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TUMULUS (T4o;, Nv=r µa). L'histoire des constructions funéraires dans l'antiquité grecque et romaine a été traitée à l'article smameBUM. Depuis la publication de cet article, des documents ont été rassemblés, qui complètent nos connaissances sur cette question. Nous donnons ici un court résumé de ces indications nouvelles : nous laissons entièrement de côté toutes les découvertes qui n'ont d'intérêt que par les variantes dans le détail dei constructions, que nous ne pouvons songer à énumérer ici.
Dans le domaine égéen, ce sont toujours les deux types de la petite tombe à fosse, dérivée du type des Cyclades, et de la grande tombe à chambre, qui se révèlent associés ; il en est ainsi, par exemple, sur la côte nord de la Crète, dans i'ilot de Mochlos 1, où, sur 2'1 tombeaux découverts, G sont de grandes chambres rectangulaires, munies de portes et de murs faits de blocs puissants, et 18 de petits tombeaux individuels souterrains et sans portes ; le mobilier funéraire ne marque pas de différence essentielle entre les habitants des unes et des autres de ces constructions funéraires. A Gournia2, ville de « province » minoenne, c'est une nécropole de petites gens qu'on a retrouvée, où les corps sont entassés sous de grands pitleoi. Mentionnons enfin,
à Cnossos, une sépulture de type particulier' : deux fosses creusées dans la roche tendre et reliées par un couloir ; la première sert de prodomos, la seconde est le tombeau proprement dit. En face de l'entrée de cette seconde chambre sont deux grandes niches, séparées par un pilier. La partie droite de la chambre contient une fosse rectangulaire ; la partie gauche, avec les deux niches, formait comme une chapelle consacrée au culte funéraire.
Pour ce qui concerne la période ancienne des civilisations italiques, on trouvera réunis dans l'ouvrage d'ensemble de M. Grenier ° les documents relatifs aux nécropoles « villanoviennes ». Les tombes à puits y apparaissent tantôt sous la forme d'un simple trou cylindrique ou rectangulaire, profond de 1 m. à 1 m. 50 (sépulture in nuda terra), tantôt sous celle d'un puits dont le fond est doublé d'une construction protectrice, mur circulaire de galets ou caisson quadrangulaire de dalles, les parois se resserrant au-dessus de l'ossuaire et fermant la tombe par une sorte de tholos en miniature. Les tombes à fosse, évolution du type précédent, sont le plus souvent à forme de rectangle de 1 m. à 2 m. de côté ; les tombes à (Mio, où l'ossuaire et le mobilier funéraire sont contenus dans de grandes jarres, sont peut-être la marque d'une influence étrusque qui, à partir du vie siècle, se fait sentir dans le pays « villanovien » avant de s'y installer victorieusement. Il semble bien en effet, comme nous l'avons déjà indiqué à l'article SEPULCBUS, que des nécropoles villanoviennes aux étrusques, et parallèlement d'une civilisation à l'autre, il y ait rupture nette et non continuation. La disposition topographique des nécropoles, la forme des tombes et le mobilier funéraire apparaissent différents dans les unes et dans les autres, quand on peut, comme à Bologne, les étudier presque côte à côte. Il en est de même pour les monumenta funéraires. Sur les tombes a villanoviennes » c'est, après la stèle xoanon5, la stèle plate à corps rectangulaire et surmonté d'un disque, où sont incisés des ornements géométriques 5, quelquefois avec ébauche de figures d'hommes et d'animaux; quelques fragments seulement sont, non plus incisés, tuais sculptés de véritables scènes animées 3. Sur les tombes étrusques, c'est, à Bologne comme dans l'Étrurie propre, le cippe sphérique ou ovoïde 9, et surtout la stèle plate en forme de fer à cheval : elle est généralement divisée en zones et encadrée de motifs ornementaux géométriques ou végétaux :le plus caractéristique est la spirale à, ondes 10. Les zones sont sculptées de sujets animés (fig. 2814, 2815) Tantôt ce sont des animaux réels ou fantastiques" ; tantôt c'est la représentation du défunt l2 on sa descente aux enfers, à pied, à cheval ou sur un char33 ou la scène d'adieu ou d'offrande" ; ce sont quelquefois des figures de guerriers et des scènes de combat 19, des courses de chars ls, enfin des représentations d'êtres fantastiques 17. Il y a donc bien, entre les
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nécropoles villanoviennes et les étrusques, une coupure très nette, telle que l'a pu faire seulement l'intrusion, plus ou moins violente, d'une civilisation relativement avancée et luxueuse dans le domaine d'une civilisation plus arriérée et attachée à de vieilles traditions'.
Les constructions funéraires de l'époque classique grecque, connues par les découvertes et les fouilles des dernières années,sont des exemplaires des types déjà connus, énumérés à l'article 5E1'ULCRUM, depuis les simples fosses creusées à une faible profondeur jusqu'aux grandes chambres funéraires, dissimulées sous de hautes buttes de terre. Mentionnons, du premier type, les tombes trouvées à 01hia2, fosses quadrangulaires en pierre, avec une couverture de même matière à deux versants : dans un des murs de côté de la fosse est creusée une petite niche qui sert de tombeau proprement dit, et qui est bouchée avec des amphores. Du type de la grande chambre funéraire, connu en Macédoine (Palatitza), on a découvert récemment un exemplaire intéressant : c'est à Langaza, près de Salonique 3, au centre d'un tumulus de 76 m. de base et 19 in. 50 de hauteur, une construction rectangulaire formée d'un prodomos et d'une chambre sépulcrale ; la façade du prodomos, haute de 4 m. 83, est ornée de 4 colonnes ioniques engagées, surmontées d'un fronton ; au milieu s'ouvre une porte en bois, décorée d'appliques de bronze. Le prodomos communique avec la chambre sépulcrale par une porte faite de deux vantaux monolithes de marbre. La chambre funéraire enfin contient un sarcophage, divisé en deux compartiments munis d'une couverture indépendante ; sous le plus grand des deux se creuse la tombe proprement, dite, où le corps était renfermé dans un cercueil. Signalons encore, comme grand monument funéraire, les restes, découverts à Thespies, du polgandrion des guerriers morts à Délion en 424 ; c'était une grande fosse rectangulaire entourée d'un mur; comme erux un lion se dressait sur le monument.
