MONETARII. Nous réunirons sous ce titre les notions qui se rapportent aux officiers monétaires, ainsi qu'aux ouvriers et artistes de cette fabrication.
On ne sait rien de positif sur les magistrats qui étaient chargés de surveiller et de diriger la fabrication des monnaies dans les villes grecques au temps de leur indépendance. C'est à peine si l'étude attentive des monuments numismatiques fournit à ce sujet quelques observations.
A Athènes, les tétradrachmes de la seconde série (à partir de 220 av. J.-C. environ) montrent constamment les noms de trois personnages qui interviennent pour donner leur garantie à la monnaie 1. Les deux premiers sont des magistrats annuels; le nom du troisième change douze fois pendant l'année de fonctions des deux premiers officiers ; sa charge avait donc la durée d'une prytanie :PRYTASEIA.Mais les pièces ne portent que les noms propres de ces magistrats et jamais l'indication de leur qualité. Les inscriptions attiques, si riches pourtant en documents sur la constitution de la cité, ne contiennent non plus aucune donnée sur la nature des officiers monétaires. Il faut donc se borner là-dessus à de pures conjectures plus ou moins vraisemblables.
Beulé a pensé que le premier nom, inscrit avant tous les autres sur les tétradrachmes d'Athènes, devait être celui du magistrat politique, préposé à la monnaie, exerçant une haute direction, responsable plutôt que compétent. S'il y a une place d'honneur sur les monnaies, c'est celle-là, car on la trouve occupée quelquefois par des personnages considérables, par le roi Mithridate 2, par Antiochus IV de Syrie, avant qu'il fût roi par Aristion,
Londres, 1890; G.-F. Hill, Coins of ancient Sicily, Wesminster 1903; Ludwig
F. Feuardent. Numisns. Égypte ancienne, Paris, 1870-73 ; G. Datlari, lVumi Augg.
15 L. 9, Cod. Theod. h. tif. 16 L. 10, eod. BssWOOaaeuu.. Platner, Quaest.
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Après Gallien, en même temps que cesse le monnayage des villes grecques et des colonies latines d'Orient, les lettres SC disparaissent des pièces de bronze de coin romain. Dans le silence des historiens, qui nous ont ont transmis si peu de renseignements sur cette période, on doit en conclure avec toute vraisemblance qu'Aurélien mit la main pour l'autorité impériale sur la totalité du droit de monnayage. Ce fut sans doute à la suite de la révolte des monnayeurs 1, qui fut le point de départ de ses réformes dans le numéraire rAl-REus . Sous Tacite et Florien, il y eut un retour momentané aux anciennes pratiques, et les lettres SC reparurent sur la monnaie de cuivre où elles avaient cessé de figurer. Mais depuis lors on ne les revoit plus jamais.
Lorsque Dioclétien reconstitua l'Empire et fortifia d'une manière encore plus complète que ses prédécesseurs le système de centralisation qui y présidait, il n'eut garde d'abandonner à personne le droit important qu'Aurélien avait ainsi placé tout entier au pouvoir du souverain. La révolution considérable qu'avait opérée ce dernier prince dans l'organisation du système de monnayage de l'Empire demeurait incomplète tant qu'on n'avait pas organisé un autre système. Cette oeuvre, les troubles qui avaient désolé le monde romain n'auraient pas permis de l'entreprendre ; Dioclétien la réalisa. Depuis longtemps déjà l'or et l'argent impériaux circulaient dans tout l'Empire ; mais il n'en était pas de même pour le bronze. La monnaie d'appoint, en cuivre ou en tout autre métal, ne se transporte pas à de grandes distances : elle circule seulement là où elle a été frappée et dans un rayon restreint aux alentours. Aussi, jusqu'au règne d'Aurélien, nous en avons la preuve par la rareté excessive des découvertes de bronzes de coin romain dans les contrées helléniques ; la masse du cuivre circulant comme monnaie d'appoint dans l'orient de l'Empire était exclusivement composée de monnaies frappées par les villes grecques. Entre Aurélien et Dioclétien on avait cessé de frapper de ces monnaies, mais comme la fabrication des monnaies officielles impériales n'avait pas été implantée en Orient, la masse du cuivre dans la circulation de cette moitié du monde soumis à Rome était restée la même, composée des pièces anciennement émises. Dioclétien, voulant qu'il n'y eût plus qu'une seule monnaie ayant cours dans l'Empire, aussi bien pour le bronze que pour l'or et l'argent, celle de l'empereur, dut, pour atteindre un tel résultat, beaucoup multiplier les officines de fabrication de ces monnaies dans les provinces. Mais en multipliant ces ateliers il fallut, pour arriver à un contrôle régulier de comptabilité dans la fabrication, distinguer
au moyen de marques particulières les émissions des différents ateliers. C'est ainsi que s'introduisit l'usage, continué par tous les successeurs de Dioclétien en Orient et en Occident, d'indiquer sur les monnaies, au moyen des initiales de leurs noms, les lieux où elles étaient fabriquées, tandis qu'avant cet empereur, à bien peu d'exceptions près, on n'avait jamais inscrit de semblables indications sur la monnaie romaine Les marques d'ateliers monétaires provinciaux sont, en effet, extrêmement rares avant Dioclétien, et on n'en connaît pas une seule sur des pièces antérieures à Gallien 't.
Le système du monnayage concentré entre les mains de l'autorité suprême se maintint tel qu'il avait été établi par Dioclétien, jusqu'au moment où les rois des barbares qui avaient envahi l'empire s'arrogèrent, sur la monnaie frappée dans leurs États, le droit que les empereurs s'étaient réservé à eux seuls. Ce ne fut pas, du reste, d'une manière uniforme qu'ils se mirent en possession de ce droit. Tandis que les Vandales d'Afrique, immédiatem int après la constitution de leur monarchie, commencèrent à battre monnaie à leur propre nom, comme des princes entièrement indépendants ', les rois des Francs, des Burgundes, des Goths d'Italie et des Wisigoths de l'Espagne et de l'Aquitaine, pour lesquels le prestige de l'autorité impériale était beaucoup plus grand, et qui gardaient dans la forme vis-à-vis des souverains régnant à Byzance les liens d'un vasselage nominal, n'osèrent pas du premier coup consommer cette usurpation. Nous avons les monnaies d'or de Théodoric, de Sigismond, de Gondebaud, etc. e Ce sont toutes des pièces au nom et à l'effigie des empereurs, semblables à celles que l'on frappait à Constantinople ; seulement ]e monogramme contenant les lettres du nom du roi barbare s'y glisse subrepticement dans le champ du revers, ou bien les légendes y sont altérées intentionnellement pour contenir des noms de villes ou de princes. L'ancienne idée du privilège impérial spécialement attaché à la fabrication des espèces d'or se maintenait encore entière, car quelques-uns des rois ostrogoths et burgundes, tandis qu'ils n'osaient pas usurper ce métal, frappèrent de petites pièces d'argent et de bronze d'un caractère plus indépendant, quoique toujours avec la mention de l'empereur'. Mais le premier roi de l'Occident qui osa ouvertement prendre possession du droit monétaire complet, et émettre des espèces d'or frappées à son propre nom, fut Théodebert, roi d'Austrasie, après ses victoires en Italie et la reconnaissance par Justinien de ses acquisitions territoriales dans la Provence a. L'exemple de Théodebert fut bientôt suivi par d'autres ;
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Sévère eut accepté I'association de son rival Albin, llérodien 1 a soin de nous apprendre que, pour montrer à celui-ci combien il avait agi sérieusement et de bonne foi, il fit fabriquer à Rome des monnaies au nom d'Albin. Vopiscus 2 se sert des monuments numismatiques pour prouver qu'en Égypte Firmus a été réellement empereur et non pas chef de brigands, comme quelques-uns l'avaient prétendu. Enfin, Ammien Marcellin 3 nous raconte que les partisans de Procope, un moment rival de Valens, entraînèrent l'Illyrie dans sa cause en faisant circuler, pour prouver qu'il était véritablement souverain, des monnaies à son effigie. Si, après les auteurs, nous consultons le témoignage des monnaies antiques elles-mêmes, nous y voyons que tous les prétendants à l'empire, même ceux dont les entreprises furent les plus éphémères, firent au moment de leur proclamation des émissions numismatiques, et que nous possédons encore des monnaies d'un certain nombre de ces prétendants dont les noms sont à peine cités par les historiens, tels que Saturninus fl et Domitianus 3, au temps des Trente Tyrans.
Si toute la monnaie portait désormais l'effigie de l'empereur, Auguste, dans sa politique de respect extérieur pour les formes de l'ancien gouvernement républicain, qu'il faisait cadrer avec l'établissement du pouvoir absolu, ne s'était pas emparé d'une manière exclusive du droit monétaire. Il en fit deux parts ; à l'empereur, il attribua l'émission de la monnaie d'or et d'argent, qui prit dès lors le nom de moneta auraria, argentaria Caesaris, que l'on voit dans quelques inscriptions ; au Sénat il laissa, comme une ombre de son ancienne autorité sur cette matière, la décision et la réglementation du monnayage du cuivrez. Le partage semble, d'après les monuments numismatiques eux-mêmes, avoir été établi pour la première fois en 739 de Rome (15 av. J.-C.)
moment où l'on reprit à Rome la fabrication de la monnaie de cuivre, abandonnée depuis assez longtemps dans les ateliers urbains 9. Mais ce fut seulement en l'an 11 de l'ère chrétienne que fut réglée définitivement la forme du monnayage sénatorial à l'effigie de l'empereur 1Q.
La division du droit monétaire en deux parts fut longtemps respectée. C'est à cause de cela que toutes les monnaies de cuivre romaines portent les lettres SC, initiales des mots Senatus consullo, et que de certains empereurs qui, comme Othon et Pescennius Niger, ne furent pas reconnus par le Sénat, il existe des pièces d'or et d'argent, et point de cuivre ". Une seule fois, semble-t-il, Néron essaya d'usurper le droit sénatorial, mais sa tentative n'eut pas de suite12. « Le Sénat, dit très justement M. Mommsen 13, tirait un double avantage de cet état de choses : d'abord il y trouvait un profit matériel assez considérable, puis il conservait le droit d'interdire à l'empereur d'émettre de la monnaie d'une valeur fictive...Cette habile précaution de placer l'émission du numéraire de valeur nominale sous le contrôle de la publicité et de la sauvegarde du Sénat peut être comparée à ce qui se voit de nos jours, quand les gouvernements ont recours à la sanction de l'opinion et au contrôle des grands corps de l'État, lorsqu'il s'agit d'émettre
des valeurs en papier. Le but que l'on se proposait fut parfaitement atteint, car la dépréciation de la monnaie romaine ne vint pas du cuivre, mais de l'argent [AUREUS[, et cependant on peut dire que le numéraire en cuivre aurait dû être la partie faible de la monnaie romaine, puisque ce métal n'avait depuis longtemps plus qu'une valeur fictive, et que cependant on s'en servait même pour payer des sommes considérables. »
Il y avait dans les différentes parties de l'Empire un certain nombre d'ateliers pour la monnaie d'or et d'argent de l'empereur; Strabon 14 en signale un à Lugdunum. On fabriquait aussi quelquefois cette monnaie dans
les camps, pour le service des armées [CASTRENSES NUMMII.
En revanche, la monnaie de cuivre sénatoriale destinée à la circulation des provinces d'Occident se frappait toute exclusivement à Rome même '°. Il y avait seulement un second atelier sénatorial à Antioche, pour l'Orient, et les produits de cet atelier, très caractérisés par leur aspect et par leur fabrique, portent aussi les lettres SCi6.
Si l'empereur s'était réservé la fabrication de l'argent et de l'or, c'est à la monnaie d'or qu'était particulièrement réservée l'idée d'un privilège impérial supérieur et décisif. Comme nous l'avons déjà dit, les empereurs autorisèrent sur quelques points un monnayage provincial d'argent, à demi autonome ; ils laissèrent assez facilement les rois vassaux battre des espèces d'argent, et ne chicanèrent jamais non plus à ce sujet les souverains des royautés indépendantes situées en dehors des limites de l'Empire. Mais pour la monnaie d'or, ils ne tolérèrent son émission par aucun prince vassal ; seuls les rois du Bosphore Cimmérien 17 furent autorisés à frapper de la monnaie d'électrum à cause des conditions économiques particulières du pays, où la circulation se composait exclusivement d'électrum et de cuivre 18, sans argent. Encore l'effigie des empereurs dut être placée sur les espèces d'or en même temps que celle du roi, de manière à en faire une monnaie impériale autant que royale.
