Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio

ARGENTUM OSCENSE

ARGENTUM OSCENSE. Ce nom est cité plusieurs fois par Tite-Live comme celui d'une monnaie formant le fond de la circulation métallique dans l'Espagne Citérieure au vle siècle de Rome, concurremment avec les deniers ti ARG romains, mais en plus grande abondance. Dans les deux triomphes d'Helvius et de Q. Minucius sur l'Espagne, en 559 de Rome (195 av. J.-C.), on porta parmi le butin dans le premier 119,439 pièces d'argentum oscense et 17,023 deniers romains [BIGATI], dans le second 278,000 oscensis argents et 78,000 bigati 1. Au triomphe de M. Porcins Cato (560 de Rome,194 av. J.-C.), on signale 540,000 monnaies oscensis argenti avec 123,000 bigati a, et à celui de Q. FuIvius Flaccus (574 de Rome, 180 av. J.-C.), signati oscensis nummum 173,200 8. A ces renseignements il faut joindre celui qui résulte du célèbre denier romain frappé en 714 de Rome (40 av. J.-C.) par Cn. Domitius Calvinus, pour rappeler ses victoires en Espagne monnaie où la légende OSCA accompagne au droit une tête virile barbue, pareille à celle des deniers autonomes frappés par les populations de l'Espagne avec des légendes empruntées à l'alphabet local qu'on a pris l'habitude de nommer celtibérien, mais qu'il serait plus exact d'appeler simplement i bérien (fig. 497 ). M. de Saulcy 5 et M. Mommsen 0 ont établi d'une manière tout à fait décisive que l'expression d'argentum oscense doit s'entendre de ces monnaies autonomes d'argent, frappées par les peuplades espagnoles dans les premiers siècles de la domination romaine, après la réduction du pays en province (548 de Rome, 206 av. J.-C.), car sous la domination carthaginoise le monnayage local paraît avoir été interdit. Les pièces d'argent ibériennes, improprement appelées, comme nous venons de le dire, celtibériennes, sont manifestement des imitations des plus anciens deniers romains à la tête casquée de la déesse Rome et au revers les Dioscures à cheval. On y voit d'un côté (comme aussi sur les pièces de bronze qui y correspondent avec les mêmes légendes), la tête d'un dieu barbu, de l'autre un cavalier avec divers attri buts ' ; nous en donnons un échantillon dans la figure 498. Leur poids est celui du denier romain de 84 à la livre 3, c'est-à-dire du denier tel qu'on le fa briquait à Rome au temps où l'Espagne fut réduite en province, au commencement du vfe siècle de la ville [DExARIUS]. Il est donc évident que c'était là une monnaie provinciale calquée sur celle de Rome et émise avec l'autorisation, peut-être même par ].'ordre de l'autorité romaine. Le nom d'argentum oscense vient de celui de la ville ARC =_1 ARG d'Osca, aujourd'hui Huesca, cité importante de la Tarraconaise, sur la route de Tarnier) et d'Ilerda à Caesaraugusta 9. Elle faisait partie du territoire de la peuplade des Ilergètes et fut comprise dans le conventus juridique de Ctesaraugusta. Sertorius y établit le centre de son pouvoir. Strabon10 appelle cette cité Ileosca, combinant avec le nom d'Osca le mot ibérien qui signifiait «ville » et qui est resté dans le basque iii. Ch. Lenormant" a cru reconnaître la légende Iltzgh', correspondant à Ileosca, sur une des pièces ibériennes les plus multipliées en argent et en bronze, que M. de Saulcy attribue aussi aux Ilergètes. Pline u signale, à côté d'Osca, d'importantes mines d'argent. Il est probable que le métal provenant de ces mines fut principalement employé, ou peut-être avant celui d'autres mines, pour le monnayage de l'Espagne Citérieure, et que de là vint l'habitude de le désigner sous le nom d'argentum oscense. On peut même admettre que c'est à Osca, près de la mine, que furent frappées les premières de ces monnaies et que la tête barbue qui les décore est celle d'un dieu local et éponyme, nommé Osca, protecteur spécial des mines, qui aura été reproduite par les autres peuplades espagnoles à l'imitation des émissions de la ville même d'Osca. Car, suivant la judicieuse remarque d'Eckhel 13, sur le denier de Cn. Domitius Calvinus, la légende OSCA paraît être explicative, comme tant d'autres analogues sur les pièces de la république romaine. et se rapporter à l'effigie représentée. Une remarque importante pour la classification des monnaies à légendes ibériennes a été négligée jusqu'à présent par les érudits qui s'en sont spécialement occupés, et a été faite pour la première fois par M. Mommsen 14. C'est que dans les triomphes sur l'Espagne Ultérieure le butin comprend une seule fois des deniers romains 15 toujours de grandes quantités d'or et d'argent non monnayé, jamais