aus. Epist. 13. 73 C'est l'opinion qui a été exposée à l'article Aeer0r.oava du Dictionnaire. 74 Bull. de torr. hell. 1882, p. 327, 339. 75 Bull. de torr. hell. 1885, p. 257; cf. Foucart, ibid. 1889, p. 168. 76 strab. XVII, 1, p. 806. 77 Paus. IV, 33, 6. 73 Ibid. II, 23, 6. 79 Ib. V, 6, 6 et 21, 8, 9. 80 Ib. 1, 35, 8. 81 Ib. 1, 42, 4. 82 Ib. V, 10, 7 et 18, 6; 20, 4. 83 Ib. VII, 6, 5. 84 Ib. IX, 3, 3. 83 Ib. II, 9, 7. 36 Ib. II, 31, 4; V, 10, 7. 87 lb. I, 13, 8; I, 41, 2; VII, 6, 5; 1X, 3, 3. 88 Ib. 1, 41, 2. 89 Ib. I, 35, 8; IV, 33, 6. 90 Ib. 1, 41, 2. 91 Ib. IX, 3, 3. 92 lb. V, 18, 6 ; V, 21, 8. 93 lb. I, 35, 8. 94 Plut. De Pyth. orac. 2. 95 Paus. 1, 35, 6. 26 Ibid. V, 10, 7. 97 Ib. I, 31, 5 ; 42, 4 ; 11, 31, 4; 1X, 3, 3. Cf. Kalkmann, Pausanias der Perieget, p. 46. 98 Paus. Il, 23, 6. 99 Voir la liste de ces passages dans Gurlitt, Ueber Pausanias, p. 91; cf. Kalkmann, Pausanias, p. 45. même les témoignages des ciceroni locaux t00. D'autres auteurs mentionnent des ciceroni à Syracuse 1", à Athènes et à Olympiei07, àRhodes f03, à Delphes104, à. Ilioni0', etc. Les exégètes avaient parfois mis par écrit les traditions dont ils conservaient le souvenir : ainsi Pausanias cite Lycias, b -t' v É7etzlaplcoo Eçriyri~~s, qui avait décrit en vers les antiquités d.'Argos'0fi, et un certain Aristarque b 'ciao 'O?,u(r.7cicaty i riyri'cr,ç109 dont il paraît avoir consulté le livre. Des écrits de ce genre, aujourd'hui perdus, subsistaient peut-être encore au xve siècle f°3. Le mot périégète ne se rencontre pas dans Pausanias, et l'on a supposé qu'il a préféré celui d'exégète à cause de son caractère religieux1'9. Mais, à l'époque impériale, la désignation de périégète tend à prendre le dessus : c'est le nom donné aux guides d'Ilion dans une lettre de Julien 1", à ceux de Delphes par Plutarque 111, et Lucien parle même du périégète d'une statue 112, alors que le prétendu Longus se sert dans la même acception du mot exégète'''. II est certain que le caractère de l'exégète ou du périégète, religieux à l'origine, se transforma de plus en plus lorsque la Grèce devint, comme l'Italie moderne, un lieu de prédilection pour les touristes. Cependant certains indices portent à croire que des villes avaient des périégètes ou exégètes officiels, dont il est impossible, dans Pausanias, de distinguer les ciceroni sans mandat. Une inscription athénienne 114 mentionne un personnage, fils d'un exégète des Eupatrides et de la fille d'un périégète à vie, 'cou â piou trEptv,yAcoc. Un 7°.EpttyrTt.r,ç xal mentionné sur une épitaphe d'Argos"°. Plus anciennement, on trouve à Délos" un alexandrin, parent de Ptolémée III, qui porte les titres d'exégète, d'F72i 'ciao iatipua' v et de surveillant du Musée. La confusion de l'exégète, auteur d'ouvrages archéologiques et périégétiques, avec l'exégète chresmologue on interprète des prodiges, paraît déjà clairement dans la personne de l'Athénien Philochore, auquel on devait, outre sa grande Histoire de l'Attique ('Ae0(c, 'A'câficg), des traités sur la mantique, les sacrifices, les mystères, les purifications, etc. ; Proclus l'appelle Eça yriP ,c Tâ,v notvptcnv "', alors que Suidas le traite de devin et d'haruspice. Plusieurs des exégètes locaux consultés par Pausanias réunissaient probablement ces deux caractères et occupaient, en cette qualité, une situation officielle. S. REINACa.