Il y a plus : en Orient comme en Occident, la suprématie de l'Empire était si généralement reconnue que pendant plusieurs siècles les États plus ou moins indépendants qui l'avoisinaient n'essayèrent pas d'empiéter sur le privilège impérial en fabriquant de la monnaie d'or. Les Parthes eux-mêmes, sous les Arsacides, n'eurent point de monnaie de ce métal ; les Sassanides en fabriquèrent en petite quantité au moment de leur avènement et continuèrent à le faire avec des interruptions fréquentes et prolongées. La cour de Byzance ne reconnut jamais formellement ce droit au roi de Perse te. Ceci explique la rareté des pièces d'or des Sassanides, qui ne semblent avoir été émises qu'aux époques où ces princes obtenaient des succès signalés dans leur lutte contre l'Empire. Justinien Rhinotmète (de 670 à 711) déclara encore la guerre aux Arabes, parce qu'ils avaient payé le tribut en pièces d'or marquées d'un nouveau type arabe, et non en pièces à l'effigie impériale 20. Des peuples aussi éloignés de l'action directe des armes romaines que les Homérites de l'Arabie méridionale et les Abyssins d'Axoum pouvaient seuls alors fabriquer de la monnaie d'or paisiblement et sans être inquiétés 2f.
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colonies étaient accordées par le gouverneur de chaque province pour le temps de son gouvernement, d'où les légendes comme PERMissu PROCOn-Sulis, et devaient être renouvelées par son successeur. Plus tard, ces permissions ne sont plus guère mentionnées ; « il semble, remarque M. Mommsen, que, depuis qu'elles n'étaient plus que temporaires et du ressort du gouverneur, elles se confondirent petit à petit avec la surveillance générale et le contrôle supérieur que les gouverneurs avaient toujours exercés sur le monnayage des villes et des États nominalement libres sous la suzeraineté de Rome ». Ce n'est que sur les monnaies de Corinthe du temps de Domitien qu'on lit encore PERMissu IMPeratoris, parce que la ville reçut de nouveau de Domitien le droit de monnayage que Vespasien lui avait enlevé'.
Après Auguste, la fabrication des monnaies, dont il avait si largement octroyé la permission aux colonies, cesse dans celles du midi de la Gaule, comme Nemausus et Vienne, en Sicile et en Afrique, à l'exception de la seule ville de Babba, qui frappa la monnaie coloniale jusque sous Galba z. Les émissions des colonies de l'Espagne ne dépassent pas le règne de Caligula. Lugdunum, après avoir frappé au commencement du règne d'Auguste des monnaies de cuivre avec son nom de COPIA 3, voit sortir de ses ateliers, jusqu'à l'avènement de Néron, les bronzes de tout module, au revers de l'autel de Rome et d'Auguste où la ville n'est plus mentionnée, monnaies qui semblent plutôt provinciales que coloniales. Elles durent en effet être émises pour circuler dans presque toute la Gaule, bien que les nombreuses contremarques, qui s'y voient apposées et sont les mêmes que sur les coloniales de Nemausus prouvent qu'elles n'avaient pas le caractère de monnaie impériale à cours forcé [IxcusA SIGNA]. En Orient, le droit monétaire accordé aux colonies se prolonge autant que le même droit accordé aux villes grecques et cesse de même au règne d'Aurélien.
Il nous reste, pour terminer cette étude sur le droit monétaire dans l'antiquité, à porter maintenant nos regards sur la série romaine proprement dite. Là, nous allons trouver le droit de monnayage constamment attribué, sous la République et sous l'Empire, à la souveraineté. Pendant toute la durée des temps républicains, c'est au nom de l'État et sous sa garantie officielle que sont battues les monnaies. Les plus anciennes ne portent que des types religieux assez uniformes et le nom de la ville, ROMA. Plus tard, on permet aux magistrats monétaires d'inscrire leurs noms sur les espèces métalliques, comme dans les villes grecques, et de joindre ainsi leur garantie personnelle à la garantie de l'État. Et quand la monnaie a été frappée, dans des circonstances exceptionnelles, par d'autres que les magistrats ordinairement et régulièrement chargés de ce soin, par d'autres que les triumvirs monétaires, on a toujours la précaution d'indiquer l'origine de la dérogation aux habitudes, en vertu d'un décret du Sénat a [MONETARH]. Avec la corruption du gouvernement républicain, une nouvelle licence est accordée aux monétaires : c'est de varier à l'infini les types, en faisant retracer sur la mon
naie des sujets relatifs à l'histoire ou à la dévotion particulière de leurs familles et d'y introduire l'effigie des hommes illustres de ces familles. Malgré cette licence, c'est toujours à l'État qu'appartient le droit monétaire . Le signe caractéristique depuis Alexandre de la possession du monnayage par un seul homme, le droit d'y faire représenter ses traits, est refusé à tous les citoyens, quelque puissants qu'ils soient. Sylla lui-même, dans ses années de pouvoir absolu et sans contrôle, n'ose pas l'usurper. César, le premier, en saisissant la puissance souveraine, prend possession de la monnaie et,, comme maître exclusif du droit de la frapper, y fait reproduire son effigie. S'il agit ainsi, du reste, c'est parce que, jusque dans Rome même, il se met à exercer le droit monétaire à titre d'imperator, dans toute la plénitude avec laquelle les lois de la République l'avaient laissé exercer jusqu'alors par les généraux à la tète d'une armée en cam
pagne [cASTBENSES NUMMI]. En effet, l'exemple du statère
d'or de T. Quinctius Flamininus prouve que les imperatores, dans les émissions de monnaies qu'ils faisaient frapper en territoire étranger pour les besoins de leurs soldats, n'étaient pas considérés comme coupables envers la République s'ils y faisaient représenter leur effigie. Cette origine légale de l'apparition de la tète de César sur les monnaies explique comment, après sa mort, son exemple fut suivi, non seulement par les triumvirs, mais par ceux-là mêmes qui se donnaient pour les restaurateurs et les derniers défenseurs de la République, par Brutus et par Sextus Pompée. Leurs pièces d'or et d'argent étaient des monnaies militaires, émises en même temps que les monnaies sénatoriales, lesquelles n'avaient pas d'effigie d'homme vivant 8. Pendant le règne d'Auguste, le droit d'effigie sur les monnaies provinciales appartenait aux proconsuls d'Asie et d'Afrique 9 et quelquefois aussi jusque sous le règne de Claude ".
Une fois l'empire constitué, le droit de placer son effigie sur les espèces monétaires devint, sauf les exceptions que nous venons de signaler et qui cessa bientôt, un des premiers et des plus essentiels attributs du pouvoir impérial. Aussi voyons-nous les souverains montrer sur ce sujet une excessive jalousie. On accuse auprès de Commode Perennis, préfet du prétoire, d'aspirer à l'Empire. Commode refuse d'abord de croire à cette délation, mais est convaincu, quand on lui apporte des essais de monnaies avec la tête de ce personnage
Sous Elagabale, Valerius Paetus, ayant fait frapper des pièces de plaisir en or où ses traits étaient retracés, est condamné à mort, comme ayant usurpé un droit souverain, bien qu'il prouve avoir destiné ces pièces à composer simplement des bijoux pour ses maîtresses '0 Dès que les légions ont proclamé un empereur, son premier soin, pour constater sa prise de possession de l'autorité, est de faire battre monnaie à son nom. Tacite t9 nous montre Vespasien, acclamé par l'armée de Syrie, s'empressant de faire immédiatement frapper de l'or et de l'argent à Antioche. Lampride ''P dit qu'aussitôt après que Macrin eut accepté le pouvoir, on battit monnaie dans Antioche au nom de Diaduménien, pour montrer que son père l'associait à l'Empire. Quand Septime
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le privilège d'émettre, en plein temps de l'Empire, un monnayage purement autonome, ne portant que leur nom et leurs types, sans mention du prince qui régnait à Rome et qui les tenait réellement dans sa main.
A mesure que l'on avance dans la durée de l'Empire, on voit le privilège monétaire des villes grecques diminuer, devenir illusoire et purement honorifique, se restreindre aux occasions de la célébration de ces jeux solennels qui tenaient une si grande place dans la vie du monde hellénique, sous la domination romaine. Sous Aurélien enfin, la fabrication de cette série que les numismates désignent sous le nom d' « impériales grecques » cesse complètement '. Sans qu'aucun écrivain de l'antiquité mentionne ce fait, nous voyons par les monuments monétaires eux-mêmes, qu'à ce moment toutes les permissions de monnayage accordées à des cités cessèrent et qu'il n'y eut plus dès lors dans tout l'Empire que la monnaie officielle et uniforme, frappée par le gouvernement et sous sa garantie, au nom et à l'effigie de l'empereur. Ce fut là un des points principaux des réformes monétaires dont Aurélien s'occupa spécialement [AUREDS]. Alexandrie seule garda quelque temps encore sa fabrication monétaire distincte, qui lui fut définitivement enlevée à la fin du règne de Dioclétien 2.
En même temps que les villes grecques auxquelles on accordait une sorte .de liberté nominale, les colonies romaines, au début du temps des empereurs, reçurent presque toutes le droit d'émettre, sous la garantie de leurs magistrats municipaux, des monnaies de cuivre du même système que la monnaie générale de l'Empire, avec la tête et le nom du souverain, et au revers le nom de la colonie C'était une dérogation absolue aux anciens principes. Sous la République, la règle invariable du droit public en matière monétaire avait été celle-ci. Les colonies de citoyens et les villes dont les habitants avaient été admis au droit de cité complet, se trouvant complètement absorbées dans le peuple romain, n'avaient plus aucun droit de souveraineté locale ; par suite, elles ne battaient pas monnaie et faisaient usage des espèces officielles du gouvernement romain 4. Les colonies de droit latin, placées sur le même pied que les villes alliées, jouissaient, en revanche, du droit monétaire, sous le contrôle de l'autorité suzeraine de Rome. M. Mommsen a établi d'une manière décisives que, jusqu'en 4.86 de Rome (268 av. T.-C.), c'est-à-dire jusqu'au moment où commença le monnayage de l'argent dans la cité reine, le droit monétaire des colonies latines fut sans restriction, s'appliquant à l'argent comme au bronze. Mais à dater de 486 on le restreignit, pour assurer un cours plus étendu à la monnaie d'argent de Rome même'. Le monnayage de l'argent fut interdit à toutes les colonies, comme aux cités alliées. Peu après, vers 490 (264 av. J.-C.), Rome se réserva d'une manière exclusive la fabrication des monnaies pour toute l'Italie centrale. En même temps, le système de l'as fut imposé aux portions du midi de la Péninsule qui avaient eu jusque-là de la monnaie d'argent et employé d'autres systèmes moné
Cidres. Enfin, l'on enjoignit aux alliés qui conservaient encore un certain droit de monnayage et aux colonies latines qui fabriquaient encore des espèces locales, comme Bénévent, :Esernia, Brundisium, Copia, Valentia et Pæstum, de donner à leurs monnaies un poids inférieur à celles de Rome ; ainsi, l'on frappa dans ces villes des as semonciaux un siècle avant qu'à Rome l'as n'eût cessé d'avoir le poids d'une once. Plus tard encore, on interdit l'émission des as dans les colonies latines, et on ne permit plus d'y frapper que des petites monnaies divisionnaires. Cet état de choses dura jusqu'à la Guerre sociale et aux lois Julia et Plautia-Papiria (90 et 89 av. J.-C.), qui admirent tous les Italiens au droit de cité romaine. La conséquence de ces lois fut de supprimer définitivement tout monnayage local en Italie et d'y substituer l'emploi exclusif des espèces de Rome, en vertu du principe de droit public que nous signalions tout à l'heure. C'est ainsi qu'avec la fin de la Guerre sociale s'était terminé tout monnayage des colonies, aussi bien que des villes alliées d'Italie. Et quant aux colonies situées en dehors du territoire italien, comme elles avaient été fondées seulement à l'époque de la plus grande restriction du droit monétaire des colonies latines de l'Italie même, et comme, d'ailleurs, elles étaient pour la plupart colonies de citoyens, elles n'avaient jamais eu de monnayage avant l'époque impériale.
