Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio

ARISTOCRATIA

ARISTOCRATIA. Les théoriciens grecs, qui admettaient trois formes principales de gouvernement : la monarchie, l'oligarchie et la démocratie, reconnaissaient d'autres formes moins caractérisées, qu'ils intercalaient entre les précédentes. Parmi celles qu'ils planaient entre l'oligarchie et la démocratie était l'aristocratie ((iptzTOxpUTtet), L'aristocratie, c'est-à-dire le gouvernement confié aux meilleurs des citoyens, peut, en effet, suivant le point de vue auquel on se place, être regardée comme une modification de la démocratie, comme une oligarchie, ou comme une modification de l'oligarchie. Que l'on suppose un pays où tous les citoyens, sans distinction de naissance ni de fortune, sont admissibles aux plus hautes magistratures, mais où la constitution prend des mesures rigoureuses pour que les citoyens les plus méritants et les plus capables puissent seuls y être appelés : le gouvernement sera une démocratie tempérée par l'impossibilité pour les incapables et pour les indignes d'être dépositaires du pouvoir. Ce sera aussi véritablement une aristocratie '. Mais il arriva très-fréquemment que les classes nobles ou riches posèrent en principe qu'elles avaient pour elles une présomption de mérite et de capacité. Les nobles se désignaient volontiers sous les noms de xx)aoi x«yaeot de €)(rtarot, d''ictetxsic tandis qu'ils donnaient à leurs concitoyens des classes inférieures les épithètes de x«xof, aovr,pot, Setaot... « La richesse, dit Hésiode, a pour compagnons le courage et la vertu '. » « Les nobles, dit Aris 1. tote, ont reçu de leurs ancêtres la vertu et la richesse `". « Le mérite, dit Platon, est héréditaire, comme la beauté et les autres qualités. » Les classes privilégiées gouvernèrent en vertu de cette présomption qu'elles étaient les meilleures. On put dire, par euphémisme, que le gouvernement était alors aristocratique, mais, en réalité, c'était une oligarchie déguisée sous un nom de convention. Enfin, il y a encore aristocratie, nous dit Aristote, lorsque la constitution n'accorde l'entrée des magistratures qu'aux personnes riches ou nobles, et en outre exige de ces personnes des justifications de mérite et de capacité. Le philosophe cite comme exemple Carthage e. On peut dire qu'il y a dans ce cas une oligarchie perfectionnée. Les nuances qui séparent ces trois espèces d'aristocratie ne devaient pas être facilement saisies dans la pratique, et l'on comprend que les historiens anciens aient été souvent embarrassés pour déterminer si telle constitution donnée rentrait dans l'une ou dans l'autre catégorie. E. CvILLLMrx.