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SCYLLA (Exéa),a). Écueil du détroit de Messine', personnifié par la fable en un monstre féroce. Il fait pendant à Charybde, autre écueil redoutable, mais qui a l'aspect d'un gouffre où la mer s'engloutit avec fracas, en absorbant tous les objets et les ares placés à sa portée, puis les rendant plus tard dans un remous en sens contraire'.
Scylla est probablement d'origine sémitique 3, et sa
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généalogie est fort confuse. Dans l'Odyssée, Circé conseille à Ulysse d'invoquer la mère de Scylla, Cratéis'. Selon d'autres rnythographes, ce n'est pas Craléis qui est la mère de Scylla, mais Hécate 2, Échidna ou Lamia4. On donne comme père à Scylla, Phorbas-Phorkys', Triton', Typhon', ou même un mortel, Tyrrhénos 8.
Nous trouvons dans l'Odyssée' la première description de Scylla. C'est un monstre épouvantable qui aboie comme un chien; il est muni de douze pieds et de six cous démesurés portant chacun une tète horrible garnie de trois rangées de dents. Il émerge d'une sombre caverne. Le monstre est anthropophage et dévore six des compagnons d'Ulysse 10. Les poètes dramatiques grecs" et les poètes latins 12 reprennent ces traits essentiels, mais on observe chez eux une tendance à donner à Scylla une forme plus humaine. D'après Virgile 13, on voyait sortir de l'antre de Scylla le buste d'une belle jeune fille, dont le corps se terminait par une queue de dauphin, et dont la ceinture était garnie de têtes de chien. Lucrèce" et Juvénal'° prennent Scylla comme exemple des exagérations de la légende et des égarements de la superstition.
11 ne manqua pas non plus d'explications rationalistes. Selon Palaiphatos, Scylla serait simplement un vaisseau corsaire tyrrhénien qui infestait les côtes de Sicile 10 ; selon Héraclite" et saint Jérôme13, Scylla serait une hétaïre qui dépouillait ses hôtes. On trouve encore l'écho de cette explication chez Isidore d'Espagne 19. Strabon 20 voit dans Scylla et Charybde des repaires de pirates, et il explique les aboiements des chiens de Scylla par les hurlements des chiens de mer à la chasse des galéotes dans le détroit de Messine 'i'. D'autres écrivains ne voient dans Scylla qu'un simple écueil particulièrement dangereux 22. Scylla joue aussi un rôle dans la légende d'Héraclès. Elle est chàtiée et mise à mort par le héros dorien pour avoir volé quelques pièces de bétail du troupeau des Géants". Son père Phorltys la ressuscite avec des torches". Les savants modernes voient volontiers dans Scylla la personnification d'un écueil ou d'un céphalopode gigantesque".
A l'époque alexandrine 2e, la légende de Scylla se fondit avec des légendes voisines d'origine sicilienne, ou italienne, comme le mythe de Glaucus. Le dieu marin [GLAucusj 27, amoureux dédaigné de Scylla, s'adresse à
la magicienne Circé, qui, par ses drogues, métamorphose la jeune fille en un monstre affreux, mi-femme et mi-poisson. Scylla se venge de Circé en faisant périr six des compagnons d'Ulysse; elle allait faire subir le même sort aux compagnons d'Énée quand elle se vit changée en rocher. Selon une autre version, Scylla aurait été métamorphosée par Amphitrite, jalouse de l'amour que lui témoignait Neptunei0.
Dans une légende mégarienne, ou crétoise, Scylla est la fille du roi de Mégare, Nisus. ])prise du chef des envahisseurs crétois, Minos, la jeune tille trahit son père et sa patrie. Elle est changée en un oiseau fabuleux, le Ciris .
Représentations //gur'ées. Les monuments mycéniens connaissent un monstre semblable à Scylla 70; mais les artistes grecs ont surtout emprunté à l'Odyssée les traits principaux de Scylla, en éliminant ce qu'ils contenaient de trop sauvage pour convenir à une création artistique 3f.
Une pierre gravée da Cabinet des médailles 32, des bas-reliefs de Mélos n, des monnaies de Cumes n et de Cyzique n nous offrent le type le plus ancien. C'est un buste de femme vu de profil, vêtu du chiton à longues manches ; elle porte, en outre, à droite et à gauche, sur ses épaules, une tête de chien. Le corps se termine, à partir de la ceinture, en une queue de dauphin ou de poisson. Ses mains ont la forme de nageoires. Sur les monnaies d'Allibanon30, elle est représentée nue jusqu'à Iaceinlure. Elle a encore sur les épaules les têtes de chien, mais ses mains sont humaines. Les monnaies de Cumes37, d'époque plus récente, nous of cent une curieuse évo
lotion du type de __~_ o l J4
Scylla (fig. 6244) : sa tl ~_, ~~ x
ceinture est garnie de pi'otomesde chien, C'est l'image traditionnelle qu'on observe ensuite sur los
vases peints, les bas-reliefs, etc. Sur une monnaie de Lipara3s on voit une Scylla déjà complètement humaine, assise sur un chien de mer.