C'est pour la connaissance d'une nécropole attique de l'époque classique que les tout récents travaux ont été le plus fructueux M. Bruckner a dégagé l'ensemble du cimetière athénien du Ive siècle qui se trouvait en dehors de la porte Dipyle, entre la voie sacrée d'Éleusis et la route du Pirée, sur la pente de la colline qui porte maintenant l'église d'Haghia Triada. Les ei,u.arx monumentaux du cimetière étaient depuis longtemps très connus ; on voit seulement aujourd'hui comment ils se groupaient dans des enclos funéraires, et quel ensemble formaient toutes ces « concessions » particulières. Voici les indications essentielles, tirées de la publication de M. Brückner Deux points sont à faire ressortir tout d'abord : le premier, c'est que la nécropole, loin d'être un simple assemblage de monuments disparates, était aménagée en terrasses, en vue d'un effet d'ensemble à produire ; le second, c'est la séparation absolue entre la sépulture proprement dite et les ci,uata qui la signalent. Les cr u.atia, dans chaque enclos funéraire, sont disposés sur le bord du chemin, en un ensemble frappant pour les veux ; tout l'effort artistique et toute la dépense ont porté sur eux ; les sépultures sont creusées
en arrière d'eux, dans le terrain de la concession, recouvertes de tumuli de terre maintenant disparus.
Le cimetière a été aménagé au iv° siècle; sa disposition révèle un plan d'ensemble ; ce n'est pas cependant une création du peuple athénien, comme l'étaient dans la même région les tombeaux élevés sur la route de l'Académie et deux autres, qui subsistent encore, entre la porte Dipyle et la nécropole dont nous parlons, élevés par les Athéniens à Pythagoras de Sélymbria et à des ambassadeurs corcyréens G. La construction de la nécropole va de 394 à l'époque de Démétrios de Phalère. L'espace qu'elle recouvrait était partagé en deux par un chemin de 8 m. de large, dont les terrasses qui le bordaient des deux côtés faisaient un chemin creux. Ce chemin ne servait pas à la circulation ordinaire ; il était comme l'axe de la nécropole, suivant dans sa courbure la ligne même de la colline. La chaussée du nord au sud était en pente plus haute du côté nord que du côté sud, de telle sorte que le sommet des erux'rx était élevé de 6 m. environ au-dessus du chemin du côté du monticule actuel d'H. Triada, de 7 m. du côté opposé ; ainsi, de la voie sacrée, les monuments du côté sud, les plus luxueux, étaient bien visibles par delà les monuments du côté nord. Un chemin transversal se détachait vers le sud du chemin d'axe, avec lequel il délimitait un espace divisé lui-même en deux parties ; d'abord les terrasses divisées en enclos juxtaposés ; ensuite, et par derrière, un terrain contenant les sépultures plus anciennes et plus simples dont il a été question à l'article surutnutum (p. 1216). Les concessions avaient une largeur d'environ 8 m.; elles n'avaient de murs que sur la face exposée à la vue, du côté du chemin ; leurs limites, en arrière et sur les côtés, étant marquées seulement par des ipos °. Les sépultures étaient placées en arrière des (rf; i.xtic. Les enclos n'avaient pas d'entrée par le devant, sur le chemin central, et n'étaient accessibles sans doute que par un sentier desservant le côté opposé.
Chaque « concession » présentait, en bordure du chemin d'axe, les stèles et autres monuments qui constituaient les erjux^:a funéraires. En dehors de leur valeur d'art, ces c-l,N.xix, par leur groupement même, représentaient comme l'histoire même de la famille propriétaire de l'enclos. Nous décrirons très rapidement l'enclos marqué II sur le plan d'ensemble de M. Brückner s. Il appartenait à une famille originaire d'Iléraclée du Pont. Large de 8 m., profond de 6 m. environ, il présentait en façade sur le chemin un mur de grands blocs de calcaire, recouvert d'un stuc blanc et portant un couronnement en tuiles. En arrière de la crête du mur se dressaient les
-fl cn'rx. Au centre, une haute stèle à palmette 9, portant les noms d'Agathon et de Sosicratès d'Héraclée ; d'une part et de l'autre de la stèle, le naïskos à représentation peinte d'Agathon et celui, conservé et bien connu, qui représente Korallion l°, femme d'Agathon ; à droite du c=eux d'Agathon un naïskos plus petit, de même à gauche de celui de Korallion ; enfin, à chaque extrémité de la crête du mur de face, il faut sans doute restituer deux lécythes de marbre servant d'acrotères. D'observations de détail il ressort que le monument élevé le premier, et du vivant même des deux frères, a été la stèle qui
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marquait leur prise de possession de l'enclos ; qu'avant Agathon moururent sa femme Korallion et son frère Sosikratès, réunis tous les deux en face d'Agathon vivant, sur la stèle de Korallion ; qu'enfin, après la mort d'Agathon, un naïskos lui fut élevé de l'autre côté de la stèle commune aux deux frères. On retrouve ailleurs, par exemple dans la « concession » de Koroibos de Mélité', ce fait que la stèle marque le droit de propriété du chef de la famille et souvent est le seul ajax qui lui soit propre ; c'est pourquoi les stèles sculptées offrent en majorité des images de femmes.