Le changement d'usages et de principes est absolu sous Auguste. Des colonies dont les habitants jouissaient de la plénitude des droits de citoyens, comme Corinthe et Sinope, des municipes, comme Gadès, battent monnaie. Déjà, vers l'époque da triumvirat, les nouvelles colonies de droit latin fondées en Gaule, Nemausus', Cabellio
Lugdunum avaient été momentanément admises à la plénitude du droit monétaire pour l'argent et pour le cuivre. Sous Auguste, le monnayage est général dans toutes les colonies, mais seulement pour le cuivre ; celles de l'Italie sont cependant exceptées de la règle et ne fabriquent pas de monnaies, sauf Pæstum, investie à ce sujet d'un privilège spécial par l'autorité du Sénat, ce qu'elle relate en inscrivant sur ses pièces PAE[stil Signatum Senatus Consulto ou De Senatus Sententiai0 Le droit nouveau de monnayage des colonies extraitaliennes à partir d'Auguste n'était plus, comme celui des colonies latines d'autrefois, l'apanage d'une souveraineté restreinte, c'était une concession, un privilège spécialement accordé par le souverain. Aussi bon nombre de monnaies coloniales mentionnent-elles l'autorisation particulière en vertu de laquelle la fabrication avait lieu ". Sous Auguste, l'autorisation devait être demandée à l'empereur lui-même, tant pour les provinces impériales que pour les provinces soumises à la juridiction du Sénat, d'où les légendes telles que : PERMISSV CAESARIS AVGusti, et, sur une monnaie de Patras, INDULGENTIAE AVGusti MONETA IMPETRATA. La concession alors était accordée une fois pour toutes ; c'est polir cela qu'on, lit PERMissu DIVI AVGusti sur les pièces coloniales espagnoles portant la tête de Tibère. Sous celui-ci, les autorisations monétaires nouvelles aux
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d'Auguste, les nombreuses pièces de bronze et les rares pièces d'argent à la légende MAKEAOND.N dont quelques-unes portent les noms des questeurs romains 1.
Il y a même plus. Quelquefois le gouvernement de Rome, en vertu de circonstances locales et particulièrement pour tirer profit des produits de mines en les faisant monnayer sur place et répandre dans le commerce sous forme d'espèces circulantes, le gouvernement de Rome parait avoir non seulement permis, mais prescrit à des peuples soumis, jouissant encore, du reste, d'une demi-autonomie, le monnayage de l'argent sur une grande échelle. Ainsi, tandis que les Carthaginois avaient interdit à l'Espagne la fabrication d'une monnaie d'argent locale pendant tout le temps qu'y dura leur suprématie, les Romains favorisèrent et développèrent cette fabrication sur le pied du denier de 81 à la livre [DENAHIESI dans presque toutes les cités espagnoles, depuis la première conquête jusqu'au temps de la guerre de Numance, époque oh la concession du droit monétaire parait avoir été uniformément révoquée pour la province entière 2
[ABGENTDM oscENSE]. De même, dans la Macédoine divisée
en quatre confédérations sous l'autorité romaine, de la bataille de Pydna (168 av. J.-C.) à la révolte d'Andriscus (1!i6 av. J.-C.), quand le Sénat eut ordonné, en 596 de Rome (158 av. J.-C.), de rouvrir les mines d'argent de cette contrée on accorda à la province dans laquelle les mines étaient situées le privilège d'émettre des pièces d'argent ; on l'y invita même de telle façon que cette province fabriqua des tétradrachmes dans une proportion tout à fait extraordinaire pour le peu de temps, huit ans seulement, qu'elle y fut admise r.
On peut dire, du reste, qu'à part quelques bien rares exceptions, la concession du droit monétaire n'avait lieu que pour les peuples et les cités qualifiés d«( alliés », c'est-à-dire libres de droit, s'ils étaient soumis de fait, et par conséquent possédant chez eux une souveraineté nominale, qu'on rendait, du reste, illusoire dans la réalité. C'est à ce titre que la ligue macédonienne, celle des villes de la province d'Asie ou celle des cités espagnoles jusqu'à la guerre de Numance, que des cités comme Syracuse, Marseille, Nemausus, Dyrrhachium, Apollonie d'Illyrie, Athènes et Rhodes, battaient monnaie, et cela, semble-t-il même, par suite du droit de leur position légale, plutôt qu'en vertu d'une autorisation particulière. A plus forte raison en était-il de même des États qui gardaient à leur tête des rois vassaux de Rome ; ceux-ci jouissaient de la plénitude du droit monétaire pour l'argent et le bronze, comme nous l'attestent les séries des chefs gaulois entre César et Auguste, et celles des rois de Numidie, de Mauritanie et de Cappadoce. Mais jamais le droit de monnayage ainsi conservé par les peuples, les cités ou les princes soumis à Rome ne parait s'être étendu jusqu'à l'or. La République se réservait exclusivement la fabrication de la monnaie de ce métal, sans la permettre à ses vassaux. Si des pièces d'or furent émises dans les provinces, ce fut par des généraux d'armées romaines, comme T. Quinctius Flamininus ou Sylla, agissant au nom de la souveraineté de Rome °.
Quand Mithridate s'empara momentanément d'Athènes, soumise de fait aux Romains depuis soixante ans, niais jouissant encore d'une liberté nominale qui se marquait par la continuation de la frappe de ses tétradrachmes d'argent, il fit aussitôt monnayer dans cette ville, comme pour proclamer d'une manière éclatante la rupture des liens avec Rome, un statère d'or aux types d'Athènes, sur lequel son nom figurait à côté de celui de la cité
C'est seulement à l'époque des guerres civiles que nous constatons deux uniques exceptions, deux concessions de monnayage d'or à des princes vassaux de Rome, et elles sont une des expressions les plus significatives du désordre de ces temps. Peu avant la bataille de Philippes (42 av. J.C.), Brutus, pour récompenser Coson, prince de Thrace, d'avoir ouvert ses trésors au parti républicain et ainsi causé sa propre perte, lui accorda l'autorisation de frapper des monnaies d'or, sur lesquelles on lit son nom écrit en entier en lettres grecques, à côté du monogramme en caractères latins indiquant le nom du général romain '. Un peu plus tard, Marc-Antoine permit à Amyntas, roi de Galatie, de frapper dans l'atelier de Sidé de Pamphylie des tétradrachmes d'argent 8.
Sous l'Empire romain, tandis que dans les provinces de l'Occident le gouvernement impérial se réservait le monopole de la fabrication de la monnaie, dans les provinces helléniques et occidentales il n'y eut pour ainsi dire pas une ville de quelque importance, même fort secondaire, qui ne jouit de la permission d'émettre des pièces monétaires à son nom. Seulement, beaucoup plus encore que sous la République, cette permission fut restreinte au monnayage du bronze. Quelques cités de premier ordre, comme Alexandrie d'Égypte °, Antioche de Syrie t0, Césarée de Cappadoce 11, Ephèse et Tarse '2, eurent seules le privilège de frapper de l'argent, mais cela à la condition formelle de l'émettre au nom et à. la tête de l'empereur régnant. Le conventus de la province d'Asie jouit aussi du même droit depuis Auguste jusqu'à Hadrien, et fabriqua, sans y mettre du reste aucune marque d'autonomie, des médaillons d'argent, d'un poids différent de celui des monnaies du même métal qui circulaient dans le reste de l'Empire, médaillons qui forment comme la continuation de la série des cistophores ". Mais ce sont là, dansla réalité, moins des monnaies à demi autonomes que des monnaies directement impériales, destinées à la circulation d'une province déterminée, d'après un étalon local. Aussi Ies pièces d'Alexandrie, par exemple, n'ont-elles aucunement le nom de la cité ou de la province d'Égypte. Quant aux villes qui étaient admises à monnayer le bronze en leur propre nom, pour que cette concession d'autonomie ne fût pas trop étendue et trop significative et pour marquer manifestement leur sujétion à l'autorité impériale, on leur imposa presque à toutes de ne fabriquer leurs monnaies qu'en y mettant sur la face principale l'effigie et le nom du souverain ou d'un membre de sa famille et le nom de la ville seulement au revers. Bien peu de cités durent, comme Athènes, au prestige qui s'attachait à leur nom une apparence d'autonomie plus complète et
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les pièces, émises au nom et sous la garantie du gouvernement royal, portaient la figure du souverain ; mais aussi les satrapes, soit héréditaires, soit nommés directement par le pouvoir, bien que lieutenants immédiats du roi, en frappaient, les signaient de leur nom, plaçaient même leur effigie'. Pharnabaze a laissé des monnaies frappées dans deux portions très différentes de l'Asie Mineure : à Lampsaque d'abord, ou plutôt à Cyzique, villes situées dans sa satrapie; ensuite à Tarse, où il fut envoyé pour organiser la flotte perse et conférer avec Conon en 393 avant notre ère 2. L'exemple de Pharnabaze est important, parce que pendant sa longue carrière ce satrape garda une fidélité inébranlable envers son souverain, et ne fut jamais en révolte ni ouverte ni secrète contre lui. Nous avons aussi des monnaies au nom de Tiribaze, et des pièces frappées par Datame, partie à Sinope 3 et partie à Tarse `. Les dynastes héréditaires de Carie, depuis Hécatomnus jusqu'à Othontopatès, ont tous battu monnaie, et il en est de même des dynastes des villes de la Phénicie et de Cypre, ainsi que de beaucoup d'autres princes du même genre °. Il est même parvenu jusqu'à nous un exemplaire des pièces frappées au nom du grand
Thémistocle dans la
ville de Magnésie, dont
le domaine utile lui
avait été concédé par
Artaxerxe, lorsque,
\~_u proscrit par les Athé
niens, il s'était réfugié
à sa cour'.
Après qu'Alexandre
eut fondé son empire sur les débris de la monarchie des Perses, une combinaison s'établit dans le monnayage entre le principe du droit exclusif de la souveraineté et le principe du droit municipal. Sous le fils de Philippe 1 et sous ses successeurs, rois de Thrace e, de Macédoine, d'Égypte e et de Syrie, toute la monnaie frappée dans l'étendue d'un État monarchique porta les types et le nom du roi, mais en même temps les autorités municipales des différentes villes où les pièces monétaires étaient fabriquées y donnaient une garantie particulière en marquant dans le champ le symbole ou le nom de la ville. Ce n'était pas une simple marque de l'atelier de fabrication, comme on en inscrivit sur les monnaies impériales romaines à dater du règne de Dioclétien et comme on en trouve sur les monnaies de tous les peuples modernes ; il y avait là l'indication d'une part positive prise par la ville et ses autorités dans l'émission des espèces monnayées. En effet, dans cet état de choses, plusieurs villes soumises au même roi pouvaient, avec une autonomie presque complète, conclure entre elles des conventions monétaires et commerciales, qui s'indiquaient par la réunion des symboles de ces villes sur les monnaies au nom royal. Quels étaient au juste la nature et l'objet de ces conventions, de ces alliances de villes soumises à une même autorité, c'est ce que l'état de la science ne permet pas
de dire, mais l'existence ne saurait en être contestée.
En même temps la fabrication de monnaies purement autonomes continuait dans toutes les villes qui avaient conservé leur liberté et leur indépendance de gouvernement. Les rois accordaient même ce droit à certaines des cités soumises à leur domination qu'ils voulaient favoriser d'une manière toute particulière. Ainsi Tyr f", Sidon" et Tarse t2 battirent une monnaie autonome pendant toute la durée de la domination des Séleucides. En Macédoine, Cassandre lorsqu'il fonda la ville d't ranopolist3 et Antipater, fils de ce prince, quand il bâtit Eurydicée ", leur concédèrent un semblable privilège. Quant à l'Asie Mineure, la politique habile des rois de Pergame, qui consistait à flatter la vanité des villes grecques soumises à leur sceptre en leur laissant les apparences de la liberté et de l'indépendance dans la forme extérieure, fit que la plupart des villes de cette contrée, usant de leur antique droit municipal, possédèrent un monnayage autonome tant que régnèrent les descendants de Philétère, tout comme elles l'avaient possédé sous la suzeraineté des rois de la race de Cyrus. La plupart des beaux tétradrachmes d'argent des villes de l'Asie Mineure doivent être attribués au temps de la domination des rois de Pergame. Il semble, du reste, qu'Alexandre et ses premiers successeurs avaient déjà traité ces cités d'une manière exceptionnelle et leur avaient permis, dans une certaine mesure, un monnayage autonome' ".
