Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio

ANGERONA

ANGERONA.Déesse des Romains, sur laquelle on n'a que des indications rares et obscures. On sait qu'elle avait son image au-dessus de l'autel de Volupia, dans la curia acculeia (ou mieux occuleia), et qu'elle était représentée tenant un doigt sur sa bouche bandée et scellée 1. D'après les uns, son nom venait de angere, et ceux-là faisaient d'elle la divinité qui délivre des angoisses et des soucis secrets 2: c'est peut-être pour cette raison qu'elle était placée auprès d'une déesse qui paraît avoir personnifié le contentement et la volupté D'autres disaient que les Romains lui offraient des sacrifices parce qu'elle avait mis fin à une maladie contagieuse (angina) dont ils étaient frappés, eux et leurs bestiaux °. Angerona, d'après une autre explication, était le nom caché de Rome, qu'il était interdit de prononcer, de peur de le révéler à ses ennemis 5, et c'est ce secret que commandait par son geste l'image de cette divinité. Mais ce nom ne fut connu d'aucun des auteurs qui ont parlé de ce secret : il ne l'a pas été non plus de Macrobe, qui ne fait qu'indiquer le nom d'Angerona parmi plusieurs autres sur lesquels on faisait de semblables conjectures. D'autres interprétations se fondent sur l'époque où Angerona était fêtée et sur le nom de Diva qui lui était aussi donné. Le xii des calendes de janvier (21 décembre), jour des angeronalia est aussi celui des divalia a; ce jour-là les pontifes sacrifiaient à Angerona. On a fait remarquer que cette double fête se trouve ainsi placée précisément au moment de l'année où les jours ont la plus courte durée et commencent à grandir ; et on y a vu, sous les deux noms, une fête du renouvellement de l'année 7. D'autre part, la date de cette fête rapproche Angerona des antiques divinités du sol romain, Saturne, Ops, Acca Larentia, avec lesquelles elle a peut-être une étroite parenté Il n'est pas probable qu'aucune des figures antiques dans lesquelles on a voulu reconnaître Angeronatla représente en effet. A toutes manque un caractère signalé par les aul.eurs: la bouche bandée et scellée. Le doigt posé sur les lèvres, qui a fait donner ce nom à diverses figures, convient aussi bien à d'autres divinités et n'est pas suffisamment significatif. Celles de cos figures, nues ou vêtues, qui portent une main à la bouche etl'autre, selon les expressions de Caylus t0, à l'opposé (voy. p. 256, fig. 304, 305), ne peuvent certainement pas être prises pour l'antique divinité à laquelle quelques-uns attribuaient une protection spéciale de Rome.