D'autre part, des circonstances spéciales pouvaient amener à donner, dans l'ensemble des csuatx, plus d'importance au monument de tel ou tel membre de la famille Il en est ainsi, par exemple, dans la concession de Lysanias de Thorikos2 ; derrière les stèles d'une fille et d'un fils se développe en arc de cercle comme un mur d'hilrôon, décoré à ses deux extrémités de sirènes en acrotères, et portant, au milieu de son architrave, dominant de haut tout l'ensemble, la stèle du jeune guerrier Dexiléos D'ailleurs, à ce dernier point de vue, les recherches de M. Bruckner ont montré que toutes les stèles étaient exposées à une hauteur de plusieurs mètres, et que par là leur aspect réel différait assez de celui sous lequel elles nous sont familières.
lL est frappant qu'on n'ait guère trouvé au Céramique, comme er .xsx funéraires, que des stèles, et non point des statues d'hommes et de femmes. On attribue assez communément voir l'ouvrage d'ensemble de M. Collignon' la rareté au moins relative des statues tombales connues, pour l'époque classique, au hasard des trouvailles : l'explication semble insuffisante. L'exemple du Céramique montre bien, d'autre part, qu'on ne saurait l'attribuer à ce fait que la statue tombale était un n ia particulièrement magnifique et coûteux. Car la nécropole du Céramique est un cimetière à constructions funéraires riches ; d'ailleurs certaines stèles sculptées sont des ouvrages considérables, et de main-d'eeuvre importante. Remarquons enfin que, par l'extrême saillie de leur relief, des figures comme celle de l'hoplite Aristonautès6 ou celle de la femme de Philoxénos de Messène 6 sont presque des équivalents de la statue funéraire. 11 nous semble donc que, si les statues funéraires sont peu nombreuses au regard des stèles au ve et au 1, t" siècle en Attique, ce n'est point là pur hasard, mais une question de mode, se rattachant peut-être à des préjugés d'ordre artistique ou même religieux '.
Les statues funéraires n'en sont pas moins nombreuses en pays grec, surtout en dehors du ve siècle et de l'Attique. Mais ce n'est qu'en s'aidant d'hypothèses, en retrouvant dans les musées, sous des dénominations toutes différentes 6, des statues à destination funéraire, qu'on peut restituer des séries chronologiques de statues tombales correspondant à celles des stèles. On trou
era dans l'ouvrage de M. Collignon l'énumération et le classement des monuments de ce genre, aux diverses époques de l'art grec : statues du défunt, debout ou
assis ; statues du mort héroïsé, à partir de l'époque hellénistique : statues d'animaux' (lion, chien ; types fantastiques (sphinx, sirène) ; groupes divers. Citons seulement ici, comme exemplaires de la belle époque de l'art, deux statues de femme jusqu'ici peu connues; l'une du type debout, passée de la collection de Trentham Hall au British Museum 10; l'autre du type assis, de la collection Barracco ". Une tête de statue funéraire féminine, provenant de l'Attique et entrée depuis peu à la Glyptothèque de Munich", mérite l'attention par la façon curieuse dont y sont marqués les stigmates de l'âge ; l'évolution vers un réalisme très prononcé s'est produite dans la statuaire funéraire aussi bien que dans le relief 13.
Nous avons, à propos de la période hellénistique et gréco-romaine, marqué à l'article sEPuLcauut comment la tendance à l'llérolsation s'est traduite dans les constructions funéraires par le développement du type de l'hérôon. Parmi les monuments de ce genre, il faut au moins mentionner ceux qui décoraient, dans une ville d'Asie Mineure, Termessos de Pisidie, à l'époque impériale, les côtés des deux « voies des tombeaux n qui, comme à Pompéi, constituaient une véritable nécropole. Voici quelques indications empruntées à MM. ileberdey et Wilberg". Les monuments se classent en deux types. Le premier est l'édicule, entourant le sarcophage de trois côtés, entièrement ouvert sur le devant '°; la construction se complète dans beaucoup de cas par l'adjonction de colonnes sur le front16 ; quelquefois aussi les murs de côté disparaissent et le sarcophage remplit tout l'espace entre les colonnes de front et le mur postérieur" ; enfin le mur postérieur lui-même peut être remplacé par une rangée de colonnes 18. L'autre type, représenté par des exemplaires moins nombreux, est celui de la cella prostyle, toute close de murs et accessible par une porte, véritable temple-tombeau79. Dans un des monuments", une abside semi-circulaire prolonge la cella, et l'ensemble a déjà l'aspect d'un type de
basilique chrétienne. ÉMILE CiA11ES.
colobium). --I. Ces termes désignent proprement un
vêtement porté directement sur le corps et fait en forme de chemise, c'est-à-dire cousu, avec des ouvertures pour les bras et la tête; vêtement que l'on endosse, par opposition aux draperies que l'on fixe sur soi (épibléma, amictus) [PAr.GJusmj. C'est seulement dans ce sens précis que nous emploierons ces termes, bien qu'on ait donné parfois le nom. de chitôn dorien à une variété d'épi
blema, le péplos [PÉPL.os].
par les hommes d'âge avancé et de haute condition, audessous de la chlaina ou du pharos (fig. 7158) ; elle est surtout caractéristique des dieux, des citharèdes, mais les serviteurs eux-mêmes peuvent la revêtir". Les jeunes gens, les guerriers, tous ceux qui mènent une vie active, la remplacent par une tunique courte, couvrant tout juste le haut des jambes, ajustée souvent sans ceinture (fig. 5079, 1640) ; c'est là de beaucoup le vêtement le plus usuel, le port en est constant sous la cuirasse (fig. 1400, 4527 à 4530, 45321.