Arrive la conquête des Romains. Ceux-ci, sous la République, accordent par des concessions spéciales à un certain nombre de villes, dans les provinces qu'ils acquièrent par la force des armes ou qui se donnent spontanément à eux, le droit de monnayage en leur permettant une assez grande latitude d'autonomie municipale. Le plus souvent cette permission ne s'applique qu'au monnayage du bronze et le gouvernement romain se réserve le droit exclusif de frapper la monnaie d'or et d'argent qui circulera dans tous les Mats de la République. Cependant quelques cités, particulièrement favorisées à cause de leur gloire et de leur importance, conservent encore le droit d'émettre de la monnaie d'argent. Ainsi, pour ne citer qu'un petit nombre d'exemples, Athènes '6, Tyr et Sidon continuent sous la suzeraineté des Romains à frapper leurs tétradrachmes. Le droit monétaire, s'étendant alors jusqu'à l'argent, est aussi concédé à quelques provinces, où, au-dessous du proconsul, on a permis l'existence d'un gouvernement indigène et local commun à toute la province sous le nom de
aSvoSoç, xotvôv ou conventus [I OINON]. La monnaie porte
alors, soit un type uniforme dans quelque ville qu'elle soit frappée, soit le nom du peuple de la province (fig. 4303). C'est de cette manière que la province d'Asie continue à émettre après sa soumission aux Romains les médaillons d'argent cistophores [crsTOPnont] qu'elle avait commencé à frapper sous l'autorité des rois de Pergame, et que la Macédoine voit fabriquer sous le régime des proconsuls, entre la défaite de Philippe Andriscus et l'avènement
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fonte à la frappe interdite par (les lois de 326 ap. J.-C.', de 356 2 et de 3713.
Pour en revenir à la monnaie frappée, la monnaie normale et habituelle des Grecs et des Romains, il est bon de remarquer que l'infériorité de l'art monétaire moderne comparé à celui de l'antiquité, ne tient qu'à la différence des procédés employés On cherche avant tout, dans la monnaie moderne, que le flan qui reçoit les empreintes constitue un disque d'une régularité parfaite, aplati également sur toutes les parties de ses deux faces, de telle manière que les pièces puissent facilement se réunir et se conserver en piles. C'est, en effet, une grande commodité pour la conservation de l'argent et une sérieuse garantie contre des soustractions, car il suffit d'un coup d'œil pour s'assurer qu'une pile de monnaies n'a pas diminué de hauteur, sans qu'il soit nécessaire de compter pièce à pièce ou de recourir à la balance. En outre le numéraire moderne, avec ses bords mathématiquement réguliers et son épaisseur partout égale, ne permet pas de diminuer le poids du métal par le limage, opération qui s'exécutait avec la plus grande facilité sur les monnaies antiques et dont il n'était possible de s'apercevoir qu'en pesant les pièces. Il y a donc eu des raisons décisives et de véritable utilité pour adopter et conserver cette forme dans le numéraire destiné à la circulation, bien qu'elle soit fort défavorable à l'art, en obligeant le graveur à donner aux types un relief trop affaibli. Tout autre est l'aspect des monnaies antiques avec leur belle forme lenticulaire renflée au centre et amincie aux bords. La saillie du flan ajoute à la valeur de la partie centrale du type, sur laquelle le graveur a voulu appeler avant tout le regard, tandis que le champ va graduellement en s'effaçant vers les extrémités et n'a plus ainsi cette importance, qui dans nos médailles modernes écrase le type. C'est surtout dans les têtes décorant le côté principal des monnaies que la supériorité de la forme lenticulaire est frappante ; on y gagne une variété dans les plans, une fermeté et une puissance dans le modelé, une finesse dans les contours, fuyants et arrêtés tout à la fois comme les donne la nature, que l'on ne parviendrait pas à atteindre avec le système moderne ; le type monétaire arrive à égaler les plus belles oeuvres de la sculpture. La monnaie antique était frappée au marteau ; les monnaies et les médailles modernes ont été frappées par des moyens mécaniques d'une grande puissance, d'abord avec le balancier, puis de nos jours avec le bélier hydraulique. L'emploi de ces machines a produit une économie importante et une augmentation considérable de rapidité dans la fabrication ; mais l'art y a perdu. Le marteau, frappant moins rudement que le balancier ou le bélier hydraulique, n'écrasait pas le flan de la même manière et permettait ainsi d'éviter la dureté et la sécheresse de contours, qui est inconnue à la numismatique de l'antiquité. Le marteau, manié par un ouvrier habile, était d'ailleurs un instrument aussi obéissant à la volonté que le ciseau du sculpteur : le monétaire pouvait régler la force de son coup comme il l'entendait, de manière à faire porter inégalement la principale vigueur
VI.
de la frappe sur les différents points de la surface du flan et à donner plus de saillie et plus de valeur à certaines parties du type.
i° !Voiture du droit de monnayage dans l'antiquité 5 Dans l'antiquité comme dans les temps modernes, le droit de battre monnaie était généralement un attribut exclusif de la souveraineté. Chez les Grecs, avant l'époque d'Alexandre, ce principe ne souffre aucune dérogation. Là où la constitution était républicaine, on lit sur la monnaie le nom du peuple ou de la ville par l'autorité de qui elle était frappée, accompagné quelquefois, dans certaines cités, du nom ou du symbole du magistrat préposé au monnayage, qui ajoutait ainsi sa garantie personnelle de fonctionnaire àla garantie officielle de l'État. Là où la constitution était monarchique, comme en Macédoine, le nom royal est inscrit sur les monuments numismatiques, et dans les territoires soumis à l'autorité du souverain nous ne rencontrons aucune pièce portant le nom d'une ville. Seul parmi les rois grecs de cette période, Philippe de Macédoine, parmi les nombreux privilèges qu'il accorda, pour la faire rapidement prospérer, à la ville fondée par lui sous son propre nom au pied du mont Pangée, comprit le droit d'émission monétaire autonome', tandis qu'il l'enlevait à toutes les villes grecques, jusqu'alors indépendantes, qu'il conquérait successivement le long des côtes de ses États.
A la même époque cependant, dans le vaste empire des rois de Perse, dont la constitution sur un grand nombre de points avait quelque chose de féodal, le droit de monnayage avait un autre caractère 1. Les savants qui jusqu'à ces derniers temps avaient admis que dans l'empire des Achéménides le droit monétaire appartenait au seul souverain, avaient été conduits à cette conclusion par une interprétation exagérée du passage d'Hérodote 3 relatif à Aryandès, satrape d'Égypte sous Darius Ier. Il n'y est pas dit, en effet, qu'Aryandès fut puni par le Grand Roi pour avoir battu monnaie, mais que la jalousie de Darius ayant été excitée contre ce satrape parce qu'il frappait une monnaie d'argent meilleure que la sienne, il prétexta d'un projet de révolte pour le faire périr.
Dans les États du Grand Roi, le droit de monnayage était essentiellement un droit municipal, un droit propre à chaque cité, quelque petite qu'elle fût, et par conséquent les monnaies frappées dans chaque ville étaient marquées de types particuliers, et signées du nom d'un magistrat responsable. II est facile de nommer des villes importantes qui ont fait frapper des monnaies autonomes pendant une longue suite d'années, sans s'être jamais soustraites au joug persan 3. Il suffira de citer Tarse, Sidé, Aspendus et les villes lyciennes, dont la numismatique continue sans interruption depuis le commencement du ve siècle, jusqu'à la chute de la monarchie persane Y6. Si la ville ou la province étaient soumises au pouvoir d'un seul homme, alors les monnaies devaient porter son nom, puisqu'elles étaient émises sous sa responsabilité.
Non seulement les villes émettaient des monnaies à côté du monnayage officiel et général de l'Empire, dont
zig
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liée, chez les anciens, d'autres particularités dont il est, souvent assez difficile de s'expliquer complètement la cause, et qui, dans tous les cas, révèlent un grand perfectionnement de procédés. Les grosses pièces de bronze qui porten t le nom de Ptolémée ont les bords régulièrement taillés en biseau.D'au Ries monnaies: plus petites, du même métal, frappées sous la domination des Séleucides, et
un certain nombre de deniers d'argent romains du temps de la République (fig. X117), se distinguent par leurs bords découpés en dents de scie. Tacite ' semble au premier
abord justifier ceux qui expliquent cet usage par l'intention d'indiquer que la pièce était complète et qu'on n'avait rien .soustrait à son poids au moyen de la lime. En effet, l'inégalité des bords, pour les lentilles mélue les plus parfaites, était une tentation perpétuelle offerte aux rogneurs de monnaies, tandis qu'un coup de lime donné sur une dent de scie devait être facilement visible. Mais, d'un autre côté, comment disposer en dents de scie les bords de la pièce, ce qui ne pouvait se faire qu'après la frappe, sans retrancher du poids de la lentille métallique, et comment s'assurer d'avance que le prélèvement serait fait avec une rigoureuse exactitude ? D'ailleurs, si cette explication peut parfaitement se rapporter aux deniers d'argent serrati de la République romaine, elle est inadmissible pour les nuntmi serrati des Séleucides, qui sont tous des monnaies de bronze, destinées, comme nous l'avons déjà dit, à servir d'appoint et pour lesquelles on n'a jamais attaché une grande importance à la rigoureuse exactitude du poids. Il y a là un problème dont on ne saurait, dans l'état présent de la science, rendre une raison bien satisfaisante 2.
D'autres pièces de bronze, du même pays et du même àge que ces nummi serrati, et aussi des pièces de la série égyptienne des Lagides, offrent sur leurs deux faces, au centre, une petite cavité circulaire qu'on a expliquée à peu près de la même manière que les carrés creux, c'est-à-dire comme le vestige d'un procédé employé pour fixer la monnaie entre les coins, en l'absence de la virole, au moyen d'une pointe saillante dans la concavité du coinmatrice, laquelle, au premier coup de marteau, entrait assez profondément dans le flan soumis à la frappe monétaire. [Mais cette explication n'est guère vraisemblable, car ce fragile pivot au centre du coin se fôt cassé au premier coup de marteau ; on constate souvent qu'il défigure le type monétaire ou bien qu'il ne se trouve pas dans l'axe du coin. Cela ne peut s'expliquer techniquement que par le découpage préalable des flans monétaires à l'aide d'un tour à pivot; la monnaie a tout simplement conservé, après la frappe, les traces de ce pivot'.]
L'expression de monnaies fourrées, dont nous avons eu déjà l'occasion de nous servir plusieurs fois dans le cours de cet article, désigne des pièces qui offrent une aine de fer ou de cuivre, quelquefois même de plomb,
doublée d'une feuille d'or ou d'argent. Ces monnaies fourrées n'étaient pas, comme on l'a cru longtemps, l'o+uvre des faux-monnayeurs ; les gouvernements les faisaient frapper dans leurs ateliers, par un très faux calcul économique ou dans des circonstances de pressante nécessité. Elles sont, en général, très habilement fabriquées, et l'idée seule de leur exécution montre combien les anciens savaient surmonter de difficultés matérielles dans l'industrie monétaire. Au reste, comme l'a remarqué Mongez la fabrication des monnaies fourrées n'était possible qu'en frappant à chaud, comme faisaient les Grecs et les Romains.
Le procédé du coulage des monnaies n'a été qu'une exception, très justifiée pour l'axs grave des Italiotes et des Romains, qu'on n'aurait pu frapper qu'avec les balanciers les plus puissants et non avec le marteau, seul connu des anciens ; exception qui peut dénoter aussi l'inexpérience ou la précipitation, comme pour certaines monnaies gauloises, pour le potin impérial de l'atelier d'Alexandrie, et pour une grande partie du billon du temps de Septime-Sévère et de ses successeurs. On remarquera que, dans ces deux derniers cas, l'abaissement prodigieux du titre de la monnaie coïncide avec la négligence de la fabrication. C'est, à proprement parler, de la fausse monnaie, et c'est pourquoi, à propos des moules de terre cuite propres à couler des deniers de billon du temps des princes du moyen Empire, on a agité la question de savoir si c'étaient des vestiges de l'art coupable des faux-monnayeurs, ou si le gouvernement lui-même, tout en s'épargnant les frais de fabrication, n'aurait pas voulu imposer aux peuples des monnaies d'un titre inférieur à la valeur officiellement déclarée. Comme cette sorte d'entreprise est une de celles où les mauvais gouvernements ont cherché avec le plus d'obstination dans tous les temps un remède à leurs embarras financiers, on doit s'abstenir de mettre toutes les altérations de monnaies, et parmi elles, la substitution des espèces coulées aux pièces frappées, sur le compte des faussaires de profession. L'altération et l'on peut même dire la falsification du titre des monnaies d'argent, remplacées par du billon ou du cuivre saucé, après Septime-Sévère, était un fait officiel et légal iAt'REUS] ; or la substitution ordinaire d'un procédé de fonte à celui de la frappe vers le même temps ne peut guère en être séparé.