Scylla décore le casque d'Alhénasurcertaines monnaies grecques de l'Italie méridionale. Cette innovation provient de Thurium (fig. 62Ei)n. On associa à la ligure
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l'Athéna celle de Scylla, pour rappeler que ce monstre redoutable se plaisait à errer sur le rivage de l'antique Sybaris'. Comme motif décoratif, Scylla apparaît sur des monuments de genre divers, miroirs', casques 3, appliques`, et sur la cuirasse sculptée d'une statue d'Athènes'. 1,es vases peints d'époque plutôt tardive nous offrent d'assez nombreuses représentations de Scylla seule ou accompagnée d'autres personnages mythologiques, semblable au type des
monnaies. Sur un fond de coupe attique à figures rouges 6, Scylla apparaît de face, la main droite sur sa tète; son buste se prolonge en une double queue de poisson; de sa main gauche, elle tient une rame. Elle figure aussi sur un vase d'Asstéas 7 entre un triton et un dragon. Sur un vase apulien8, Scylla élève les deux bras d'un geste violent ; de la main droite, elle tient une rame et de la gauche un poulpe; on la voit aussi, sur une autre peinture, entre Persée et une Néréide'.
Signalons encore un beau rhyton plastique 10 et un médaillon de terre euile. Scella cet aussi fréquemment figurée sur des vases à reliefs". Enfin, deuxaskossupportent des statuettes de Scylla ".
On voyait à Rome, dans le temple de la Paix, le tableau d'un peintre grec, Nicomachos, représentant Scylla. On a voulu, sans raison suffisante, en retrouver l'imitation dans certaines peintures pompéiennes L3. Androkydès de Cyzique avait également peint une Scylla ". C'est de
l'époque hellénistique aussi que (latent les fragments d'un groupe colossal de Scylla. en lutte contre les compagnons d'Ulysse f6. On le rattache communément aux écoles de Pergame ou de Rhodes. Scylla était figurée sous les traits d'une femme nue, aux formes opulentes, dont le corps se terminait, à partir des hanches, en une
queue de poisson. Des feuilles enveloppaient la ceinture d'où surgissaient trois protomes de chien engloutissant chacun une proie humaine; une quatrième victime était saisie par la main gauche de Scylla qui brandissait le gouvernail de la main droite. Nous n'avons conservé de ce groupe que des torses" et des têtes isolées 17. Le style
de ces fragments offre de l'analogie avec le Laocoon, la tête du Géant, mourant de Naples et le prétendu Sénèque. Des pierres gravées nous présentent lemème motif dans son intégrité 18; il n'est pas rare dans les bas-reliefs décoratifs (fig. 6246) ' 3,
et une belle fresque de Stabies (fig. 6247) en reproduit probablement l'allure générale, pleine de fougueetd'invention pittoresque 20.
Scylla est associée
aux Centaures sur un pied de table de Naples 21.
A Rome, les monnaies de la République (fig. 6248) 23
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et de l'Empire 1 représentent très souvent Scylla. Elle fait partie du répertoire des mosaïstes 2, et elle apparaît aussi sur les médaillons conloruiates «fig. 6249). Une mosaïque du Vatican montre la lutte (le Scylla et des compagnons d'Ulysse 4. Une autre mosaïque, récemment exhumée à Sila en Algérie, représente Scylla en compagnie des Néréides '.
Les artistes étrusques ont souvent représenté un monstre féminin ailé qui offre de grandes analogies avec la Scylla grecque. Toutefois, il est probablement le résultat de la fusion d'un démon marin des Étrusques avec notre déesse °. Ces figures ornent une stèle 7, des cistes des miroirs ° et des vases peints t0. Le type de Scylla aboutit enfin àdesreprésentatioris de jeunes guerriers marins sur le monument de Saint-Rémy 17.
Pour le mythe de Scylla et Glaucos voy. GLADCUs et fig. 3630'". Quant à la fille de Nisus, elle a une place parmi les grandes amoureuses figurées sur une fresque de la Bibliothèque vaticane GASTON DARIER.