Ce qu'il importe de constater, c'est que ce chitôn sous ses deux formes est répandu absolument dans tout le monde on le rencontre aussi bien en centrale, en Laconie, que sur les vases ioniens ou italiotes'. Ceci n'est qu'en contradiction apparente avec le texte souvent cité de Thucydide concernant le costume archaïque, où il attribue l'usage du chitôn de lin aux personnes de haut rang chez les Ioniens et les Athéniens en particulier°. M. llolwerdai7 a cru résoudre cette contradiction en donnant le nom de « chitôn ionien »
ou « chitôn de dessus » (571EVÔ' Tr,S), à cette draperie aux plis savants qui croise sur la poitrine des statues de
l'Acropole (PALLIUll1. La tunique d'apparat, qui caractérise
aux yeux de Thucydide la mollesse de l'lonie archaïque' 3,
fait son apparition, sur les premiers monuments grecs
d'Asie Mineure, sous une forme qui ne diffère du chitôn
précédent que par plus de longueur et d'ampleur. Il
couvre entièrement les pieds des statues assises de Milet,
et la partie supérieure en est assez riche d'étoffe pour
draper le bras parfois jusqu'au delà du coude'. Le plus
original dans ce costume, c'est que nous le voyons pour
la première fois porté par des femmes ; l'influence orien
tale est sensible dans l'identité du costume des deuxsexes.
Que cette mode ait son origine en Asie ou dans les Iles,
elle ne tarde pas à se répandre dans tout le monde
ionien ; léger et moulant les formes, le chitôn ionien
amène les femmes à adopter des vêtements de dessus,
voile, himation, chlaïna, diploïs, et la complication du
costume produit cet ensemble savant et varié qui semble
caractéristique de la draperie archaique20. Cette mode
ne manqua pas d'exercer son attrait sur le reste de la
Grèce; un conte d'Hérodote nous permet de placer au
début du vi0 siècle l'introduction de ce chitôn dans le
costume des femmes d'Athènes et son triomphe sur le
péplos 21.I1 ne remplaça cependant point de prime abord
le costume traditionnel et même ne l'a sans doute jamais
fait entièrement oublier ; il s'introduit comme vêtement
intime porté sous le péplos, assez étroit et visible seule
ment sous le bord inférieur du péplos ou au coude2-.
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GRÊcE. I. Le costume « égéen » présente une assez grande variété de formes, parmi lesquelles on peut distinguer les prototypes des diverses pièces d'habillement classique ; c'est surtout un costume apparenté à l'himation qu'on y trouve, comme celui que porte le lyriste du sarcophage d'Haghia Triada'. La tunique est remplacée en Crètepar une sorte de pagne, soit très court en forme de calecon2 (fig. 564,1), soit tombant de la ceinture aux pieds3. L'époque mycénienne tardive, qui correspond sans doute
à l'entrée en Grèce d'une nouvelle grec ;
race, apporte en même temps Grèce que l'usage de la fibule', qui suppose le péplos féminin, une courte tunique à manches portée par les hommes ; ce n'est autre
chose que le itzd,v des guerriers d'Homère. C'est ce que l'on voit sur le vase dit des guerriers, qui appartient à l'époque mycénienne tardive,proche del'époque, dorienne et homérique (fig. 7517 . On a donc des raisons de penser que ce costume a été créé dans le nord, sur le continent achéen, plutôt qu'en Crète'. Mais le mot /t-u' n'est pas grec d'origine : il remonte à une racine sémitique qui désigne les étoffes de lin ; ils'est appliqué donc dès l'abord à un vêtement de toile'.
Ce chitôn, ordinairement court et laissant les jambes
libres, se revêtait comme une chemise (ôios, évc;'uw) et se
portait, soit seul (fig. 470), soit sous la cuirasse ou sous le manteau (h'jpo;) 8. II constitue par excellence le vêtement de dessous des hommes, par opposition au péplos féminin ; Athéna, quand elle veut s'armer, dépouille son péplos pour revêtir le chitôn de son pères. Pour les hommes du peuple, le chitôn est étroitement ajusté, avec des manches courtes, descendant à peine aux genoux et serré sur les cuisses (fig. 2122, et fig. 7156110.
C'est bien cet état du costume que représentent les monuments archaïques, en particulier les vases peints ; cependant on a contesté en ces derniers temps que ces figures puissent servir à illustrer Homère, comme on le croyait depuis Studniczka". C'est surtout sur le costume féminin que porte la discussion, en particulier sur l'assimilation du péplos homérique au costume porté par les femmes sur le vase François (fig. 5459)'". Quoi qu'il en soit, le costume masculin de l'épopée ne diffère pas de celui de l'archaïsme ; la pièce principale et indispensable en est le chitôn. Celui-ci, porté long, descend jusqu'aux chevilles; de médiocre ampleur, il n'exige pas de ceinture et tombe droit ; il ne comporte pas de manches cousues et ne couvre guère que le haut des bras. Cette forme de chitôn est portée très communément
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A la fin du vie siècle et dans les premières années du ve le costume ionien domine; c'est l'Athènes des Tyrans qui nous en a laissé les exemplaires les plus nombreux et qui permettent le mieux d'en apprécier la diversité.