La fabrication grossière et économique de la monnaie impériale par le moyen de la fonte a été certainement aussi un fait officiel, mais exclusivement propre aux ateliers des provinces. C'est en France, en Angleterre et en Suisse, en Afrique, en Égypte qu'on a trouvé un grand nombre de moules monétaires du me siècle °, jamais en Italie e ; ce qui prouve décidément que ces moules n'appartenaient pas à des faux-monnayeurs. On en a principalement rencontré beaucoup dans un certain quartier de Lyon', où l'on sait qu'il y avait une Monnaie impériale 3. Il a été dressé une liste de tout ce que l'on connaît de monnaies impériales coulées en Gaule °. Plus tard, au rve siècle, nous voyons la substitution de la
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concave, ce qui suffisait à assurer la stabilité du flan sous le refoulement du trousseau chassé d'aplomb à coups de marteau et donnant une empreinte concave ou un carré creux',
La monnaie parvenue à un certain degré de perfection suppose deux coins-matrices, entre lesquels on fixe le flan métallique destiné à recevoir les empreintes. Pour faciliter la gravure des matrices, y poussait-on un poinçon, comme dans les temps modernes, sauf à retoucher au touret l'empreinte du poinçon? La multiplicité des coins dans toutes les émissions antiques rend ceci très probable, et l'on ne saurait guère expliquer autrement la rapidité avec laquelle on les exécutait. Mongez' croit même avoir retrouvé expérimentalement le procédé précis employé par les anciens. a Deux sculpteurs, dit-il, ébauchent en même temps, séparément, et finissent en cire, l'un la tête, l'autre le type du revers : les lettres sont formées très vite avec des poinçons d'un usage habituel. On monte ensuite ces deux cires ; puis on coule de l'argent dans les deux moules réunis, ce qui produit des médailles. Tout ce travail peut être terminé en moins de vingt-quatre heures. Quant à la frappe des monnaies, elle pouvait aussi être très prompte, en estampant les coins, comme je l'ai fait moi-même, c'est-à-dire en plaçant la médaille que l'on peut appeler le prototype, en la plaçant, dis-je, froide entre les coins de bronze chauffés au rouge, et en frappant sur tout l'appareil avec un fort marteau. Ainsi l'on a pu, dans l'espace de trente-six heures, et fabriquer des moules de médailles, et frapper des milliers de médailles, en estampant des coins de bronze, et en monnayant des flans chauffés au rouge. » L'emploi de poinçons mobiles pour les lettres des légendes monétaires, au moins chez les Romains, est attesté par les lettres renversées, les transpositions et tous les accidents de même nature, fréquents dans la numismatique impériale, surtout aux époques où le monnayage présente un caractère particulier de hâte 3.
Dans tous les cas, la monnaie qui porte au droit un type en relief et au revers un carré creux suppose la combinaison, non de deux matrices ensemble, mais d'une matrice et d'un poinçon, surtout à partir du moment oit l'on a tracé des figures, soit en creux, soit en relief, au fond du carré. A plus forte raison en a-t-il été ainsi pour la fabrication des pièces incuses, c'est-à-dire de celles qui, montrant d'un côté le type en relief, comme à l'ordinaire, reproduisent le .même type en creux sur l'autre face [INCUSi NuMMI]. C'est par ce procédé qu'a été exécutée une série considérable de monnaies, qui témoignent de l'existence d'une combinaison commerciale entre les principales villes de la Grande-Grèce, depuis une époque très reculée jusqu'aux environs du v° siècle av. J,-C. Pour se rendre exactement compte de la fabrication de ces pièces, il faut admettre qu'on obtenait le revers avec le poinçon même qui avait servi à enfoncer la matrice destinée à la frappe du droit. Quelquefois, pour marquer l'alliance particulière de deux villes, ou même simplement pour rapprocher deux types mythologiques, le creux du revers, quoique reproduisant en concavité les masses de la surface convexe, offrait le dessin d'un objet tout différent. Telle
est une pièce de Tarente (fig. 5114) sur laquelle on voit d'un côté Apollon Ilyacinthien tenant la lyre et la fleur de son nom, de l'autre le type ordinaire du héros Taras monté sur un dauphin. Ces variantes donnent à supposer qu'après avoir enfoncé le poinçon dans la matrice, on en soumettait la superficie à un nouveau travail, destiné à rem
placer le premier sujet par un autre. I1 va sans dire, d'ailleurs, que des flans serrés ainsi entre une matrice et un poinçon devaient
se r=éduire à une feuille plate, et que, pour arriver au poids légal de la monnaie, il fallait retrouver eh étendue ce qu'on perdait en épaisseur. Lorsque le carré creux a été remplacé plus tard par un type développé, par exemple sur la monnaie d'argent de Methymna (fig. 5115) qui porte au droit un sanglier et au revers la tête d'Athéna en relief remplissant le carré creux bordé d'un grénetis, le type n'a pu être produit que par le trousseau : ici le poinçon carré ne couvrant pas toute la surface du flan a
projeté à la frappe des bourrelets tout autdur
Il se rencontre aussi quelquefois des monnaies incuses par accident. Ce sont des deniers de la Répu
blique romaine ou de l'empire sans revers, et avec la tête se reproduisant en creux du côté opposé à la face en relief. C'est ce qui arrive encore aujourd'hui sous l'action du balancier, lorsque l'ouvrier monnayeur a oublié entre les deux coins une pièce déjà frappée et sur cette pièce empile un nouveau flan.
II a été parlé ailleurs des bracteates qui présentent une affinité étroite avec les incuses I BRACTEATI
Une singularité qui n'est pas non plus sans rapport avec les pièces incuses est celle que présentent (fig, 5116) les monnaies d'ar
gent frappées à Populonia, ville d'Étrurie, dans le ve siècle avant l'ère chrétienne e. Ces pièces n'ont pas de revers, mais la
face postérieure est plane et n'offre la trace d'aucune cavité. Avec le temps, on prit l'habitude d'y placer quelques caractères, ce qui les rapprocha des monnaies grecques, sans pourtant qu'une parité complète s'établît jamais entre les deux faces de la lentille métallique. On trouve aussi des pièces à revers lisse, sans type, à Salamine de Chypre et dans l'île de Céos
Il y eut encore, dans la fabrication de la monnaie frap
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tille de métal solide. Pour ce dernier procédé, qui était le plus généralement usité, les anciens ne possédaient pas le moyen puissant du balancier qu'ont inventé les modernes. Ils frappaient leurs monnaies au marteau, moyen plus lent et plus imparfait qui donnait souvent lieu à des accidents de fabrication, car il fallait plusieurs coups de marteau successifs pour obtenir le résultat que
l'on atteint maintenant avec un seul coup de balancier. Sur le denier d'argent de T. Carisius dont nous avons déjà parlé (fig. 5107), représentant les instruments dont se servaient les monnayeurs romains, on reconnaît le coinmatrice qui portait en creux l'empreinte destinée à être reproduite en relief sur
la monnaie, l'enclume sur laquelle on plaçait les coins pour les frapper, le marteau, enfin la pince ou tenaille qui servait à placer la lentille de métal appelée flan entre les deux coins et à la retenir latéralement, afin qu'elle ne glissât pas durant les opérations de la frappe. La fabrication des monnaies frappées de l'antiquité par le moyen exclusif du marteau est encore attestée par un passage de saint Jérôme, dans la vie de saint Paul Hermite, à propos d'un atelier de faux-monnayeurs dont le saint trouva les instruments abandonnés dans le désert 1.
Le flan des monnaies antiques, moulé sous la forme la plus approchée de celle que la pièce devait avoir, était chauffé au rouge et frappé avec les coins froids 2. La pince, représentée sur le denier de T. Carisius, servait à placer entre les deux coins le flan échauffé.
On possède un certain nombre de coins romains, du fer et du ne siècle de notre ère. La plupart sont d'acier trempé, entourés d'une espèce de virole et encastrés dans un manchon de bronze ou de fer Celui qu'on voit (fig. 5110), qui présente le droit
d'une monnaie d'Auguste, a été trouvé dans les mines d'un castrum de la Moesie . Mais il en est aussi qui sont entièrement en bronzes comme celui que reproduit la figure 5111 à la tête de Tibère ; et la multiplicité extraordinaire et constante de coins que tous les savants ont signalée dans la numismatique grecque, dans une seule émission de la même ville et de la même année, semble prouver que les Grecs n'employaient pas la trempe pour leurs coins monétaires et qu'ils se servaient uniquement d'un métal doux, qui s'usait avec une grande. rapidité dans les opérations de la frappe. Pour l'époque hellénique, on connaît seulement un coin monétaire de Philippe de Macédoine père d'Alexandre (fig. 5112), et un autre de Bérénice Il, qui soient parvenus jusqu'à nous On a découvert à la montagne de Corent (Puy-de-Dôme) le coin d'une monnaie d'or des Arvernes, lequel est en fer doux 8. Or les Gaulois copiaient dans leur monnayage les procédés
des Grecs. Il est facile, du reste, de constater sur les monnaies grecques et sur les pièces romaines jusqu'à Constantin, que leurs coins, soit en fer, soit en bronze, soit même en acier, étaient généralement d'un métal d'assez mauvaise qualité, car on voit dans le champ des médailles des inégalités et des soufflures
dues certainement à des imperfections des coins
Ceux-ci, on ne saurait s'y méprendre et les indices les plus caractéristiques en donnent la certitude, ont été, depuis les premiers temps du monnayage jusqu'au ve siècle de l'ère chrétienne, gravés au touret, par le procédé dont usent encore aujourd'hui les graveurs en pierres finesi0 [GEMMAE, fig. 34831. Dans le ve siècle, et peut-être même un peu avant, sous la domination des princes de la famille de Constantin, les procédés changèrent. A partir de ce moment les pièces ont été frappées, comme le sont les monnaies actuelles, à froid, avec des coins d'acier,
ainsi qu'on le reconnaît à la densité et à la dureté du métal, dont la pureté n'a point été altérée, mais que la percussion a durci en l'écrouissant. En même temps, à la nature et à l'aspect du travail, on reconnaît que la gravure au burin a remplacé la gravure au touret pour la préparation des coins''. Le Cabinet des médailles de Paris possède en original une paire de coins des débuts de cette nouvelle phase de la fabrication monétaire (fig. 5113); ce sont ceux d'un soLmus de l'empereur
Constant Ier 12. Ils sont en acier, gravés au burin, et réunis par deux branches en fer à cheval s'ouvrant au moyen d'une charnière.
Au reste, ce n'est que des monnaies elles-mêmes que l'on peut tirer des inductions sur les procédés de la fabrication primitive. Pour les pièces qui offrent d'un côté un type en relief, et de l'autre un carré creux plus ou moins profond, on a longtemps supposé que ce carré représente une partie saillante sur laquelle on fixait d'abord la lentille de métal pour l'empêcher de glisser sous le marteau. Un examen plus attentif a fait reconnaître que le carré creux est en réalité l'empreinte faite par le trousseau ou coin mobile, et non point par l'enclume ou coin dormant. Le type en relief est l'empreinte fournie par l'enclume, et c'est pour cela que ce côté de la pièce est toujours bombé; le champ de la matrice était
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cuivre, et pour l'interdiction de tout alliage d'étain ou de plomb, ne furent pas observées plus exactement que celles par lesquelles il avait cru mettre l'or et l'argent à l'abri des altérations. On trouvera dans l'article AUREUS plusieurs analyses de monnaies de bronze du tue siècle, qui en font connaître la composition.
Outre l'or, l'argent et le bronze, qui constituaient la seule monnaie réelle, ayant une valeur propre comme marchandise, les peuples anciens marquèrent aussi quelquefois des empreintes monétaires sur d'autres matières métalliques et même non métalliques. Les espèces de cette nature étaient alors de simples monnaies d'appoint, des monnaies de compte à valeur purement conventionnelle, représentant de très petites sommes facilement échangeables contre de l'argent, et pour la représentation desquelles il n'était pas nécessaire que le signe eût un prix comme marchandise en rapport avec la valeur nominale qu'on y assignait.