de monnaie indigène. Il semble donc que la fabrication d'espèces d'argent locales fut limitée à la Tarraconaise, à l'époque où le monnayage avait encore, bien que sons la domination romaine, le caractère indigène qu'y assure remploi dans les légendes de la langue et de l'alphabet particuliers aux Ibères. Il faudrait donc pour cette époque étendre à toute l'Espagne Ultérieure ce que Strabon " dit de la Lusitanie, qu'il n'y avait pas de monnaie et qu'on y employait les métaux précieux au poids dans les échanges. F. LENORMANT. sonne, n'ayant pas de moyens d'existence vit dans l'oisiveté, elle tombe fatalement dans la misère, et la misère, dit Isocrate est la cause de presque tous les crimes. Aussi beaucoup de législations anciennes, pour contraindre les citoyens à gagner honorablement leur vie en travaillant, ont traité le désoeuvrement comme un délit tombant sous le coup des lois pénales D'après Hérodote t et Diodore de Sicile', Amasis, fils d'Apriès, roi d'Égypte, promulgua une loi qui obligeait tout Égyptien à indiquer chaque année au nomarque ses moyens d'existence. Celui qui ne tenait pas compte de cette obligation, ou qui ne justifiait pas de ressources légitimes, était puni de mort. Les mêmes historiens ajoutent que cette loi, que Solon vit fonctionner pendant son voyage en Egypte, décida le philosophe athénien à édicter pour Athènes l'«pyia; vdµo; ; mais il y a, dans cette affirmation, une erreur manifeste. Car Amasis fils d'Apriès ne monta sur le trône qu'en 569, longtemps par conséquent après les réformes législatives de Solon (594) ; ce législateur n'a donc pas pu imiter la loi du fils d'Apriès. Pour échapper à l'objection, il faudrait dire que cette loi fut l'oeuvre, non pas d'Amasis fils d'Apriès, mais d'Amasis vainqueur des Hycses et chef de la xvlu° dynastie, ce qui la ferait remonter au xvlle siècle avant l'ère chrétienne Il est de plus très-vraisemblable que l'«pyia constituait déjà un délit à Athènes lorsque Solon parvint à l'archontat. Des dispositions législatives analogues à la loi d'Amasis furent en vigueur à Corinthe', en Sardaigne' et en Lucanie'. On peut en rapprocher également une loi, attribuée à Charondas de Catane, qui invitait les citoyens à secourir leurs voisins pauvres, lorsque la pauvreté tenait à l'infortune et n'était pas le résultat de la paresse et de l'inconduite 10 Élien rapporte que, à Sparte, les éphores punissaient les oisifs et les faisaient battre de verges ". Mais ce renseignement est difficile à concilier avec les témoignages qui nous dépeignent l'étonnement du Spartiate Hérondas lorsqu'il vit un Athénien condamné pour oisiveté "2. Nous pouvons ajouter que l'«pila était un des signes auxquels les Lacédémoniens, suivant l'opinion des philosophes les plus éminents ", reconnaissaient les citoyens libres. A Athènes, il y avait certainement une loi sur le désoeuvrement, vduoç 7t_pl TŸ,ç «pylaç 15 Mais les auteurs anciens ne s'accordaient pas sur le nom du législateur qui l'avait promulguée. Lysias Diogène de Laërte 16, Pollux 17 l'attribuaient à Dracon ; Hérodote' et Diodore19 à Solon ; Théophraste à Pisistrate 20. Il n'est pas impossible d'expliquer la diversité de ces témoignages. Dracon fut sans doute le premier auteur de la loi sur l'«pyia ; Solon d'abord et plus tard Pisistrate la promulguèrent de nouveau en la modifiant sur quelques points ''. L'action fondée sur l'«pyia était une action publique (ypari), qui pouvait être intentée contre le délinquant par tout citoyen 22. Elle appartenait à l'hégémonie du premier archonte, l'éponyme".On enseigne généralement qu'elle rentrait dans la compétence de l'Aréopage 24. Plutarque dit, en effet, que Solon chargea l'Aréopage de punir ceux qui vivaient dans l'oisiveté 2", et ce témoignage est confirmé par Athénée 2', par Diogène de Laërte 27, et par ValèreMaxime 28. Nous croyons cependant que l'«pylaç ypatp' était jugée par le tribunal des Héliastes 29. L'Aréopage pouvait seulement, en qualité de surveillant des moeurs, infliger aux désoeuvrés des pénalités légères. Mais, lorsque le délit était bien caractérisé et motivait une action publique, l'archonte devait porter cette action devant les ùxe rrpiz so La peine édictée par Dracon contre l'accusé d'«pyia re -_ARG --t3 ARG connu coupable était, suivant les uns la mort 31, suivant d'autres l'ATIMIA 30. Solon mitigea la pénalité en décidant que la première condamnation aurait seulement pour conséquence une amende de cent drachmes. Pour qu'il y eût atimie, il fallut trois condamnations successives prononcées contre le même délinquant. E. CAILLEMER.