Les femmes portent quelquefois le seul chitôn ; comme il est très long, elles le fixent à la taille par une ceinture fciNcuLmj, tirent l'étoffe de bas en haut et la laissent retomber en forme de kolpos (fig. 7159 ; cf. fig. 3681)1. Pendant cette opération, pour faciliter la pose de laceinture,on tenait parfois dans
avee kolpos et apoplygrna. ses dents le bout du rabat,
apoptyynta (fig. 7160) 2. Cette partie supérieure, étant liche et ample, est sillonnée de plis symétriques et pressés qui lui donnent l'aspect d'une sorte de maillot (fig. 4967). La ceinture est généralement cachée par cette retombée d'étoffe; elle reste plus rarement visible'.
Cette ampleur explique que les bras puissent être couverts jusqu'au coude, sans qu'il soit nécessaire d'adapter au corps du vêtement des manches faites à part. Malgré la ceinture, le bas du chitôn embarrasserait la marche de ses plis; aussi le retrousse-t-on en fin paquet que l'on fixe it la ceinture par devant fig. 1094) 'ou, plus fréquemment, que l'on tient à la main Le kolpos prend des formes variées selon qu'il retombe également sur tout le pourtour de la ceinture, comme aux statues de l'Acropole, fers, ou qu'il s'allonge par de
vant, formant une pointe
sur le ventre (fig. 5426) '.
Le haut du chitôn s'agrémente parfois d'un rabat qui doit être la partie supérieure de l'étoffe, rejetée au dehors comme 1'apoptyyma dupéplos(fig.5655); dans les peintures de vases ce rabat tombe souvent jusqu'à la taille (fig. 7159)7.
La fermeture sur les épaules et les bras n'est plus que rarement obtenue par la couture 8; on lui préfère une suite d'agrafes ou de boutons, assez espacés pour laisser paraître la blancheur de la peau (fig. 4967 . Les bras ne sont souvent recouverts qu'à moitié; il semble qu'il n'y ait de véritables manches qu'à l'Aphrodite de Lyon' etsurla tombe lycienne des IIarpies10.Par-dessus ce chitôn s'agence savamment l'himation et la kalyptra.
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Ce costume continue à être commun aux deux sexes, mais on conçoit que les hommes ne pouvaient le porter qu'en renonçant à tout mouvement violent; il reste pour eux un vêtement d'apparat; sous cette forme il pénètre jusqu'en Laconie". Pratiquement, les hommes le retroussent par-dessus la ceinture de façon à dégager les genoux (fig. 7161) 12, et même si la tunique était très longue, on pouvait, en la retroussant deux fois par le kolpos et l'apoptygma, obtenir le même résultat (fig. 7162) 73. Pour s'habiller plus rapidement, on ne prenait pas la peine chaque jour de remettre en place, au point de suture, les agrafes qui retenaient l'étoffe à l'endroit du col et des manches ; on les laissait en place et on enfilait le vêtement tout prêt, comme une chemise (fig 7163)'`.
L'étoffe de ce chitôn était de lin, comme nous l'apprennent IIérodote et Thucydide ; elle devait être légère et souple, à en
juger d'après son aptitude à mouler les formes du corps; les stries, régulièrement ondulées, qui en parcourent la surface, peuvent faire croire qu'elle était soumise à un apprêt (sorte de tuyautage), comme la fottslanelle moderne'0,ou
à une simple torsion Û. l'état humide. Sur les vases à figures noires le chitôn est ordinairement représenté en blanc et sans ornement, mais les statues de l'Acropole nous ont fait connaître la riche décoration qui pouvait en orner les rebords ; l'étoffe elle-même était teintée en bleu, en vert ou en rouge'', et la richesse de ce vêtement de dessous ne le cédait qu'à celle de l'himation qui le recouvrait.
Pour Athènes, les statues de l'Acropole placées avant 480 et les vases à figures rouges de style sévère marquent
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l'apogée du costume « ionisant ». Après les guerres médiques se dessine la réaction. Au temps de Thucydide les hommes lui avaient substitué une tenue plus simple,
nait de Lacédémone, et le ve siècle voit reparaître chez les femmes le péplos, qui est considéré comme le costume national' . Ici encore il ne s'agit pas d'un changement radical ; sur les peintures de vases et dans
la sculpture revient le péplos dans sa forme la plus sévère, sans ceinture, avec petit apoptygma et sans vêtement de dessous, mais il est possible que ce ne soit qu'une convention artistique et qu'en fait le chitôn sans manches subsiste sous le vêtement dorien (fig. 1361)2. Celui-ci d'ailleurs subit l'influence du chitôn ; l'apopty gma tombe plus bas qu'auparavant et l'on met la ceinture par-dessus [PÉPT,os, fig. 5363, 5564, 1441; le kolpos prend plus d'ampleur; bref il se constitue alors une forme un peu spéciale, que l'on convient d'appeler « péplos attique ». Le chitôn, en revanche, à l'imitation du péplos, laisse souvent les bras entièrement libres et n'est plus attaché qu'en un point sur les épaules. En fait, les deux costumes subsistent côte à côte pendant tout le ve siècle ; le relief des deux déesses d'Éleusis et la frise du Parthénon nous montrent que leur usage était purement affaire de goût personnel'.
Il. Les formes du chitôn féminin à l'époque classique sont d'une grande variété : la ceinture détermine toujours un kolpos plus ou moins long4, mais souvent le kolpos est pris sous elle ; ou bien elle est fixée sous
les seins et maintient en même temps l'apoptygrna Parfois, quand on veut raccourcir le chitôn, la ceinture
est portée double, comme sur la « Diane de Gabies », et provoque deux retombées de draperie ; le rabat donne parfois l'impression d'un mantelet indépendant La tunique à longues manches, y.etptwrôç I.tTdv, a joui au cours du v' siècle d'un moment de vive faveur ; sous le nom de xxviuç, /candys, elle est portée par les femmes libres par-dessus un premier' chitôn plus long et admet une décoration très riche (fig. 4807) e. Dans sa forme plus simple, elle est le costume ordinaire des esclaves °. Remarquons tout de suite que cette tunique fait partie ducosturne rituel dans quelques cérémonies, comme celles d'ileusis10,etqueson emploi fréquent au théâtre (fig.3840) vient peut-être de là [cuonus, COMOEDIA, IilsrBlo, MAN1CA.