C'est ainsi que,plus d'un auteur mentionne des monnaies de plomb' et qu'à côté de nombreuses pièces de plomb antiques semblables à des monnaies, avec lesquelles on les a souvent confondues, mais qui ne sont que des tessères ]TESSERAE], il est parvenu jusqu'à nous quelques monnaies véritables de ce métal, portant inscrite l'indication de leur valeur'. On connaît trois séries principales de ces plombs monétaires, qui jouaient le rôle de véritables assignats dont la circulation devait être, bien évidemment, toute locale. L'une a été fabriquée en Égypte, sous la domination des empereurs et, suivant toutes les apparences, dans le ne ou le me siècle de notre ère 3. Le type constant y est, sur le droit, la figure du dieu Nil ; le type du revers, toujours mythologique, varie, sans doute suivant les villes où ces espèces ont été émises. Mais la majeure partie des pièces ont été émises à Memphis, dont elles portent le nom, M€MitpIC ; celles-ci ont toujours au revers le boeuf Apis, seul ou accompagné de la déesse Isis. La seconde série a eu la Gaule romaine pour patrie, vers la fin du 1" siècle ou le cours du II', Elle offre constamment d'un côté l'image de Mercure tenant le caducée et la bourse, tandis que le nom du lieu d'émission est sur l'autre face, accompagnant le plus souvent un rameau 4. Ces plombs monétaires de la Gaule paraissent avoir été destinés à circuler exclusivement dans les localités mêmes dont ils portent le nom. Aussi celui qui a la légende ALISIENS a été trouvé dans les ruines mêmes d'Alise, celui qui a PERTE à Perthes auprès de Vitry-le-François, enfin les différents plombs où on lit MEDIOL dans la ville antique du MontBerny, près de Compiègne, laquelle parait s'être appelée Mediolanum. Enfin l'on trouve en très grande abondance des pièces de plomb des rois de Numidie, aux mêmes types exactement que leurs pièces de cuivre 6 et ayant eu certainement un cours de monnaies. Il est probable que parmi les plombs antiques il en est encore un assez
grand nombre que l'on devra ranger aussi plus tard dans la classe de ceux qui ont servi de monnaies'.
D'autres matières ont servi à faire des monnaies fiduciaires analogues, des espèces d'assignats de confiance ou de nécessité, émis pour une valeur nominale sans rapport avec leur valeur réelle de meut:. Pollux' mentionne des monnaies de fer chez les Lacédémoniens 2 et les habitants de Byzance, et Aristote' un monnayage du même genre à Clazomène dans une circonstance de détresse toute particulière. Aristote" et Pollux"disent aussi que Denys, tyran de Syracuse, frappa de l'étain pour la circulation commerciale dans ses États, et le Digestei2 mentionne également des monnaies d'étain, mais cette fois à titre de fausse monnaie. De très rares monuments numismatiques de fer ou d'étain ont été préservés jusqu'à nous, et cela ne doit pas surprendre, à cause de la facilité avec laquelle ces deux métaux se détruisent par l'oxydation dans le sein même de la terre. En revanche, trous possédons des preuves irréfragables de l'usage de monnaies de terre émaillée et de verre en Égypte dès le temps des Lagides et du Haut-Empire t3 usage qui se conserva dans le même pays sous les Byzantins 14, puis sous les Arabes''. C'est principalement sous les khalifes Fatimites que l'Égypte vit fabriquer le plus grand nombre de ces assignats de verre, portant l'indication d'une valeur de monnaie. Les Arabes de Sicile en firent aussi, à I'imitation de ceux d'Égypte".
Quant aux monnaies de cuir que Sénèque" et Isidore de Séville i8 signalent chez les Carthaginois, aux monnaies de bois dont se seraient servis les premiers Romains, d'après Cédrénus, elles doivent être probablement reléguées dans le domaine des fables H, comme la monnaie romaine de terre cuite mentionnée par Suidas '. Il est cependant possible que ces diverses indications se rapportent encore à des espèces d'assignats momentanément en usage. On trouve fréquemment à Athènes des moulages en terre cuite de monnaies d'argent ou d'or de différentes contrées, qui n'ont pas dû servir de monnaies, mais de tessères 2i. Une riche collection de ces singulières reproductions de monnaies en terre cuite est au Musée d'Athènes. On peut aussi conjecturer que ces pseudo-monnaies de terre cuite, moulées sur des espèces existantes, ont dû avoir une circulation fiduciaire, mais d'un caractère tout privé, comme celle des billets de crédit dont la loi autorise dans certains pays l'émission par des institutions particulières.
Ire Procédés de fabrication de monnaies citez les anciens. Deux procédés peuvent être employés pour la fabrication de la monnaie : couler le métal en fusion dans des moules composés de deux pièces en pierre ou en terre cuite [FORMA, p. 4247] ; les énormes dimensions des pièces de bronze de Rome et de l'Italie primitive ]As] n'eussent pas permis l'emploi d'un autre procédé, ou frapper entre deux coins de métal gravés une leu
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Campanie. avant, qu'on n'eùt encore commencé à frapper la monnaie d'argent à Rome même F. On y a des pièces d'or de 6, 4 et 3 scrupules et des pièces d'électrum à la proportion de 20 pour 100 d'alliage, lesquelles pèsent 2 1/2 scrupules, mais circulaient certainement pour une valeur de 2 scrupules d'or'.
Klaproth, (bebel, Phillips ont analysé des pièces de bronze d'Alexandre, des Ptolémées, d'Athènes, d'Olbia sur le Pont-Euxin et d'Hiéron, roi de Syracuse Ils y ont trouvé des proportions variables, mais toujours très fortes, d'étain alliées au cuivre ; dans les bronzes des Ptolémées, elles vont jusqu'à 16 pour 100. Jamais le plomb n'entre dans la composition du bronze monnayé des temps purement grecs; il ne commence à s'y montrer que sous l'influence prépondérante des Romains, dans des pièces de Philippe V de Macédoine, des Mamertins de Sicile, de Centuripae et de Syracuse. En effet, l'idée de mêler au bronze du plomb, et cela dans une proportion plus forte que l'étain, paraît avoir été une invention propre aux Romains 3, et depuis la première fabrication de rues grave jusqu'après la mort de César, leurs monnaies de ce métal offrent toujours la même composition. L'alliage en contient 5 à 8 pour 100 d'étain et 16 à 29 pour 100 de plomb t. Quant à l'argent de la République, il est toujours d'un titre excellent, qui varie
de 0 gr. 993 à 0 gr. 965 suivant Darcct de 0 gr. 998 à
3 gr. 902 suivant Thompson et Fabbroni L'altération des monnaies à cette époque, qui fut souvent considérable, ne consistait pas à augmenter l'alliage de l'argent, mais à mêler à toutes les émissions monétaires un certain nombre de pièces fourrées, Il n'y e que dans de rares exceptions, à l'époque des guerres civiles, par exemple dans les deniers légionnaires de Marc-Antoine, que l'on constate un abaissement sérieux du titre des monnaies d'argent. Quant à l'or républicain, aux différents moments oit l'on en a frappé, il est toujours parfaitement pur. Une loi de Sylla défendait d'introduire un alliage dans l'or, même dans celui qui restait dans le commerce à l'état de lingots 7.
Dans la réforme monétaire d'Auguste ,(AFREOS], l'or était au titre de 0 gr. 998 de fin 8 et la loi Julia sur le péculat faisait de son altération un crime d'État': l'argent n'admet également que 1 ou 2 pour 100 au plus d'alliage'', le laiton des sesterces et des dupondii se compose de 4/5 de cuivre et de 1/5 de zinc, sans aucun mélange d'étain ni de plomb, en même temps que le cuivre des as est absolument pur" ; la loi Julia défendait même d'une manière absolue d'introduire aucun alliage dans ces dernières pièces l'.
L'or impérial demeure jusqu'à Vespasien d'une excellente qualité comme métal, sans que son titre descende au-dessous de 0 gr. 991 de fin ". Mais après Vespasien, l'analyse ne fournit plus que 0,938 t4, et le titre s'abaisse encore notablement vers le temps de Septime Sévère. Pourtant il reste encore remarquablement bon, par
comparaison avec celui des autres métaux, même au plus fort de la grande crise monétaire du In" siècle. Pendant ce temps, chez les rois du Bosphore Cimmérien, les seuls de leurs vassaux auxquels les empereurs eussent permis de faire de la monnaie d'or, le métal, qui était bon dans le début, n'est déjà plus, en 200 de notre ère, qu'un électrum très fortement mêlé d'argent. Bientôt après, le titre tombe tellement bas que, du temps d'Alexandre Sévère, ces prétendues pièces d'or n'ont même pas la valeur d'une pièce d'argent de bon aloi''. En 265 on n'y trouve plus que 1,33 pour 100 d'or, contre 15,94 d'argent et 82,73 de cuivre; en 267 c'est une pièce simplement dorée, dont l'analyse donne 17,28 d'argent, 82,07 de cuivre et 0,65 d'étain ; à partir de 268, il n'y a même plus d'argent, mais seulement du cuivre doré.
Nous renverrons le lecteur à l'article AUREUS pour ce qui est du titre des monnaies d'argent de l'Empire et de l'altération prodigieusement rapide de leur titre. On y trouvera une série d'analyses qui permettent de suivre l'augmentation de la proportion de l'alliage à partir du règne de Néron, jusqu'au moment où, dans le cours du tue siècle, la monnaie qui avait été d'abord d'argent n'est plus qu'un billon, lequel ne contient quelquefois que 2 pour 100 d'argent, contre 82 de cuivre et 16 de plomb et d'étain, et même un simple cuivre, de mauvaise qualité, saucé d'argent. A. partir du règne de Dioclétien, quand on recommença à faire de la monnaie d'argent, elle fut de bonne qualité comme métal.
Dès le temps de Tibère, l'administration impériale avait fait frapper, au lieu d'argent, dans l'atelier monétaire d'Alexandrie et pour l'usage spécial de la province d'Égypte, des pièces de billon, combinées de telle manière qu'avec le poids de quatre deniers romains (qualifiés alors à Alexandrie de drachmes) 16 elles eussent comme valeur 1/21 de l'aureus''. C'est là ce que les numismates ont pris l'habitude d'appeler le potin d'Alexandrie, désignation inexacte et qu'il faut remplacer par celle de billon; car le nom de potin suppose un alliage où le plomb entrerait pour une forte part, et on n'en trouve que des traces presque insensibles dans les pièces impériales d'Alexandrie. Celles-ci ont d'abord contenu 1/5 d'argent, titre parfaitement loyal, et qui faisait correspondre très exactement leur valeur intrinsèque avec leur valeur de circulation. Mais plus tard, dans le lue siècle, elles descendent jusqu'à ne plus donner à l'analyse que 1,81 d'argent, 91,38 de cuivre, 2,89 de zinc, 3,85 d'étain et des vestiges de plomb 16. Il n'y a de potin proprement dit que dans le monnayage de quelques tribus gauloises, aux derniers temps de leur indépendance; et ces monnaies de potin de la Gaule sont toujours coulées, prodigieusement grossières, offrant dans leur fabrication tous les indices de circonstances de pénurie et de nécessité pressante.
Les prescriptions d'Auguste pour le maintien de certaines qualités de métal dans la monnaie de laiton et de
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fion de dupondii de laiton fourrés 1, avec une âme de fer ou de laiton.
A partir de Septime Sévère, dans toute la grande crise des monnaies pendant le nie siècle [A1'REUS], il est impossible de suivre également avec certitude les fluctuations, qui durent être considérables et nombreuses, dans la valeur respective des métaux, particulièrement dans le rapport du cuivre et du laiton àl'argent. Ce que l'on sait seulement de positif, c'est que la monnaie de cuivre resta jusqu'à un certain point étrangère aux crises de l'argent, parce que la fabrication s'en trouvait confiée à d'autres mains [voir plus loin, p. 19761 ; ensuite, que l'altération continue de l'argent finit par donner au laiton et au cuivre un prix qui leur faisait presque jouer le rôle d'une monnaie émise à sa valeur métallique. Et cette valeur commerciale était alors pour le laiton 1/60 de celle du même poids d'argent, et pour le cuivre 1,,1120 Le rapport monétaire du cuivre aux autres métaux était certainement, comme dans les espèces des Lagides, basé sur une valeur conventionnelle donnée à la monnaie d'appoint et bien plus forte que la valeur commerciale du cuivre, depuis qu'on avait établi la proportion soixantième entre ce métal et le cuivre dans le numéraire officiellement monnayé. Quand, au m° siècle, par suite de l'altération de l'argent, la monnaie de cuivre eut recommencé à passer pour sa valeur intrinsèque, tandis que la prétendue monnaie d'argent, en réalité de billon, puis de cuivre saucé, n'était plus qu'un numéraire conventionnel, une sorte d'assignat décrié, ce fut la première qu'on enfouit dans les moments de danger, plutôt que la seconde 3.