Lorsque le chitôn était fermé en haut par des agrafes
IX.
placées à quelque intervalle l'une de l'autre, il risquait de glisser le long du bras et de découvrir l'épaule ; c'est ce qui arrive à une Niké de la balustrade du temple de la Victoire Aptère ". Pour y remédier on maintenait l'étoffe contre l'aisselle par un ruban qui passait sur l'épaule l2, ou, mieux encore, on faisait
passer sur les épaules des sortes de bretelles qui s'entre-croisaient sur la poitrine et retenaient la ceinture (fig. 1478, 3372 et 6072), arrangement qui convenait particulièrement aux petites filles et qu'on attribuait aussi aux Amazones 13. Le chitôn n'est fermé en haut quo par des agrafes et des boutons, ce qui n'empêche pas qu'on ne l'endosse, comme une chemise, tout boutonné (fig. 716ii) 1+. Quand il n'est retenti à l'épaule qu'en
taché et retomber parsa tunique.
dessus la ceinture, découvrant entièrement le buste fig. 6066). Une telle tenue ne convient naturellement qu'à des Ménades ou des Amazones, qui se contententmême ordinairement de décou
vrir une épaule,transformant ainsi leur tunique
analogue à 1"s;mlAiç masculine 76. Parfois au contraire le chitôn est fermé en haut par un ruban, cousu au bord supérieur16
Cette partie du costume féminin tend de plus en plus à n'être qu'un vêtement de dessous ou d'intérieur, sur lequel on drape le péplos ou, plus fréquemment, l'ample himation. 11 faut noter ici quelques formes singulières de vêtements de des
sus, telles qu'une sorte de mante à longues manches qu'on jette sur les épaules par-dessus le chitôn !fig. 4808). Parfois sur le premier chitôn on en glisse un second, qui peut être orné lui aussi du volant et du kolpos, mais qui laisse apparaître le premier aux bras et aux chevilles (fig.7165)".
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Plus fréquent au cours du ve siècle est l'usage d'une tunique courte qui ressemble à la x u;, sauf qu'elle n'a point de manches; on pourrait y voir l'saEVBUTr,ç; elle se porte avec ou sans ceinture et semble faite d'une étoffe plus lourde que le chitôn et richement décorée (fig. 7166) 1. Ce justaucorps représente peut-être le Zt'reos sxo;, tel que ceux que l'on consacrait à Artémis Brauronia2.
A l'époque classique les hommes abandonnent le long chitôn ionien, qui est encombrant et qui semble efféminé; il reste l'apanage des prêtres, des auriges, des chanteurs, des musiciens et des acteurs. Mais le chitôn court et sans manches subsiste
dans le costume masculin, bien qu'à la fin du ve siècle le port du simple himation se généralise. Ce premier costume caractérise l'activité physique, le second est un costume de cérémonie 3. Le chitôn est retenu par une ceinture qui détermine un léger kolpos (fig. 7418, 1472 ; pour le raccourcir on emploie aussi l'ourlet`. L'étoffe a d'ordinaire assez d'ampleur pour draper le haut des bras, mais une forme favorite est celle du chitôn attaché sur une épaule seulement, 6TEpouCCr/xXoç, celui que porte l'apobate de la frise du Parthénon 7 ; ce vêtetement devait pratiquement se confondre avec 1'é tnui; définie par Pollux et dont une statuette d'Ulysse donne un bon exemple 6 ; cette exornis était ouverte d'un côté (fig. 7167)'.
L'étoffe du chitôn des deux sexes est restée la toile, ruais on s'ingénie à lui donner le plus de finesse possible et des oeuvres du iv' siècle, comme l'Aphrodite d'Épidaure, nous montrent à quel degré de transparence pouvaient parvenir des
tissus comme l'âuopy(ç et le TtxpxvTtv(Stov 8. La décoration du chitôn n'est peut-être plus aussi brillante qu'à l'époque archaïque ; sur les peintures de vases, la simplicité de cette partie du costume frappe par contraste avec la richesse de décoration de l'himation ou du chitonisque, souvent historiés de précieuses broderies (fig. 5474)°. Pourtant la tunique elle-même porte parfois une remarquable ornementation 10. De plus, les terres-cuites et les lécythes à fond blanc nous
apprennent que l'étoffe en était souvent teintée. Les couleurs favorites étaient le safran, Y,ooxtuTrt1, le vert pâle, ylixuxstou, la pourpre, 7roptLu2tç, Les ornements
consistaient en bandes brodées ou tissées 12 figurant des
créneaux, 7cupytu';13, ou des ondulations, 7rxNxxu U.7Tto; ytTOSv. La décoration la plus simple était composée de deux bandes de pourpre courant le long de la couture, 7ixpxaoupyt; f4
La valeur vénale de ces costumes variait naturellement suivant la richesse des matières employées et suivant les époques. Notons seulement comme indication que le prix d'un chitôn d'homme ordinaire, à Délos, était de dix drachmes au Inc siècle avant notre ère
'°.
ÉTRURlE. Vu l'étroit rapport de l'art étrusque avec le grec, il faut s'attendre à trouver sur les monuments de l'Étrurie des costumes très analogues à ceux que nous venons de voir. Certaines parties cependant, comme la coiffure des femmes, ont un caractère national assez prononcé ; la tunique, au contraire, semble suivre avec plus de fidélité la mode qui vient d'Orient. C'est ainsi que dans une statue de pierre en forme de « xoanon » nous retrouvons le chitôn plat, à ceinture, et le manteau d'une des plus anciennes corés de l'Acropole16, que le chitôn « ionisant n et l'himation oblique sont reproduits dans de nombreuses terrescuites de fabrique locale'''.
Les principales variétés du chitôn apparaissent ainsi au cours des siècles, le type classique
avec manches boutonnées, porté sous le manteau18, le kolpos maintenu par la ceinture, les bretelles entrecroisées sur la poitrine", le double chitôn 20. Parfois ce costume s'allie à un manteau de coupe particulière, que l'on ramène sur la tête et dont les pans couvrent le dos et les épaules21. Les hommes portent souvent le simple manteau; dans le service journalier ou en guerre, une tunique ajustée, à courtes manches (fig. 256, 413, 471, 1359),ou une exomis rendent les mouvements pl us libres".
Il semble que l'on trouve un costume plus étroitement national dans une tunique à longues manches serrées, plissée sous la ceinture, que portent les personnages d'une urne de terre cuite (fig. 7168) L3.
Chez les Osques on rencontre aussi, dans le costume des femmes, des variétés de chitôn très analogues aux formes grecques, par exemple le kolpos tombant très bas 24 ; c'est chez ce peuple qu'apparaît sur la tunique la longue bande de pourpre, comme insigne de fonctions religieuses ou civiles, ornement dont les Romains ont fait le laticlave.
TUN j39 TUN
ROME.-Le costume primitif et national des Romains, commun aux deux sexes, fut la toge portée à nu [TOUA]; les hommes y ajoutaient sans doute un pagne ceignant les reins (cinctus, subligaculum), qui leur permettait de dépouiller au besoin la toge. Telle est la tenue que conservaient les candidats et ceux qui affectaient les moeurs antiques. Mais la tunica' ne tarda point à faire son apparition, d'abord sans doute chez les petites gens (fig. 5615, 5721) dont elle resta le vêtement unique et caractéristique (tunicatus populus)2, puis sous la toge des patriciens. Destinée dès lors à n'être qu'un vêtement de dessous et un vêtement intime, elle ne prend point les formes diverses du chitôn grec ; elle consiste en une chemise sans ampleur, retentie par une ceinture et munie de manches très sommaires; la fermeture sur les épaules est toujours cousue (fig. 7003) 3. Laisser tomber la tunique jusqu'aux pieds était considéré comme une marque de laisser-aller et de vie efféminée, au moins à l'extérieur (diseinctus)4. Cependant la tunique laticlave [cLAVUS] se portait moins serrée et plus longue ; l'usage de la tunique à manches, t. nianicata, manuleata, ainsi que de la tunique tombant aux pieds, talaris, semble aussi s'être introduit dans la mode masculine dès l'époque de Cicéron, et si les tuniques à longues manches frangées [FIMBRIAE] de César firent scandale, Aulu-Gelle et saint Augustin n'ont plus qu'un souvenir de la réprobation que soulevaient de pareilles nouveautés sous la République'.
On sait que le costume consulaire, sousl'Empire, avait emprunté au cérémonial ancien ses plus beaux ornements. Les ornamenta, réservés sous les rois et sous la République à la statue de Jupiter Capitolin et aux triomphateurs, étaient devenus la parure officielle du premier magistrat de la Cité, quand il paraissait en public dans une cérémonie [comm., p. 1469]. Parmi les ornementas figure, avec la toga picta, la tunica palmata, dont le nom semble exprimer un décor formé de motifs végétaux e. Certains auteurs parlent de toge palmata' [TOUA, p. 349], ce qui est sans doute né d'une confusion tardive entre les deux pièces de vêtements. L'un et l'autre dérivent certainement des riches costumes que portaient les prêtres et les magistrats étrusques, auxquels les Romains des premiers temps ont fait tant d'emprunts (voir par ex. la fig. 6998). A l'âge archaïque on ne portait que la toge; plus tard, les habitudes de confort firent ajouter la tunique; on dut mettre alors la tunica palinata en rapport avec la somptuosité de la toga picta. Malheureusement les diptyques consulaires du Bas-Empire, ou les peintures qui permettent d'étudier dans le détail la toga picta (fig. 1906 à 1913; cf. 6999), ne laissent voir que fort peu de chose de la tunique qui est recouverte par le manteau ; on ne peut donc pas s'en faire une idée exacte (cf.cependant les fi g.2485,2468,3986).
A partir de Commode la DALMATICA, tunique ample, tombant droit jusqu'au-dessous du genou, munie de larges
manettes jusqu'aux poignets (fig. 2288, 2289), s'introduit dans le costume et bientôt devient officielle. Une autre variété de tunique à manches est la PARAGATJDA qui figure, comme la précédente, dans l'édit de Dioclétien ; une tunique de forme particulière est celle que portaient les cAMILLi, à longues manches très amples (fig. 1052) et à kolpos (sinus) très prononcé a. Ce qui explique l'évolution de la tunique vers des formes plus amples, c'est la présence d'une première tunique, placée en dessous, qui faisait office de chemise ; ces deux vêtements superposés, connus déjà au temps de Plaute 9, deviennent vite d'un usage général et constant"; la chemise de dessous, appelée tunica interior, subucula, indusium", parfois colohiuin'2, n'apparaît que lorsque la tunique supérieure n'a pas de manches13.Les petites gens, nous l'avons dit, se contentent de la simple tunique, dont l'une des formes les plus connues est la tunique militaire(ti g.5614).