Quant au rôle des trois métaux comme régulateurs du système monétaire, on peut le résumer en quelques mots. Les Grecs adoptèrent dès le début et gardèrent constamment l'étalon d'argent [DRACHME]. En Asie Mineure, dans les débuts du monnayage, ce fut l'or et l'électrum qui jouèrent le rôle d'étalon ; mais dans cette contrée même on revint bientôt aux mêmes données que dans les autres pays helléniques. Chez les Romains et chez les Italiotes, jusqu'au consulat de A. Ogulnius et C. Fabius (485 de Rome, 269 av. J.-C.), l'étalon fut de cuivre [Asl; à dater de ce moment jusqu'à la fin de la République on adopta l'étalon d'argent [DENARIUS], et enfin sous l'Empire l'étalon d'or [AUHEUS].
Après avoir parlé du rapport des métaux, il faut aussi dire quelques mots de leurs alliages habituels et de leur plus ou moins grande pureté suivant les pays et les époques. En général, dans tout le monde hellénique, la monnaie d'or et d'argent se montre à nous avec un titre remarquablement pur. Presque partout l'or y est sans alliage, l'analyse y révèle à peine 3 centièmes de matières étrangères 4; c'est la plus grande pureté à laquelle on pût atteindre avec les procédés d'affinage dont disposaient les anciens. L'argent aussi n'est généralement uni à aucun alliage, ou quand on en constate un, il se main
monn. rom. trad. franc. t. III, p. 111-139, joignant au texte de l'auteur allemand les notes de J. de Witte. Letronne, Éra1. des monn. p. 108; Brandie,
tient dans des proportions peu considérables, bien inférieures à celles qu'ont admises les peuples modernes. On ne trouve guère d'altération sérieuse du titre des pièces d'argent que dans les espèces royales des Achéménides, pendant la période de décadence de l'Empire perse.
Cependant certaines séries de monnaies, très nettement déterminées et appartenant toujours à l'Asie Mineure, tranchent sur le reste du monnayage grec, en ce qu'elles sont fabriquées, non plus en or pur, mais avec un métal extrêmement pâle, d'aspect particulier, lequel est un or allié dans des proportions énormes d'argent et même de cuivre. C'est ce que les numismates ont pris l'habitude d'appeler, avec juste raison, les monnaies d'électrum. Les anciens avaient reconnu que certains minerais d'or sont naturellement alliés d'argent', dans une proportion qui va quelquefois jusqu'à 38,74 pour 100 6 ; le métal qu'on tirait des lavages du Pactole parait avoir été dans ce cas Dès l'âge homérique 6 les Grecs distinguaient ces alliages naturels de l'or pur comme un métal particulier, ayant une valeur propre et désigné sous le nom d'ELEC'rRUM ; ils l'employaient à part ou bien ils l'affinaient pour en extraire l'or. Plus tard, ils se mirent à fabriquer de l'électrum artificiel', à l'imitation de celui que la nature avait donné, en alliant à l'or 20 pour 100 f0, 25 pour 100'1 et jusqu'à 30 pour 100 d'argent 17. Il est évident que dans les premiers temps du monnayage de l'Asie Mineure, lorsqu'en Lydie 13 etdans certaines cités de l'Ionie 1' on frappait simultanément des pièces d'or pur et des monnaies d'or allié d'argent c'est-à-dire d'électrum, soit naturel, soit artificiel, c'était en considérant ces deux métaux comme distincts et ayant des valeurs monétaires qui ne se confondaient pas. M. BrandisI" a essayé d'établir, par des arguments très ingénieux, que le rapport de valeur courante entre l'électrum et l'or, dans ces émissions primitives de l'Asie Mineure, était :: 3 : 4, ce qui suppose que l'on admettait comme proportion normale de l'alliage naturel de '23 à 30 pour 100. Plus tard, après une assez longue interruption, dans l'intervalle entre la guerre du Péloponèse et Philippe de Macédoine, nous voyons reprendre dans certaines cités de l'Asie Mineure, principalement à Cyzique et à Phocée, des émissions extrêmement abondantes de statères et d'hectés d'électrum 16 [CYZICENI, PHOCAïDES]. Ces deux cités profitaient ainsi, pour une opération fort lucrative mais peu loyale, de ce qu'à ce moment leurs négociants s'étaient assurés du monopole du marché de l'or à Pardicapée, et de ce qu'aucune autre ville grecque à la même époque ne fabriquait de monnaie d'or, si ce n'est Lampsaque,où on frappait quelques rares statères de métal pur.
Oit nous avons encore une vraie fabrication de monnaie d'électrum, frappée avec intention en même temps que de la monnaie d'or pur, avec une valeur différente et conforme aux proportions de l'alliage, dans des temps bien postérieurs à ceux des anciennes émissions de l'Asie Mineure, c'est dans le monnayage des Romains en
nique, trad. Trawinski, p. 130.) s Paus. V. 12, 6 ; Eustalh. ad Dionys. Perieges. v. 293 ; Hesyeh. Phot. et Suid. s. c. Voir Brandis, Das DhinxMassund Gewichts=
Aen. VIII, 402; Isid. Orig. XVI, 24. 12 Stein, sur Herod. III, 115 ; Brandir,
16 Ch. Lenormant, Rec. numism. 1856, p. 89; Brandis, p. 259. [K. B. Hoffmann, Nam. Zeit, de Vienne, 1884, p. 33 ; Greeuwell, The electrum coinage of Cyzieus, p. 15; B. Head, Ionia (Calai. of ,greek Coins), Introd. p. XXVI; le même, dans
W. Ridgeway, Num, chron. 1895, p. 104; E. Babelon, Traité, 1, p. 356.]
MON 1966 vlON
établir sur l'affranchissement des esclaves un droit de
5 p. 100, qui se payait en or [Aunuai vICESIMARICM] 1. Le
produit de ce droit formait dans le trésor une réserve pour les besoins les plus urgents, réserve qui montait pendant la première guerre punique à 4000 livres
pesant 2.
Les conquêtes de Tarente et de l'Illyrie, la sujétion d'une partie de la Sicile eurent pour résultat d'augmenter énormément la proportion de l'argent dans la masse circulante à Rome, tandis que la proportion de l'or restait environ la même. Il en résulta que le premier or monnayé à Rome même, en vertu de la loi Flaminia, le fut sur le pied d'un rapport de 17,143 à 1 entre l'or et l'argent Abaissé subitement au commencement du vu° siècle de Rome, par suite de la découverte des mines du Norique 4, le même rapport était de 11 19/21 à 1 au temps de la dictature de Sylla°. Il se maintint ainsi sous Jules César °, pour les espèces monnayées, car la grande quantité d'or en lingots, rapportée par César dé sa guerre des Gaules, fit un moment tomber d'une telle façon le prix de l'or, qu'il ne valait plus que 8,93 fois son poids d'argent'. Auguste fixa la proportion moné
taire de l'argent au taux :: 11,91: 1 lequel devint : 10,31: 1 sous Néron et :: 9,375 : 1 sous Trajan 9. A partir du règne de Septime Sévère, l'altération extraordinaire qu'éprouva le titre des monnaies d'argent, tandis que celui de l'or restait le même [AL;nEDS], détruisit cette proportion, fit disparaître en grande partie la masse d'or en circulation dans l'empire romain et dut amener un très grand écart entre les deux métaux. Nous manquons de documents pour apprécier jusqu'où alla cet écart vers les règnes de Valérien et de Gallien, sous lesquels eut lieu la plus grande altération des monnaies d'argent ; mais sous Dioclétien et Constantin, époque où l'on recommença à frapper de l'argent assez pur, il était de 13 8/9 à 110 [soumis]. Il ne s'arrêta pas àce point, car sous Julien, l'or s'échangeait contre 14,4 fois son poids en argent 1l. Un rescrit de Théodose le Jeune, de l'an 422, prouve que, sous cet empereur, la relation de valeur de l'or à l'argent était : : 18 : 1'2. Nous remarquerons cependant que ce dernier écart, qui était énorme, ne fut que temporaire, car un siècle après, sous Justinien, la proportion des deux métaux redevint quinzième 13
Le rapport du bronze à l'argent éprouva, sous la République romaine, des variations très considérables. Lorsque le monnayage de l'argent fut introduit à Rome, le denier, qui valait alors 10 as 14, pesait 1/72 de livre 1; [DENARIUS]. Or, à cette époque, l'as avait été déjà réduit à ne plus avoir comme poids que le tiers de la livre de cuivre '° [As]. Le rapport du bronze à l'argent était donc de 1 à 240, écart déjà plus faible que celui qui avait existé au temps de la fixation de l'as libralis, deux siècles auparavant :: 1 : 25017, pareil au rapport primitif
des deux métaux à Syracuse et à Tarente 18 [LITRA]. II prouve combien encore, au m° siècle avant notre ère, l'argent était rare et le bronze abondant à Rome et dans toute l'Italie centrale et septentrionale. Les valeurs des deux métaux allèrent d'ailleurs en se rapprochant assez rapidement. Vers la fin de la première guerre punique, le poids de l'as ayant été abaissé au sixième de la livre 19, comme le poids du denier d'argent avait été en même temps réduit à 1/84 de la livre 20, taux auquel il demeura depuis lors définitivement fixé, nous devons en conclure que l'écart des deux métaux n'était plus que de 1 à 140. En 217 av. J.-C., dans un moment de grande détresse, lorsque Hannibal était le plus menaçant, on décida, par la loi Flaminia, la réduction du taux de toutes les monnaies 21, Le poids de l'as fut établi à une once, c'est-àdire au douzième de la livre, et en même temps, on réglait que le denier, dont le poids demeurait le même, vaudrait désormais 16 as au lieu de 10. Ces dispositions de la loi I1'laminia prouvent, au moment où elle fut rendue, une proportion de 1 à 112 entre l'argent et le bronze. On se rapprochait ainsi par degrés de l'état où se trouvaient les choses en Grèce, c'est-à-dire de la proportion soixantième. La distance qui restait fut franchie en cent vingt-huit ans, car la loi Papiria, rendue vers 89 avant notre ère, ayant réduit encore l'as de moitié 92, fixa le rapport des deux métaux de 1 à 56 23 [DENARIUS],
La réforme monétaire d'Auguste LALIIEUS], établissant, à côté du denier d'argent de 1/84 à la livre et de l'aureus de 1/40 à la livre, des serterces et des dupondii de laiton pesant 1 once et 1/2 once, puis des as de cuivre rouge, sans alliage, pesant 1/3 once 24, constate entre les différents métaux les rapports suivants 23 :
Sous Néron 26, les poids respectifs des différentes monnaies établissent les valeurs :
Enfin, sous Trajan nous constatons'-' :
La valeur monétaire du laiton, constamment double de celle du cuivre pur, est d'accord avec ce que l'on sait d'ailleurs sur le prix attaché à ce métal artificiel 28 [ontC1ALCUMI,. Aussi trouvait-on un avantage dans la fabrica
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dans l'Inde, les conquêtes d'Alexandre portèrent, avec la civilisation grecque, l'usage de la monnaie ; nulle trace d'un semblable procédé ne se révèle dâns ces pays avant l'arrivée des Grecs, et les monnaies nationales se rattachent par des signes incontestables aux modèles que les artistes grecs avaient laissés. La monarchie des Séleucides et son influence propagèrent l'art monétaire dans la Characène, dans une portion de l'Arabie et dans tout l'empire des Parthes. Les Sassanides, qui succèdèrent à ces derniers, entèrent à leur tour leur monnaie sur celles des Parthes. Les Hébreux, du temps des Asmonéens, subirent l'impulsion commune, tout en accommodant les types à leurs préceptes religieux ; ils avaient peutêtre, du reste, commencé à frapper des monnaies à l'imitation de leurs voisins de Phénicie, sous la domination des derniers rois Achéménides.