La, jeune fille en se mariant revêtait la tunica recta ou regilla [MATIusloNIUM, p. 1656]. Pour étudier le costume des femmes romaines, il faut tenir compte d'abord de ce que la grande majorité des statues-portraits de toute époque ne reproduit pas sincèrement les costumes réels. On peut faire remonter les types de draperie à un nombre assez restreint de prototypes de l'époque de Phidias ou de Praxitèle, de sorte que la plupart de ces statues nous renseignent tout au plus sur le costume des femmes grecques du ve ou rve siècle''`. En réalité les matrones romaines portaient par-dessus la tunique un vêtement long qui la recouvrait presque entièrement, la STOLA ; les cas où la superposition de ces deux pièces est visible sont assez rares fig. 6641) ; les manches de la tunica ne se voient que lorsque la stola en est dépourvue 'h; dans ce cas celle-ci est attachée sur l'épaule par une large agrafe ou par un ruban ". La tunique apparaît alors, comme le chitôngrec, agrafée ou boutonnée jusqu'au coude; par-dessus le tout s'agencent les plis de la pilla L1'ALLIu5I, p. 292j. Tel est le costume régulier des matrones, qui, seules, avaient droit à la stola ; elles ne semblent d'ailleurs pas avoir tenu jalousement à cette prérogative, puisque sous Tibère le Sénat fut obligé de porter des peines contre les matrones qui se montraient en public sans stola ; c'est donc qu'elles avaient emprunté le costume des femmes de moindre qualité, composé, à la manière grecque, d'une simple tunique portée sous le manteauou encore d'un vêtement particulier, le SDPpARUM.Celui-ci est une tunique ample, tombant jusqu'aux pieds, couvrant les bras et endossée par-dessus la subucula. Cette sorte de vêtement, connue déjà au mile siècle av. J.-C., a dû prendre beaucoup d'extension ; elle caractérise la même évolution qui, dans le costume des hommes, amène progressivement la disparition des draperies de dessus non ajustées; la stola se maintient quelque temps, mais la pattu disparaît ; au temps de Dioclétien, les femmes ne mettaient plus par-dessus la tunique que la dalmatique ou le colobium.
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Cette évolution amenait en même temps une prépondérance toujours plus grande de la toile de lin sur la laine ; cette dernière fut longtemps la seule employée; encore au temps de Pline, dans certaines familles patriciennes,lelin était entièrement banni du costume des femmes1. Sans doute les draperies de dessus,toga ou pana, restèrent-elles de laine, mais celles de dessous exigeaient une étoffe plus agréable; aussi, dès l'origine, les tuniques furent-elles de lin, au moins chez les riches : lorsque IIorace parle de sa tunique de laine, pexa tunica, c'est un trait de plus de la simplicité de sa mise Les Romains apprirent bientôt à apprécier le lin d'Égypte et d'Afrique, et l'édit de Dioclétien mentionne des dalmatiques et des manteaux en toile de Byblos, de Laodicée, d'Alexandrie. La fine sorte de coton appelée carbasus ou sindôn fut sans doute réservée aux vêtements intimes, de même que les variétés de soie, les vestes toue, en grande faveur au ter siècle de notre ère, les vestes sericae et bolnb!cinue [SERIcuM].
Il était naturel que, tant que la tunique restait vêtement de dessous, elle ne recùt pas une ornementation bien variée; on connaît le rôle des bandes de pourpre qui ornent le laticlave et l'angusticlave [CLAVUS]. Mais lorsque la tunique supérieure n'est plus couverte, elle prend une riche décoration ; nous avons parlé de la paragauda ornée de nombreux galons. Différents ornements se rencontrent encore sur la tunique ; ainsi la sculula, sorte de losange', et toutes les catégories de SEGMENTA, ou pièces appliquées sur le fond [PATAGIUM et fig. 2301, 3077,6279, 6280]. On employait aussi des étoffes brochées qui représentaient les figures les plus diverses, depuis des animaux jusqu'à des portraits d'empereurs'. Les tissus coptes nous offrent des spécimens bien conservés de la tunique à l'époque byzantine, en forme de chemise à manches taillées et cousues, décorée de galons et d'empiècements carrés L'homme du peuple porte la tunique en blouse liche, serrée à la taille par une ceinture (fig. 8b4, 990).
Gusi tVE Berlin
II. Enveloppe, cornet de papier 6. On vendait, pour envelopper les marchandises, un papier grossier qu'on appelait papier de marché, clzarta einporetica ; il rendait les mêmes services que notre papier d'emballage [PAPYRUS, p. 320, col. p. 322, note 3]. Souvent aussi on utilisait pour cet usage vulgaire les papyrus couverts d'écriture qui n'avaient jamais eu, ou ne devaient plus avoir de lecteurs; et c'est ainsi que les oeuvres des mauvais poètes finissaient chez l'épicier, le parfumeur ou le marchand de poisson '. Les anciens ont quelquefois, par comparaison, appelé cette enveloppe légère un vêtement(amictus), ou un capuchon (cucu/lus).
Le mot tunica, employé par Catulle dans le même sens, a peut-être été plus commun, malgré l'intention plaisante de l'auteur 8.
La fig. 7169 représente, d'après une peintured'llerculanurn, des figues et
des dattes qui_:-_-'°-'_
cornet entr'ouvert;
il est difficile d'imaginer que cette enveloppe, plissée, repliée sur elle-même et assujettie par une ficelle, ait pu être autre chose que du papyrus'. On a trouvé dans des tombeaux des miroirs de métal protégés par une enveloppe de la même matière 1°. GEORGES LAE11E.