L'influence romaine étendit l'usage de la monnaie à des pays où les Grecs ne l'avaient pas propagé et prépara de cette manière le monnayage des peuples modernes.
3° Matières monnayées par les anciens. Dans l'antiquité, comme de nos jours , les trois métaux adoptés partout, d'un commun accord, comme instrument principal des échanges et signe représentatif de la valeur des denrées, étaient l'or, l'argent et le cuivre. Aussi les magistrats monétaires étaient-ils, à Rome, désignés par le titre de triumvir auro, argento, acre
,flando, feriundo, titre indiqué constamment sur les monnaies et dans les inscriptions par les abréviations IIIVIR.A.A.A.F.F. 2. De là aussi le type des trois Monnaies, personnifiées par trois femmes, tenant chacune la corne d'abondance d'une main et une balance de l'autre,
chacune ayant à ses pieds un monceau de métal, type qui avec la légende moneta ou aequita.s Augusti (fig. 5109) se reproduit sous presque tous les empereurs romains, à partir du règne de Commode 3. L'argent, plus répandu que l'or et formant la masse principale de la circulation monétaire dans le monde antique, moins encombrant que
le bronze et pouvant représenter une plus grande valeur sous un volume et un poids beaucoup moins considérables, était chez les Grecs, comme chez la plupart des peuples modernes, le véritable étalon monétaire.
Le rapport de la valeur de l'or à celle de l'argent était, dans l'empire des Perses, de 13 à 1 4, et dans le monde grec, il semble avoir principalement flotté entre 12,50 à 1, proportion qui était admise dans l'Égypte des Lagides 6, dans la Syrie des Séleucides, et en général dans toute l'Asie après Alexandre, 12 à 1 6 et 10 à 1
Cette dernière proportion paraît avoir été la plus habituelle dans la Grèce proprement dite '. Par excep
VI.
tion, au Bosphore Cimmérien, le grand marché de l'or apporté des mines de l'Oural, ce métal n'y valait que sept fois le prix de l'argent, ainsi qu'il résulte également du poids des statères de Panticapée, comparés aux pièces d'argent de la même ville °, et du chiffre de 28 drachmes attiques [DRACnMA], donné par Démosthène10 pour le cours du cyzicène de 16 gr. 000 d'or au Bosphore ]CYZICEXI]. Quant à la relation de la valeur du cuivre à l'argent, elle était très variable dans le monde hellénique ; ainsi, tandis qu'en Sicile l'argent valait 250 fois ou même 314 fois son poids de cuivre 11 LITRA;, dans l'Égypte des Ptolémées l'argent était au cuivre
: 60 : 1 '2, ce qui, avec le rapport entre l'or et l'argent tel que nous venons de l'indiquer, mettait la valeur de l'or en regard de celle du cuivre : 750: 11 J. Il est presque impossible de déterminer la proportion exacte de la valeur de l'argent et du cuivre dans la plupart des contrées helléniques ; cependant, la proportion soixantième parait avoir été la plus habituelle f4. Au reste, comme la monnaie de cuivre, qui ne commença à être usitée qu'assez longtemps après les deux autres, comme la monnaie de cuivre n'était employée chez les Grecs qu'en qualité de monnaie d'appoint, on attachait une importance minime à la coupe et au poids de cette monnaie, et presque nulle part sa valeur réelle ne correspondait à sa valeur nominale.
Chez les Romains, dès que l'introduction du monnayage de l'argent, cinq ans avant la première guerre punique'", eut fait abandonner l'habitude, incommode pour les usages de la vie et pour le commerce, de se servir exclusivement de cuivre circulant pour la valeur de son poids réel, l'argent devint, comme chez les Grecs, le véritable étalon monétaire. Au commencement du ve siècle de Rome et antérieurement, la proportion moyenne de la valeur commerciale de l'or à l'argent était en Italie :: 12 : 1 ou :: 14,91 :1 1G. Mais à Rome même, dans le courant du V° siècle, il en était autrement. Les monnaies d'or frappées à Capoue pour le compte des Romains, avant que ceux-ci n'eussent commencé à monnayer eux-mêmes argent et or [DENARIUSI, portent des marques numérales qui indiquent le nombre d'as pour lesquels elles circulaient à Rome et dans le territoire romain 17. Il en résulte qu'elles avaient été frappées sur le pied d'une valeur de l'or par rapport au cuivre .: 1800: 1; l'argent valant encore à ce moment à Rome 250 fois son poids de cuivre, nous tirons de là une proportion :: 7,20: 1 entre l'or et l'argent i8. L'écart entre les deux métaux est presque aussi faible qu'à Panticapée, moindre que partout ailleurs dans le monde antique ; si donc l'argent était encore à cette époque peu commun dans cette cité reine, l'or n'y était pas beaucoup plus rare. Au commencement du v° siècle de Rome, la quantité d'or qui se trouvait dans la circulation commerciale de la ville était assez abondante déjà pour que l'on pût
247
1
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ment de la maison de Manlius, à l'endroit d'où il avait entendu les Gaulois monter à l'assaut du Capitole '. Un denier d'argent de la famille Carisia représente (fig. 5107) la tête de Junon Moneta, avec son nom MONETA, et au revers les instruments du monnayage 2.
2° Origine et propagation de l'usage de la monnaie. Lorsque des relations d'échanges un peu suivies commencèrent à s'établir entre les différents peuples dont la famille humaine avait couvert les territoires du monde ancien, les qualités propres des métaux précieux, leur densité et leur solidité, les firent au bout de peu de temps adopter comme instruments communs des transactions, comme le moyen d'échanges le plus commode et le plus sûr. Mais on s'en servit, pendant bien des siècles, purement et simplement comme de toute autre marchandise, c'est-à-dire en les pesant à chaque fois et en les conservant, soit en lingots irréguliers, soit sous forme de bijoux ou d'ustensiles. De grands et florissants empires, comme ceux de l'Égypte, de la Chaldée et de l'Assyrie ont traversé des milliers d'années d'existence dans la richesse et la prospérité, avec des relations commerciales aussi étendues qu'ont jamais pu l'être celles d'aucun peuple de l'antiquité, en se servant constamment des métaux précieux dans les affaires de négoce, mais en ignorant absolument l'usage de la monnaie. Les habitants de ces empires se servaient, dans leurs échanges, de lingots de métal irréguliers comme forme et comme poids, sans marque qui en assurât la valeur au nom d'une autorité publique, et l'on pesait ces lingots à chaque transaction. La monnaie proprement dite, avec un poids et une forme déterminés, et une empreinte qui en garantit officiellement la valeur, est une invention des Grecs.
Les Grecs ont prétendu que l'invention de la monnaie eut lieu à Égine et qu'elle était due à Phidon, roi d'Argos, qui vivait dans le milieu du vn° siècle av. J.-C. 4. Nous ne connaissons, en effet, aucune monnaie que l'on puisse faire remonter au delà du vire siècle avant notre ère ; les plus anciennes que l'on possède sont de la Grèce propre, des cités grecques de l'Asie Mineure ou de certains États de cette dernière contrée qui de très bonne heure furent pénétrés par l'influence hellénique. Les Lydiens seuls pouvaient, avec des titres d'une sérieuse valeur, disputer aux Éginètes l'honneur de l'invention de la monnaie, et c'est ce qu'ils faisaient effectivement'. Cependant, si la monnaie, en Asie Mineure, a été certainement fabriquée longtemps avant Crésus, il ne parait pas que cet usage puisse être considéré comme ayant existé à Sardes dès l'avènement de la dynastie royale dont le chef fut Gygès, D'ailleurs, quelques indices manifestes d'une très haute antiquité que portent en ellesmêmes les pièces d'électrum des villes de la côte d'Asie Mineure soumises aux rois de Lydie, pièces antérieures aux émissions de Crésus, l'aspect, la nature du travail, l'irrégularité du lingot, qui a encore la forme allongée désignée par les Grecs sous le nom d'6âe),iexos, révèlent
comme encore plus antiques certaines monnaies d'argent d'Égine, dont nous donnons un échantillon dans la figure 5108. Or, la tradition qui fait de l'Argien Phidon l'inventeur de la monnaie, place à Égine son premier atelier de fabrication. Nous adoptons donc la tradition la plus généralement répandue parmi les Grecs sur l'origine hellénique
de la monnaie °. Il nous parait ressortir de la comparaison des dates et des mo
numents numismatiques eux-mêmes, que cet usage, inventé par tin roi d'Argos et pratiqué pour la première fois par ses ordres dans l'atelier d'Égine, passa bien tôt de Grèce dans les villes de la côte d'Ionie incorporées à l'empire de Lydie à une époque où les souverains de ce dernier pays subissaient, dans une très large mesure, l'influence grecque ; que si Égine frappa les premières monnaies d'argent, les villes d'Ionie soumises aux rois de Lydie frappèrent, à une époque presque contemporaine, les premières monnaies d'électrum, et plus tard, sous Crésus, Sardes vit naître les premières monnaies d'or pur. C'est des rois lydiens , qu'ils venaient de détrôner, que les Perses Achéménides prirent le modèle de leurs dariques [DARrceS), dont l'emploi ne se propagea que fort lentement dans les provinces intérieures de l'empire et paraît avoir été d'abord confiné aux régions qui entretenaient avec les Grecs des rapports journaliers. Les Phéniciens et l'Égypte n'eurent pas de monnaies avant la domination des Perses Achéménides
En Italie, ce fut aussi l'influence des Grecs et de leurs nombreux établissements, qui fit connaître et adopter par les peuples indigènes l'emploi du signe monétaire dans leurs opérations de négoce. Les Romains puisèrent cet usage à la source que nous indiquons. Quant aux Étrusques, la monnaie d'argent ne commença chez eux que peu après leur collision avec la flotte syracusaine, sous Hiéron 1°r ; leur monnaie de bronze, probablement postérieure, fut une imitation de celle des Romains, qui déjà, dans la fabrication de l'aes grave, avaient imité les modèles qui leur étaient fournis par les artistes grecs [As]. [La tradition romaine attribuait l'invention de l'aes grave au roi Servius Tullius '.]
Les colonies grecques portèrent jusqu'au fond de la mer Noire l'usage de la monnaie , mais il ne parait pas s'être jamais beaucoup généralisé parmi les peuples barbares de la contrée.
Les Carthaginois commencèrent seulement à avoir une monnaie lorsqu'ils se trouvèrent en contact avec les Grecs de la Sicile. L'Espagne, la Gaule connurent la monnaie par les colonies grecques et, parmi les Gaulois de la Gaule proprement dite et de la Pannonie, l'art monétaire ne se développa qu'après leur expédition en Grèce, sous Antigone Gonatas.
A l'orient et au sud de l'Asie, dans la Bactriane et
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hypostase de Poseidon Hippio,(lieu des sources et eaux terrestres qui entretiennent la végétation et favorisent l'élevage du cheval de guerre. Il tient donc de ce dieu et de ses antécédents béotiens un caractère à la fois silvesire et guerrier. A Mantinée, le Korynète personnifie le bois de chênes appelé /éiagos, dans lequel Poseidon Hippios possédait un ahaton très ancien et très vénéré'. Ce bois, rétréci par lespromontoires rocheux qui étranglent la plaine mantinéenne, a donné naissance au mythe de la
ctv(iréç èèéç, où était localisé le combat du Korynète, héros posidonien et chthonien, et do Lycurgue, héros solaire, hypostase de Zeus Lykaios Lykaon . Ce mythe était un symbole de la lutte entre l'élément posidonien et l'élément solaire, entre l'élément humide et l'élément sec, entre la terre cultivable et le sol aride, dont les légendes des plaines fermées de l'Arcadie nous offrent plusieurs variantes . L'épopée fixa ce mythe naturiste sous la forme d'un récit de bataille. L'étymologie du nom d'Aréïthoos, les démêlés séculaires de Tégée et de Mantinée contribuèrent à déformer dans ce sens le caractère primitivement rural de la fête des Moleia , La locution homérique a)vç "Apyaç qui désigne ce combat , la personnification du combat en èIÀ, fils d'Arès , autorisent à penser que le nom de cette solennité finit par prendre, chez les Mantinéens, une signification surtout guerrière et nationale2. G. Fouuss.